HENRI SIMONET MORT D'UN SCEPTIQUE QUI SE DEFENDAIT D'ETRE CYNIQUE

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Passé du socialisme au libéralisme, il fut très controversé mais ne laissa jamais personne indifférent

Henri Simonet, mort d'un sceptique qui se défendait d'être cynique

Tour à tour socialiste et libéral, député et sénateur, bourgmestre, ministre et vice-président de la Commission européenne, bourgmestre et consultant international, Henri Simonet est mort pendant son sommeil, jeudi matin. Avec lui, c'est l'un des personnages les plus controversés d'un quart de siècle de politique qui disparaît.

L'homme était assurément un grand format intellectuel. Et il ne laissait personne indifférent. Adulé par beaucoup, détesté par au moins autant d'autres, il a - presque - réussi tout ce qu'il a entrepris.

Né à Bruxelles le 10 mai 1931 dans une famille modeste et peu politisée, il se révèle très tôt un élève surdoué. Et c'est à l'Université libre de Bruxelles qu'il décroche ses doctorats en droit et en sciences économiques et financières. Avant de partir pour un an à l'Université américaine de Columbia.

Revenu en Belgique, il retourne à l'ULB, mais c'est comme assistant. Et, à 27 ans, il se retrouve déjà professeur ordinaire. En 1959, il prend sa carte au Parti socialiste. Deux ans plus tard, Antoine Spinoy, ministre des Affaires économiques et de l'Energie, lui confie la direction de son cabinet. C'est le début d'une carrière fulgurante.

Il est l'étoile montante de la fédération bruxelloise du PSB. Et Joseph Bracops, député-bourgmestre d'Anderlecht, en fait son héritier spirituel. En mai 1966, à la mort de son mentor, Henri Simonet hérite des deux mandats. Avec Edmond Mach-tens, il forme l'axe du socialisme bruxellois. Il n'a que 35 ans.

En 1968, en pleine tourmente, il est élu à la présidence du conseil d'administration de l'ULB. Quelques jours plus tard, recevant une délégation d'étudiants socialistes, il lance à quelques-uns d'entre eux : Ce n'est pas parce que vous portez la barbe ou la moustache qu'il faut vous prendre pour Marx ou Trotsky. L'homme a toujours eu le goût de la provocation. Il ne s'en cachait d'ailleurs pas : A vouloir être drôle, provoquer, j'ai blessé. Je le regrette, confiait-il au «Soir» en 1985.

Pour Simonet, 1972 sera magique. Nommé ministre des Affaires économiques en début d'année, il quitte le gouvernement quelques mois plus tard pour la vice-présidence de la Commission européenne. Ce qui lui vaudra d'être élu «homme politique de l'année» par la presse spécialisée avec la mention suivante : «Pour avoir réussi, dans la même année, à entrer au gouvernement, à s'y maintenir et à en sortir.» C'est sans doute pendant les années passées à la CEE qu'apparaissent les faiblesses de sa personnalité. Il est intelligent et brillant, mais il ne le sait que trop; convaincu de sa supériorité, il a parfois tendance à céder à la facilité et au dilettantisme.

Au bout de quatre ans, Simonet fait son grand retour sur la scène politique belge. Il retrouve son mandat de député et, une fois de plus, obtient ce qu'il veut : le portefeuille des Affaires étrangères. Il est alors un homme pleinement heureux. La diplomatie et son côté champagne lui conviennent à merveille. Certaines de ses faiblesses deviennent des qualités. Et il l'avoue honnêtement : Je ne méprise que les veules ou les hypocrites. Quant à mon scepticisme, qui n'est certainement pas du cynisme, c'est surtout une volonté de ne pas être dupe, c'est prendre du recul pour rester lucide.

UNITARISTE CONVAINCU

Tout bascule en 1980. Le PS fait savoir à ses partenaires gouvernementaux que les Quatre-Bras ne l'intéressent plus. C'est le début de la brouille avec André Cools. Le coup est d'autant plus dur que son successeur n'est autre que Charles-Ferdinand Nothomb, pour lequel il n'éprouve qu'une piètre estime.

De plus, Simonet est de plus en plus isolé au sein du PS. Cet unitariste convaincu n'admet pas l'évolution institutionnelle du pays. Il ne l'admettra d'ailleurs jamais. Alors que la Belgique s'achemine vers la régionalo-communautarisation, il fait campagne en noir-jaune-rouge. Et lorsque le PS, renvoyé dans l'opposition, conteste le déploiement de missiles stratégiques à Florennes, Simonet choisit de s'en aller. Il quitte le parti, laisse son siège de député à Eddy D'Hose (qui, ironie du sort, passera aussi dans le camp libéral) et l'hôtel communal d'Anderlecht à Christian D'Hoogh.

Nous sommes en 1984 et cet homme imprévisible annonce qu'il ne fera plus de politique et que son boulot de consultant international suffit à ses appétits d'épicurien. Mais, surprise, un an plus tard, il se présente aux élections sur les listes du... PRL. A ceux qui s'interrogent sur cette volte-face, il répond benoîtement qu'il entend ainsi donner un coup de pouce à son fils Jacques, «socialiste au berceau, libéral depuis sa puberté».

Henri Simonet est élu député en 1985. Il passe au Sénat en 1988 et décide de se retirer définitivement au dernier scrutin. Cette fois, la sortie est définitive : Jacques a été placé sur orbite. Dans l'intervalle, le « grand-duc», comme l'avait surnommé Royer, avait connu une sévère déception en échouant dans sa tentative de conquérir l'hôtel de ville de Bruxelles. Ceux qui auraient pu être ses administrés ne le verront plus arpenter le bois de la Cambre, en face de son domicile, en compagnie de ses deux labradors.

JACQUES van SOLINGE

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