Dans les coulisses d'un film événement

Le voyage annoncé pourrait être important pour chacun de nous. » C'est Philippe Godeau, producteur de Mr Nobody, qui nous l'assure. « On sait qu'on participe à une œuvre majeure », confie de son côté Olivier Rausin, producteur exécutif. En regardant Jaco à l'œuvre sur le plateau de Mr Nobody, on sent effectivement quelque chose de rare en création.

Nemo a 15 ans et est allongé sur un lit d'hôpital. Scène de coma en studio. « Très technique », nous confie Jaco. Une caméra mobile au bout d'une grue doit saisir l'acteur en plongée. En dernière minute, le cinéaste fait abattre un mur pour des raisons de lumière. « Tout reste possible jusqu'à la dernière minute où il arrête le cadre », dit Olivier Rausin. D'où l'importance, pour les producteurs du film, de laisser du temps et cette liberté de création.

L'assistant-réalisateur crie chaque fois qu'un technicien garde ses chaussures sur le sol – un « blue screen » qui doit permettre l'incrustation d'effets spéciaux. Tout est réglé au millimètre : de la position de l'oreiller à l'inclinaison de la tête du jeune héros. Jaco veille, et rien ne lui échappe.

En voyant la scène en live et sur le combo, on se dit que c'est rare d'avoir autant d'émotion tout de suite. Cela confirme ce que Godeau nous dira : « Jaco ne filme pas, il écrit avec sa caméra. » Depuis onze ans, le papa de Toto le héros était peut-être couché dans l'herbe sans rien dire, comme Georges et Harry dans Le huitième jour, mais en rêvant son film, en remettant cent fois sur le métier son ouvrage. Il a pris le temps d'écrire et réécrire l'histoire de Nemo, ce Mr Nobody qui nous emmènera de la préhistoire à 2092, de la Terre à Mars.

Aujourd'hui, Jaco déambule serein dans les 6.000 m2 qui servent de studios, à 300 m de la gare du Midi. Il est heureux et a adopté la technique du coureur de fond pour venir à bout de 120 jours de tournage, dont 60 en Belgique, 20 au Canada (beaucoup d'extérieurs) et 40 en Allemagne (partie futuriste – effets spéciaux dans les studios de Babelsberg). Le film produit par Philippe Godeau (Pan-Européenne), tourné en anglais, a aussi comme partenaires Alfred Hümer (Integral Film), Marco Mehlitz (Lago Film), Jaco lui-même (Toto & Co) et Christian Larouche (Christal Films), avec en producteurs associés, Daniel Marquet (Groupe One) et Scope Invest.

Nous visitons les studios bruxellois. Un intérieur en Angleterre, un autre au Canada, la chambre de Nemo enfant avec des papillons épinglés dans un cadre et des fusées sur le papier peint. On passe par les ateliers : perruques, maquettes, costumes, fleurs… Trottinettes, skateboard et vélos sont posés ça et là pour rejoindre plus rapidement un endroit à l'autre. Sur un panneau géant, les vies différentes de Nemo. Couleurs variées pour clarifier les choses. Là, ce sont des dessins magnifiques des costumes de Nemo. Les photos de Rhys Ifans (le père de Nemo), Natasha Little (sa mère), mais aussi celles de Pascal Duquenne, Alice et Juliette Van Dormael, Serge Larivière et Jan Hammecker composent un arbre généalogique pour donner sens aux quatre visages en enfilade désignant Nemo à différents stades de sa vie.

L'équipe attend l'arrivée de Jared Leto, qui interprète le héros adulte, début août. Celles aussi de Sarah Polley, qui joue Elise, et Linh Dan Pham, qui sera Jeanne, deux de ses femmes possibles. Ambiance zen, mais concentrée et efficace, à tous les étages. Des affichettes invitent les stressés à une séance de shiatsu. Les deux pieds dans des baskets rouges, Jaco est concentré sur la scène à tourner. « Faire des images avec l'impression qu'elles n'ont jamais été faites », glisse-t-il. Pour un Toto le héros à la puissance dix.

Un carnet de tournage à suivre : en exclusivité, nous vous proposerons au fil des semaines à venir d'autres rendez-vous sur le plateau de Mr Nobody.