Grippe A/H1N1 : la campagne de vaccination vire au pugilat

Le Dr Roland Lemye, président de l’Absym, en est à se demander si le coordinateur fédéral de la campagne de vaccination (KUL) n’est pas « en train de masquer ses erreurs et sa gestion chaotique (…) en en répercutant la faute sur les médecins, qui reçoivent ordres et contre-ordres, fausses explications, quand ce n’est pas carrément des mensonges ».

Le patron du principal syndicat de médecins n’hésite plus à réclamer à la ministre fédérale de la Santé, Laurette Onkelinx (PS), la démission du virologue, estimant que son comportement « fait douter de ses capacités à gérer l’événement et enlève toute confiance que le corps médical pouvait avoir en lui ».

Comme pour charger le réquisitoire, un sondage publié, mercredi, par Le Journal du Médecin avance que plus de 75 % des généralistes et des spécialistes interrogés estiment que « la manière dont le Commissariat Influenza communique avec le corps médical sème la confusion ». Plus de six médecins sur dix pensent même que le Commissariat « provoque la panique au sein de la population ».

Après le personnel des hôpitaux, où l’accueil du vaccin reste mitigé, la seconde phase de la campagne volontaire de vaccination visera, dès le samedi 7 novembre, les « groupes prioritaires » : enseignants, personnel des crèches et maisons de repos, parents d’enfants de moins de six mois, femmes enceintes, certains malades chroniques (les diabétiques, ceux qui souffrent d’affections respiratoires, de pathologies cardiaques, d’insuffisance rénale, hépatique…).

Femmes enceintes : le bon vaccin ?

« Le problème, concernant les femmes enceintes, réagit un généraliste, c’est que le gouvernement a commandé, pour 100 millions d’euros, 12,6 millions de doses d’un seul type de vaccin, le Pandemrix, produit par GSK. Le Centre belge d’information pharmacothérapeutique (CBIP) relève qu’il entraîne “nettement plus d’effets indésirables mineurs que les vaccins classiques contre la grippe”, essentiellement attribués à l’adjuvant qu’il contient, une substance qui dope la réaction immunitaire du patient vacciné. »

Problème ? Alors que la Belgique ne dispose que d’un vaccin avec adjuvant, nombre d’Etats – les Etats-Unis, la France, l’Espagne, l’Allemagne… – recommandent aux femmes enceintes de lui préférer un vaccin sans adjuvant. Le Canada vient même de commander au laboratoire CSL, en Australie, 200.000 doses de vaccin sans adjuvant, spécialement destiné aux femmes enceintes.

Alors que le Commissariat Influenza continue à recommander le Pandemrix (avec adjuvant) aux femmes enceintes, pour la première fois, ce mercredi, une autorité sanitaire belge, le CBIP, a publié un avis nettement moins enthousiaste, invitant les médecins belges à « tenir compte » de la réticence française à traiter avec un vaccin « adjuvanté » certains groupes à risque, dont les femmes enceintes… Le CBIP cite le Haut Conseil français de la santé, qui déconseille clairement (sauf situation d’urgence) le recours au vaccin avec adjuvant.

« Pourquoi les femmes enceintes belges ne pourraient-elles pas se voir offrir le même vaccin sans adjuvant qui leur correspond le mieux ?, s’interroge Philippe Vanlangendonck, l’un des avocats du collectif Initiative citoyenne. Cette différence de traitement m’interpelle sur le plan juridique et éthique. S’agit-il de renforcer le Royaume comme “paradis bioéthique”, sachant que la Belgique est le deuxième pays producteur de vaccins au monde ? »

Pour Bertrand Bellier, spécialiste des pathologies immunitaires à la Pitié-Salpêtrière, cité par la presse française, « une chose est certaine : même si l’utilité de ces nouveaux adjuvants n’était finalement pas démontrée dans cette pandémie, elle aura constitué une bonne occasion pour les industriels ».