Histoire - Léopold II n'était pas le père du général Weygand, de parents connus...

Histoire - Léopold II n'était pas le père du général

Weygand, de parents connus...

CHRISTIAN LAPORTE

Lorsqu'au printemps de 1885, Maxime Weygand, qui s'appelait encore de Nimal, entre à Saint-Cyr avant de faire Saumur, il bénéficie de passe-droits incroyables pour un enfant belge, de père et mère inconnus, né à Bruxelles, le 21 janvier 1867. Bénéficiant du soutien de Maurice Rouvier, homme politique influent de la IIIe République, ce fut un excellent choix puisque Weygand fit une carrière militaire exceptionnelle en 14-18 avant d'empêcher l'invasion de la Pologne par l'URSS en 1920. Reste qu'il ne connut jamais ses géniteurs. Une double énigme qui passionna les historiens, d'autant plus que Weygand gravita dans les cercles autour de Léopold II et de l'empereur du Mexique, Maximilien d'Autriche. Le premier l'aida non seulement dans son éducation, mais fut aussi l'organisateur très discret de sa déclaration de naissance ! De quoi attiser les rumeurs... Mais l'époux de l'impératrice Charlotte pouvait aussi être le père, réputé pour ses nombreuses aventures. Son tuteur David Cohen fut également présenté comme l'auteur de ses jours, mais les plus lourdes présomptions pesaient sur le général Alfred van der Smissen commandant de la Légion des volontaires belges au Mexique à cause d'une troublante ressemblance.

Dominique Paoli, une historienne française qui se sent comme un poisson dans l'eau dans l'histoire dynastique européenne et qui connaît bien la Cour belge, a mené l'enquête jusqu'au bout, ces deux dernières années. La pêche de documents inédits a été fertile : après avoir épluché des dizaines d'archives inédites en France, en Belgique et en Autriche, elle peut avancer que le père fut effectivement van der Smissen, lui-même, fils naturel du... roi Guillaume des Pays-Bas. Avançant pas à pas, Paoli explique même de manière très rationnelle comment Léopold II protégea le militaire pour ne pas créer un plus grand scandale encore autour du Palais. En fait, il le fit aussi pour protéger la mère qui n'était ni l'impératrice Charlotte ni l'épouse du tuteur, mais, autre scoop, la princesse Mélanie Metternich, une fille du chancelier autrichien ! Une présomption confirmée à très bonne source par la princesse Lilian. Et, là, l'hypothèse tient aussi parfaitement la route en vérifiant les agendas des protagonistes. A l'époque, une naissance extra-conjugale pararoyale était déjà cachée : Maxime naquit donc vraisemblablement dans un... couvent viennois avant d'être reconnu à Bruxelles. Certains critiqueront la thèse de Paoli, mais on ne pourra pas lui reprocher d'avoir fait dans le scandale. Au contraire, c'est une vraie saga historique comme on les aime !

Dominique Paoli, « Maxime ou le mystère Weygand », éditions Racine, 230 pp., 22,15 euros.