GILLES DE BILDE EN PLEINE TOURMENTE: LE SOULIER D'OR EN TITRE A PASSE LA NUIT DE JEUDI A VENDREDI AU POSTE DE GENDARMERIE

Le Soulier d'or en titre a passé la nuit de jeudi à vendredi au poste de gendarmerie

Gilles De Bilde en pleine tourmente !

L'Anderlechtois Gilles De Bilde, Soulier d'or en titre, a vraiment passé une mauvaise nuit jeudi soir. En effet, le footballeur anderlechtois a été arrêté par la gendarmerie de Ganshoren, peu après 21 heures, à l'hôpital de la VUB à Jette, à l'issue d'un différend plutôt musclé avec le personnel soignant. Le turbulent jeune homme y avait violemment molesté un infirmier et un ambulancier alors qu'on venait de conduire son père en salle d'opération.

Emmené par les gendarmes, le footballeur a passé la nuit au poste. Il a été déféré au parquet de Bruxelles vendredi matin afin d'y être interrogé par un magistrat. Finalement, peu avant 11 heures, De Bilde a quitté l'annexe du palais de Justice.

Le Soulier d'or 1994 n'a pas été inculpé. Toutefois, le magistrat l'a placé sous « régime de médiation». Un régime particulier qui implique dans le cas présent que De Bilde se mette en rapport avec ses victimes et répare le dommage qu'il leur a fait subir : tant moral que financier. Il s'est d'ailleurs engagé à prendre en charge tous les frais que ces deux personnes ont (auront) à assumer à la suite de ce malheureux incident, comme il l'expliqua lui-même vendredi après-midi (voir par ailleurs).

Bien entendu, même s'il est libre de ses mouvements et libre de poursuivre ses activités professionnelles, cet ancien fonctionnaire du ministère de la... Justice devra néanmoins se présenter à toute convocation que lui adresserait le parquet de la capitale.

Jeudi soir, le «drame» s'est noué vers 21 heures lorsque le père de l'attaquant anderlechtois a été pris subitement d'un malaise dont les premiers signes laissaient supposer une thrombose couplée à une paralysie.

Selon les autorités judiciaires, le «100» a été immédiatement appelé mais il semble que l'ambulance ne soit pas arrivée suffisamment rapidement au goût de De Bilde qui manifesta son énervement en shootant dans la carrosserie du véhicule de secours.

Arrivé à l'AZ VUB, De Bilde, qui avait suivi l'ambulance avec sa voiture, a tenté d'entrer dans la salle d'opération où avait été conduit son père. Un infirmier s'est interposé. Il a été frappé d'un coup de poing au visage et d'un second asséné au ventre. Lorsqu'un ambulancier a, à son tour, voulu intervenir, il a reçu un coup de tête...

CHRISTIAN DU BRULLE

De Bilde : «Inexcusable

mais compréhensible...»

Je regrette mon geste mais, dans le fond, si mon attitude est inexcusable, n'est-elle pas compréhensible ? Il faut que les gens se mettent dans ma peau pour savoir comment, eux, ils auraient réagi hier soir. Mon père était entre la vie et la mort. Il représente tout pour moi...

Il était 16 h 30 lorsque Gilles De Bilde affronta sous le crépitement des flashes les représentants de la presse. Effondrée, les yeux rivés sur la table qu'entouraient l'avocat Daniel Spreutels et Michel Verschueren, la star d'hier mise, déjà, au banc des accusés aujourd'hui, tentait de commenter son geste insensé commis jeudi soir.

J'aurais dû contrôler mes actes, c'est vrai. Je voulais absolument accompagner mon père de ma maison, où je l'ai trouvé inerte dans un fauteuil, à l'hôpital. Je n'ai absolument rien à reprocher aux gens qui se sont occupés de mon père. Ces personnes ont fait leur boulot. Mais à un moment donné, à l'intérieur de l'hôpital, on m'a empêché de l'accompagner. J'ai eu alors, je le crois, une réaction normale d'un fils qui risque de perdre son père. Je n'étais plus vraiment maître de mes actes. Encore une fois, j'aurais dû me contrôler... Après l'altercation, on m'a conduit dans une pièce. Au bout d'un quart d'heure, quand j'ai eu des nouvelles quelque peu rassurantes, je suis redevenu calme. J'ai alors demandé à voir les personnes que j'ai blessées pour m'excuser. Le docteur a accepté. Je crois que l'on m'a compris...

Soutenu physiquement par sa compagne et moralement par Michel Verschueren qui refuse de parler d'une «affaire De Bilde» mais d'une situation spéciale d'un fils ayant spontanément réagi devant la perte imminente d'un proche, Gilles a quitté, peu après 17 heures, la salle de presse du stade Constant Vanden Stock pour se rendre au chevet de son père.

Il est actuellement à l'état de plante, sanglota-t-il...

Al. Ch.

Une couronne trop lourde à porter ?

Gilles De Bilde vient de vivre, à 24 ans, les heures les plus noires de son existence. Ce garçon doté d'une sensibilité à fleur de peau avait déjà beaucoup souffert, par le passé, dans son coeur de gosse agressé par les affres de la vie. Il n'a pas supporté, dans la soirée de jeudi, que le destin vienne à nouveau menacer la plénitude d'un bonheur miraculeusement retrouvé. Il a disjoncté, d'une façon aussi soudaine que violente, aveuglé qu'il fut par la peur, irrépressible, de perdre un être cher.

Son emportement est bien sûr inexcusable. Ce serait faire injure aux malheureuses victimes de sa brutalité que de ne point l'admettre. Si, sous le couvert de sa gloire sportive, De Bilde avait bénéficié de l'impunité, notre société n'eût plus qu'à se voiler la face dans un mouchoir d'hypocrisie. Il n'en a rien été. Et c'est bien ainsi.

Justice étant rendue, il ne faudrait point, toutefois, comparer l'égarement de notre Soulier d'or aux faits divers qui, dans un récent passé, défrayèrent les manchettes des tabloïds londoniens ou la chronique des journaux parisiens. Les circonstances qui engendrèrent l'incarcération de notre Soulier d'or rappellent certes les événements ayant valu à Dennis Wise ou à Patrice Loko de se retrouver derrière les barreaux. Mais s'il a également été trahi par ses nerfs, De Bilde n'a pas passé sa rage, sous l'influence de l'alcool, à la sortie d'une boîte de nuit, sur un chauffeur de taxi ou une voiture en stationnement. A l'inverse de l'irascible fêtard britannique ou du fantasque noctambule franco-africain, le footballeur bruxellois a droit à de très larges circonstances atténuantes. Alors que son papa a entamé avec la mort un éprouvant combat, il a présenté ses excuses aux personnes frappées de ses agissements. Il a eu, aussi, le courage de faire publiquement aveu de ses torts à l'occasion d'une conférence de presse improvisée, dans un stade où, voici quelques semaines, il avait été attendu comme le messie.

Comme Loko, De Bilde avait accédé, dans une équipe de province, à la haute notoriété. Comme l'attaquant de Nantes, transféré au seuil de l'été dernier au Paris Saint-Germain, il avait été recruté par le plus grand club du Royaume qui lui a promis fortune, monts et merveilles. Certains - et c'est leur droit - ajouteront aussi que, comme Loko, De Bilde n'a pas résisté à l'intense pression qui pesait, depuis lors, sur ses frêles épaules.

Arrêtons là la comparaison. Mais la parenthèse refermée, mettons l'accent sur le danger que courent ces jeunes gens subitement projetés, par les caprices du ballon, sous les feux de l'actualité, inondés d'argent et submergés de sollicitations. Rares sont les génies en herbe à pouvoir, sans assistance, gérer sagement cette fortune tombée du ciel. Les déboires de Maradona incarnent cruellement le péril qui guette chacun de ces footballeurs à la vareuse cousue dans le strass et les paillettes. Voilà pourquoi, plus que jamais, les employeurs devraient songer à prendre en charge l'accompagnement psychologique des idoles dont ils se font les chantres. La direction d'Anderlecht, si prompte à donner des leçons, aurait elle aussi intérêt à prendre conscience de cette nécessité. Tant il est vrai qu'il ne suffit pas d'ouvrir son carnet de chèques pour faire de nos enfants des hommes !

JEAN-LOUIS DONNAY