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Inde - Pas une croix gammée mais un symbole d'énergies positives Les Indiens fiers de leur « swastika »

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Inde - Pas une croix gammée mais un symbole d'énergies positives

Les Indiens fiers de leur « swastika »

VANESSA DOUGNAC

NEW DELHI

A Faridabad, banlieue de Delhi, le « Crown Plaza » est un centre commercial à peine achevé, mais déjà sa façade souhaite la bienvenue à ses visiteurs par un swastika géant, clignotant et multicolore. Ici, au feu rouge, le pare-brise arrière d'une Maruti, voiture favorite des classes moyennes, est décoré d'un autocollant fluorescent au nom de son propriétaire, « Rahul », accompagné d'un swastika rouge. Plus loin, dans les rues grouillantes du Vieux Delhi, un petit revendeur de pièces détachées automobiles arbore l'enseigne de « Swastika Motors ». Il suffit ainsi de parcourir les rues de la capitale de l'Inde pour s'apercevoir combien la représentation du symbole du swastika est répandue. Et, ignorant le plus souvent la réappropriation nazie, personne, ici, ne l'associe à la croix gammée.

Ces dernières semaines, les médias indiens, et en particulier le quotidien « The Times of India », ont pourtant rapporté la volonté européenne de bannir définitivement ce symbole. Le débat a été relancé en Europe après les récentes frasques du prince Harry, photographié en nazi, croix gammée au bras, lors d'une soirée déguisée. De nombreux hindous britanniques se sont alors lancés dans une campagne inédite pour « réhabiliter le swastika », malencontreusement et sinistrement « détourné » par Hitler, qui y voyait l'expression de la suprématie indo-aryenne de la branche germanique. En Occident, personne n'associe ce symbole à l'idéologie hindoue, à une représentation positive du cosmos, déplore Ramesh Kallidai, secrétaire général du Forum Hindou, qui représente 250 associations d'hindous en Grande-Bretagne.

Si symboles et emblèmes ont souvent été dépouillés de leur sens pour ne se réduire qu'à des logos décoratifs, le swastika reste empreint de toute sa signification millénaire, encore bien vivante dans l'imaginaire des Indiens.

Ainsi Gnanarathana Thero, moine responsable du temple bouddhiste « Buddha Vihara » à Delhi, se montre intarissable sur les explications symboliques du swastika. Pour résumer, dit-il, le swastika rayonne d'énergies positives. Très populaire, il est un symbole mystique, présent dans les religions indiennes du bouddhisme, de l'hindouisme, et du jaïnisme. Pour les spécialistes, l'origine du swastika est en effet liée à une représentation du soleil, et à la mise en scène du mouvement perpétuel de rotation, qui symbolise aussi la vie, les cycles, l'univers.

Dès le VIIIe siècle av. J. C.

Représenté dans le sens des aiguilles d'une montre ou inversement, le swastika serait, selon les historiens, commun à de nombreuses civilisations. Issu d'une terminologie sanskrite, le swastika est attesté en Inde dès le VIIIe siècle av. JC. Mais ses traces les plus anciennes remontent à 10.000 av. JC, découvertes en Ukraine sur des sculptures paléolithiques. Souvent utilisé comme porte-bonheur, le swastika sert aujourd'hui encore à attirer la chance. Hindous et bouddhistes utilisent le swastika à chaque rituel religieux, rappelle Gnanarathana Thero. Il est représenté dans les cérémonies qui célèbrent l'idée de la construction : pour les fondations d'une maison, pour un nouvel emploi, pour une cérémonie de mariage, pour les premières récoltes. Alors, après un instant de réflexion, le moine secoue la tête : Non, le swastika n'est pas nazi : il nous appartient aussi.

Au temple hindou de Shri Lakshmi Narain, qui accueille quelque 4.000 visiteurs par jour, les swastikas sont nombreux, sculptés dans le marbre, peints sur les murs ou forgés sur les grilles. Comme des touristes occidentaux visitent ce temple et qu'ils se montrent très surpris en découvrant les swastikas, nous avons donc indiqué dans un dépliant qu'il ne fallait pas les confondre avec les croix nazies, explique l'administrateur du temple M. L. Anand. Et il met en garde : Nous ne pouvons pas éliminer le swastika, car c'est un symbole divin. Dharmendra Shastri, professeur de Sanskrit à l'Université de Delhi, se montre plus polémique, dans les pages du « Times of India » : Maintenant, « ils » veulent bannir ce qui ne leur appartient pas à l'origine.

A qui appartient le swastika ? Ignorant le débat, dans les maisons et les temples, les Indiens continuent de le dessiner soigneusement, l'ornant de jolies couleurs et de motifs décoratifs.·

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