Godinne La société spéléologique de Namur fête ses 50 ans. Rencontre avec sa mémoire vivante La sagesse d'une plongeuse siphonnée REPERES

Godinne La société spéléologique de Namur fête ses 50 ans. Rencontre avec sa mémoire vivante La sagesse d'une plongeuse siphonnée

PORTRAIT

Nom. Golenvaux.

Prénom. Lucienne.

Age. 64 ans.

Profession. Infirmière.

Passions. La spéléologie sous toutes ses formes, la musique classique et l'archéologie.

JEAN-PHILIPPE PETIT

C'est peut être la température constante qui règne dans les grottes qui explique cela, mais, à l'évidence, la spéléo ça conserve. Il suffit de rencontrer Lucienne Golenvaux, 65 ans dans quelques mois, pour s'en convaincre. Quand on se trouve en face d'elle, on se dit que la vivacité n'a pas d'âge.

C'est un peu la mémoire vivante de la société spéléologique de Namur (SSN) qui fête ses 50 ans cette année, explique un de ses jeunes camarades de club. Mais elle est, avant tout, une spéléologue hors pair, doublée d'une spécialiste de la plongée en siphons, qui se réjouit finalement de voir arriver la pension pour pouvoir consacrer plus de temps encore à cette passion qui l'anime depuis plus de 40 ans.

J'ai été séduite par la spéléo dès mes premières expériences, au début des années 60 , raconte-t-elle. Et j'ai eu la chance d'arriver au club à l'époque où la nécessité de franchir les siphons (NDLR: nom donné par les spéléologues aux galeries souterraines envahies par l'eau) s'est imposée. Dans beaucoup de grottes, ils étaient un obstacle à la poursuite de l'exploration. Comme j'aimais l'eau, j'ai été une des premières candidates.

Une véritable pionnière, devrait-elle dire, puisqu'à l'époque la société spéléologique de Namur, fondée 10 ans plus tôt, crée sa propre école de plongée. Il n'en existait pas dans la ville du confluent. Lucienne Golenvaux en deviendra vite une des monitrices. J'ai continué à pratiquer la spéléo et la plongée en parallèle. J'ai d'ailleurs fait beaucoup de plongée en mer ou en carrières. Mais quand j'aborde un siphon, c'est toujours dans le but de poursuivre l'exploration d'une grotte, alors que pour d'autres ce genre d'exercice est devenu un but en soi.

La réputation de l'équipe de plongeurs de la SSN franchit vite les limites de la province. Beaucoup d'autres clubs de spéléo faisaient appel à nous parce qu'ils étaient bloqués dans leur progression par des galeries immergées. On a multiplié les premières à nos débuts. Et même les Français nous invitaient à plonger chez eux. Le siphon de la grotte de Trabuc, dans le Gard, s'appelle d'ailleurs le «siphon Golenvaux». En 1967, avec ses complices Maurice Delvaux, Jean-Marie Lefèbvre et Georges Desteilles, Lucienne établit même un record pour l'époque: 320 mètres de plongée dans un gouffre ardéchois.

«Après toutes ces années,

quand j'entre sous terre,

j'ai toujours ce sentiment

de pénétrer

dans un autre monde»

Lucienne Golenvaux a aussi donné son prénom à une résurgence qui débouche dans le tunnel de chemin de fer de Lustin et dont le franchissement allait permettre de découvrir ce que les spécialistes appellent aujourd'hui le réseau de Frênes. Cette entrée était connue, mais on n'a jamais obtenu l'autorisation de la SNCB pour débuter son exploration. Alors, on attendait la nuit pour se glisser dans le tunnel, clandestinement. Après avoir franchi le premier siphon, on est rapidement tombé sur un deuxième dont l'entrée était très étroite. Les autres plongeurs pensaient que c'était impossible de s'y glisser, mais j'y suis quand même parvenue en détachant mes bouteilles et aussi parce que j'étais assez mince à l'époque. Ça m'a permis de découvrir un réseau assez important, que j'ai donc exploré seule.

Des anedoctes comme celles-là, Lucienne Golenvaux pourrait en raconter pendant des heures. Mais elle ne se contente pas de vivre dans ses souvenirs. Je continue à faire de la spéléo - et aussi un peu de plongée, modestement - parce qu'après toutes ces années, quand j'entre sous terre, j'ai toujours ce sentiment de pénétrer dans un autre monde. Je laisse vraiment le monde extérieur derrière moi. Le monde souterrain peut parfois être d'une beauté exceptionnelle, mais il peut être aussi assez sauvage et rebutant. Si on n'est pas pris par ce monde-là, on n'y retourne pas.

Ce n'est sans doute pas un hasard si Lucienne Golenvaux, infirmière de son état, a passé une bonne partie de sa carrière professionnelle à la clinique de Mont-Godinne et s'est installée à quelques kilomètres de là. La localité compte quelques-uns des trous les plus célèbres de Belgique: le trou d'Haquin, le trou de l'Eglise, le trou Bernard... De quoi combiner sa passion sportive avec la vie de famille. Lucienne Golenvaux est aussi mère de trois enfants. Je n'ai pas vraiment réussi à convertir mon mari qui est plutôt passionné de judo, mais un de mes fils pratique aussi la spéléo. Mais ce n'est pas cela l'important. Ce qui compte, c'est de se sentir bien dans ce qu'on fait. La spéléo conserve, c'est sûr. Et elle rend sage aussi.

REPÈRES

Fondation. La société spéléologique de Namur est créée, en 1951, par quelques amateurs de spéléo qui, après s'être trouvés en mauvaise posture dans le trou Bernard, ont dû rembourser les frais de leur sauvetage aux pompiers et à la protection civile. La SSN fonctionne, donc, d'abord comme une sorte de mutuelle.

Activités. La spéléo sportive en Belgique et à l'étranger. Mais aussi les relevés topographiques, la géologie, l'hydrographie et bien sûr la plongée en siphons.

Quand? La SSN organise des sorties en Belgique presque tous les week-ends. Congés et grandes vacances donnent lieu à des expéditions à l'étranger.

Adhésion. On peut devenir membre de la SSN après avoir assisté à une de ses réunions hebdomadaires. La cotisation s'élève à 1.750 francs, assurances comprises. Les néophytes peuvent se faire prêter du matériel.

Coordonnées. Route de Tamines, 62, 5070 Fosses, 071-71.40.11 (chez Jean-Pierre Romain, le secrétaire du club).

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