JACQUELINE HARPMAN Destin: ne pas être spectateur de sa vie Le prince charmant? Cela n'existe pas!

JACQUELINE

HARPMAN

L'ÉCRIVAIN DÉVOILE LES MASQUES IMPOSÉS AUX HOMMES ET AUX FEMMES. LA PSYCHANALYSTE MILITE POUR QU'ILS NE SOIENT PAS SPECTATEURS DE LEUR VIE. MENTION AUTEUR par Bruno Deblander et Béatrice Delvaux

A près un silence littéraire de dix-neuf ans, vous avez renoué avec l'écriture au milieu des années 80 et vous publiez désormais sans discontinuité. Comment expliquez-vous cette si longue absence et puis ce retour en force?

Quand, après trois romans publiés, j'ai arrêté d'écrire, je crois surtout que je n'avais plus rien à dire. Et puis brusquement, le désir de raconter des histoires m'est revenu et ne m'a plus quitté. Ce désir est tel aujourd'hui que j'ai l'impression qu'il demeurera présent jusqu'à la fin de mes jours.

Vous avez aussi la particularité de mener de front votre travail d'écrivain et votre métier de psychanalyste. Comment y parvenez-vous?

Je m'impose, en fait, une organisation très rigoureuse. Je commence à travailler tôt le matin. Je termine tard le soir et je ne prends du temps que pour un léger repas et une sieste le midi. J'ai toutefois la capacité aussi de passer facilement d'une activité à l'autre, de sorte que j'exploite au mieux toutes mes plages horaires.

N'est-ce vraiment pas difficile pour vous de passer, sans transition, de l'écoute d'un patient à une démarche de création?

Psychanalyste, je quitte l'univers d'un de mes patients pour en découvrir un autre. Quand je me mets à écrire, c'est exactement la même chose qui se produit. L'essentiel, en la matière, est d'avoir suffisamment de discipline pour laisser l'un pour mieux entrer dans l'autre. Je possède, je crois, cette discipline. Le violoncelliste Pablo Casals raconte volontiers qu'il est capable de se jouer intérieurement une symphonie de Brahms et que celle-ci se poursuit, dans son esprit, même s'il est absorbé par autre chose. J'ai un peu la même expérience de la littérature.

Votre capacité de passer d'un univers à un autre signifierait-il que les histoires de vos patients, jamais, n'ont nourri vos romans?

Tout ce qu'on écrit correspond à des choses vécues. Le problème est qu'on ignore parfois l'usage que l'on fait de ces choses vécues ou on les identifie très tardivement. Dans «La mémoire trouble», mon premier roman d'après mon silence de vingt ans, une femme revient d'Amérique du Sud. Dans celui qui avait tout juste précédé ce silence, «Les bons sauvages», une femme y part...

Etait-ce construit?

Absolument pas. J'ai même mis des années à me rendre compte de cette coïncidence. C'est bien la preuve que l'inconscient existe.

Comment écrivez-vous?

Je travaille énormément mes textes et l'ordinateur m'y aide. Disons que le premier jet n'est jamais le bon. Il me faut une deuxième, voire une troisième lecture pour commencer à être satisfaite de ce que j'écris.

Vous documentez-vous beaucoup sur les lieux que vous décrivez?

Vis-à-vis d'eux, j'ai une attitude variable. Soit je les connais bien et je suis fidèle, dans mes descriptions, à ce qu'ils sont. Soit je les ignore et je laisse alors faire mon imagination. Celle-ci, toutefois, a parfois besoin d'éléments concrets pour se nourrir. Prenez la maison du «Bonheur dans le crime». Je ne connaissais de cette demeure que la façade. Aussi ai-je demandé à mon mari, qui est architecte, de m'en dessiner les plans intérieurs. Il y avait alors un élément matériel qui facilitait la création...

Précisément, votre époux participe-t-il beaucoup à votre travail de création?

Oui, absolument. C'est mon premier lecteur, mon premier critique. Et il est aussi sévère et rigoureux qu'il est nécessaire. En fait, il a une seule exigence. Il aime découvrir un travail fini et apprécie moins que je lui fasse part de toutes ses étapes.

Vous avez du temps pour lire les livres d' autres écrivains?

La place de la lecture est très grande dans mon emploi du temps. Lire pour moi est un amusement, un divertissement. Mais j'ai des goûts très particuliers. J'adore la science-fiction par exemple. J'ignore, par contre, la littérature étrangère et je ne suis pas spécialement attachée à la littérature actuelle. Pour tout dire, je ne la trouve pas spécialement bonne. J'ai horreur de ces écrivains qui racontent tout au présent, y compris des histoires qui se sont déroulées il y a deux siècles. Et puis, ils font des fautes de français. Mais il y a heureusement des exceptions. J'éprouve, par exemple, un énorme plaisir à lire Amélie Nothomb. Elle possède une intuition, une impertinence et une fantaisie extraordinaires. Je peux être envieuse de ses tirages, comme de ceux de Stephen King, mais, à la lire, je n'éprouve que du bonheur. Et puis, elle a la grâce infinie d'écrire au passé, au passé simple.

Destin: ne pas être spectateur de sa vie

A la fois psychanalyste et écrivain, vous avez, pratiquement, réalisé deux rêves d'enfance. Cela ne peut que procurer du bonheur...

Bien entendu. C'est toujours très agréable de réaliser une partie de ses rêves, ceux-ci ayant surgi durant mon adolescence, à Casablanca, quand, à 14 ans, j'ai découvert Freud en même temps que le plaisir d'écrire. Mais, vous savez, dans la vie, il y a aussi les choses que vous n'avez pas réalisées ,et dont vous parlez moins. Moi, j'ai le regret de ne pas avoir achevé mes études de médecine. Il y a aussi ma passion pour les sciences exactes, et les mathématiques en particulier, que je n'ai pu concrétiser parce que je n'avais aucune capacité d'abstraction... Il y a, enfin, mon amour pour la musique qui s'est heurtée au fait, sans doute, que mes oreilles ne l'avaient pas. Je n'ai aucune mémoire musicale.

On pourrait dire que c'est le destin...

Je crois surtout qu'il convient de prendre son destin en main. Je ne suis pas devenue ce que je suis en étant spectatrice de ma vie, cela dit en toute modestie. Ecrire, par exemple, il suffit peut-être de s'y mettre, mais, ensuite, il faut aussi travailler énormément, jeter des kilos de papier avant d'arriver à un manuscrit digne d'être présenté à un éditeur. Moi, je n'ai jamais été du genre à écrire d'un coup quelque chose de génial...La psychologie, de la même manière, j'ai décidé de la faire à 37 ans, un peu par défi à l'égard d'une amie qui, m'entendant formuler certains regrets, m'avait mise au pied du mur. Dans une existence, je crois qu'il se produit ainsi des déclics qui font que l'on s'assume. Chez moi, c'est peut-être à 14 ans qu'il a eu lieu lorsque j'ai décidé de devenir une bonne élève...

La réussite d'une psychanalyse ne réside-t-elle pas dans la capacité qu'elle a de faire d'un homme ou d'une femme l'acteur de sa vie?

Evidemment. C'est très impressionnant de voir des gens prendre en main leur existence.

Cela vous émeut?

Très fort. Voir quelqu'un qui reprend possession de soi est bouleversant. C'est vraiment quelque chose de beau. Je rêve de cela pour mes patients: qu'ils deviennent maîtres de leur histoire, c'est-à-dire de leur univers intérieur.

Peuvent-ils y parvenir sans amour?

Il y a un énorme besoin d'être aimé chez chacun de nous. Ce besoin est tellement gigantesque qu'il ne peut jamais être satisfait. Ce serait d'ailleurs la catastrophe si c'était le cas. On ne sortirait jamais d'un état de béatitude qui, finalement, empêche de grandir. Car c'est de la frustration que naissent bien des choses. Il y a donc une aspiration dangereuse à être aimé qui ne doit pas être complètement rencontrée. Tout est question d'équilibre - et fonction du passé aussi, peut-être, parce que le besoin d'amour découle de la manière dont il a été rencontré dans les premières années de l'existence.

Tous les rapports humains sont-ils, selon vous, nourris de ce besoin d'amour?

En grande partie, certainement. Au commencement de notre vie, notre recevons tous une dose d'amour. Selon qu'elle nous satisfait ou pas, nous emprunterons certains chemins. Nous pouvons éprouver, pour combler un certain manque, une formidable envie de séduire. Or, tous les rapports humains, ou presque, sont empreints de séduction. Et lorsque l'entreprise de séduction prime la séduction elle-même, les relations risquent d'être faussées...

Mais le rêve absolu n'est-il pas de plaire, justement, toujours et encore?

Le rêve permet en fait d'endurer la réalité, mais celle-ci est différente du rêve. Il faut toujours le rappeler. L'essentiel n'est pas de plaire à tout prix, l'important réside dans le déploiement de soi. Le bonheur, on le retire de soi, de l'exploitation de ses qualités et de ses talents.

Et si le rêve absolu, aussi, était de créer pour, comme l'écrivait Romain Rolland, «tuer la mort»?

Je crois effectivement que la mort hante tout créateur. C'est un thème tellement présent dans toute oeuvre qu'il en devient destructeur. Créer, c'est en quelque sorte détruire, parce que- dit simplement - la création est la seule activité qui permette de satisfaire de façon honorable une pulsion sadique. En réalité, un écrivain s'amuse à créer un personnage, puis à l'assassiner...

N'avez-vous pas l'impression que la perception de la mort a changé au cours de ces dernières années?

C'est étrange, cette évolution des mentalités. Dans un siècle et dans une civilisation qui ont longtemps cherché à dissimuler la mort, elle apparaît aujourd'hui comme mieux admise. Les progrès de la médecine, probablement, y sont pour quelque chose. Longtemps, on a imaginé que les médecins pouvaient éviter la mort. A présent, on a compris qu'ils étaient surtout capables de mieux faire: ils peuvent désormais prévoir la mort, lui fixer une échéance. Voyez la sérénité, le calme, l'apaisement qui règnent dans les unités de soins palliatifs et vous comprendrez à quel point la mort ne peut être niée, mais qu'elle doit au contraire être liée à la vie.

Constitue-t-elle, pour autant, un bon thème romanesque?

Toutes les littératures, en tout cas, parlent de la mort. Personnellement, je tourne, depuis longtemps, autour d'une histoire d'immortalité qui déboucherait sur une jubilation absolue.

Éprouvez-vous, pour autant, des difficultés à tuer vos personnages?

Aucune, car, au fond, les personnages de romans ne sont jamais morts. On reprend un livre et on les redécouvre en vie.

Le prince charmant? Cela n'existe pas!

L es personnages centraux de vos romans sont la plupart du temps des femmes. Intuitivement, on a aussi l'impression que vos lecteurs sont avant tout des lectrices. Les romans de Jacqueline Harpman relèveraient-ils d'une littérature de femme?

Je n'aime pas trop cette distinction. Parce que, d'une part, les femmes lisent davantage que les hommes et que, d'autre part, elles se dirigent peut-être plus spontanément vers des écrivains de leur sexe.

Il n'empêche que les hommes ont, chez vous, souvent des personnalités assez pâles...

C'est vrai et ce n'est pas vrai. Je donne effectivement toujours le premier rôle aux femmes. Et je n'en ai aucun scrupule. Pendant deux mille ans, à quelques rares exceptions près, la littérature a été écrite par des hommes qui ont donné le premier rôle aux hommes. Alors, je fais comme les hommes, je donne le premier rôle aux gens de mon sexe. Maintenant j'aime les nuances. J'ai aussi le sentiment d'avoir décrit des hommes admirables, de ceux que j'aimerais connaître. Prenez François Letellier le médecin du «Récit de la dernière année» qui s'éprend de Delphine, l'héroïne condamnée par un cancer. Vivre ses derniers instants aux côtés d'un être tel que lui peut être un bonheur...

Iriez-vous jusqu'à affirmer que vos histoires de femmes pourraient très bien être des histoires d'hommes, les rôles étant inversés avec toutes les nuances affectives et psychologiques que cela suppose?

Bien entendu. Je pense par exemple à «L'orage rompu» où tout ce que vit et éprouve mon héroïne pourrait aussi s'appliquer à l'homme qui lui fait face, celui qu'elle a croisé dans un train. Il se fait, cependant, que mes histoires me viennent comme des histoires vécues par des femmes.

Mais au fond, comment voyez-vous les hommes?

Je ne veux pas parler des hommes, des femmes, de l'homme, de la femme. Pour moi, il y a simplement des gens qui appartiennent à l'un ou l'autre sexe. La seule vraie différence qui existe entre ces deux sexes, c'est le masque que la société impose de porter à l'un ou à l'autre.

Et ils sont évidemment différents?

Bien entendu. Notre société condamne les hommes à réussir socialement. Elle leur dit que leur réussite viendrait de leur carrière professionnelle, et les hommes jouent ce jeu parce qu'ils n'ont pas d'autre choix. On ne leur a pas appris, par exemple, à rêver au grand amour, même si la littérature donne parfois à penser le contraire parce que c'est de la littérature...

Quel est alors le masque imposé aux femmes?

Celui de mère et d'épouse naturellement, celui d'une personne, aussi, en quête de prince charmant.

Serait-il dangereux pour les parents de laisser croire à cette image du prince charmant?

C'est en tout cas irresponsable d'oser dire qu'il existe. Attendre le bonheur d'une personne qui serait appelée à vous le procurer à un certain moment de votre existence jusqu'à la fin de vos jours, c'est de la folie furieuse. Bien sûr, il existe des exceptions. Moi, je suis mariée depuis quarante ans avec le même homme et ça peut encore durer quarante ans. Mais ce ne doit pas être très fréquent...

Revenons au masque imposé aux femmes. N'avez-vous pas le sentiment qu'elles s'en sont bien débarrassées dès l'instant où celui-ci ne leur autorise que mariage, ménage, maternité?

Oh, le fait que les femmes aient cessé de jouer au jeu qui leur était imposé est assez récent. Mais vous savez, elles n'ont pas toutes envie de rompre avec le rôle que la société leur a attribué. Souvent, elles ne peuvent le faire que si des hommes, à leurs côtés, se découvrent aussi une poche maternelle. Et puis, elles sont rattrapées également par d'autres mythes...

C'est-à-dire?

Je veux dire que la femme vit une époque de transition. Elle se découvre d'autres façons d'être. Elle doit aussi réussir sa carrière professionnelle sans pour autant sacrifier sa vie affective et familiale. En somme, rien ne lui a été enlevé parce que, je pense, elle ne veut rien lâcher. C'est le mythe, plus sournois qu'il n'y paraît, de la «superwoman».

Sentez-vous les hommes en crise face à ces femmes qui se sont prises en main?

Ils ne sont en crise que s'ils ont encore inscrit au fond d'eux-mêmes l'image «ancestrale» de la femme. Mais est-ce que les hommes d'aujourd'hui vivent encore dans ce mythe de la femme qui soit avant tout épouse et mère? Je ne le pense pas. Les hommes sont loin d'être des petites choses pâlottes. Ils ont une force, une capacité de changer qui participe aussi à la libération de la femme.

Reste le rôle de mère. Dans vos romans, les femmes n'assument parfois pas complètement leur maternité. Elles peuvent être très distantes de leur(s) enfant(s). Voudriez-vous ainsi les libérer d'un rôle très lourd à porter?

Naturellement. Le rôle de mère est un rôle épouvantable. J'ai passé mon adolescence à Casablanca, durant la deuxième guerre mondiale. Je vivais sous Pétain, dans une société qui parlait de la mère avec un grand M. Dans le même temps, cependant, je voyais aussi des femmes qui avaient des enfants et qui étaient, disons, déplaisantes avec leurs enfants. Je me suis dit alors que le mot «mère» ne méritait pas de majuscule. Quand je suis devenue mère à mon tour, je n'ai pas changé d'opinion. Je n'ai pas voulu de majuscule. J'ai simplement fait de mon mieux, en évitant de commettre certaines bêtises...

Quelles seraient ces bêtises?

Ce serait, par exemple, de donner à penser à son enfant qu'on se sacrifie pour lui, lui dire «tu me dois le respect». Le respect, cela se mérite et les sacrifices, il faut les taire...

Parcours

Ecrivain

1940. Jacqueline a 11 ans et commence son premier roman - qui ne dépassera pas une page - alors que sa famille vogue vers Casablanca. Son premier (vrai) roman inachevé est écrit en 1950 alors qu'elle séjourne dans un sanatorium pour soigner sa tuberculose. En 1959, «Brève Arcadie» obtient le Prix Rossel. Suivent «Les Bons sauvages» (Julliard) qui, peu soutenus, lui ôtent l'envie d'écrire. Elle reprend la plume en 1985 pour «La mémoire trouble» (Gallimard). Suivront «La Plage d'Ostende» (Stock), «Le bonheur dans le crime» (Stock), «Moi qui n'ai pas connu les hommes» (Stock) et «Orlanda» (Grasset), prix Médicis.

Psychanalyste

1967. Elle entame des études de psychologie à l'ULB, vingt ans après avoir commencé la médecine. Elle travaille comme psychothérapeute à la clinique Fond'Roy (Bruxelles) qu'elle quitte en 1976. Elle ne fera plus alors que de la psychanalyse.

Femme

1961. Elle rencontre l'architecte, urbaniste et poète Pierre Puttemans. Ils auront deux enfants, Marianne et Toinon.

Un soir de novembre, une nuit de Toussaint. Ou d'Halloween plus exactement. Notre intrusion dans la maison de l'écrivain est interrompue par les sonneries effrénées d'une grappe d'enfants du quartier qui menacent: «Des bonbons ou le bâton...». Emoi dans cette maison qui affiche soudain une rupture de stock, rayon confiserie. Halloween!, s'insurge Jacqueline Harpman, cette uniformisation internationale qui donne les mêmes fêtes partout! Agacée, notre interlocutrice harponne une cigarette. Pierre, son mari depuis 40 ans, s'installe dans le divan pour une interview en écho. Il nuancera lorsqu'elle parlera architecture, il s'emportera avec elle contre ces dévergondés qui n'écrivent plus qu'au présent.

Née de parents commerçants parcourant le monde, Jacqueline Harpman s'est prise de passion pour le français et Freud à Casablanca où ses parents avaient élu domicile pendant la guerre. Freud suivait Flaubert à la bibliothèque municipale: Je m'y suis sentie tout de suite chez moi ...Elle a 14 ans.

De retour en Belgique, elle veut être médecin mais elle devra arrêter ses études pour cause de tuberculose. S'ensuivent deux ans de sana qui n'ont rien d'une punition: elle va lire et surtout, elle va - vraiment - écrire. En 1959, son premier roman, «Brève Arcadie» est Prix Rossel et best-seller. Elle s'arrêtera là. Famille, enfant..., elle s'occupe jusqu'au jour où elle contemple, nostalgique, les livres de médecine qui garnissent la bibliothèque d'une amie psychologue. Je me suis précipitée chez mon mari et je lui ai dit: je retourne à l'université. Elle a 37 ans.

Harpman la psy va ressusciter Harpman l'écrivain. Quelques mots écrits sur papier et soudain le crayon s'emballe. J'ai supplié mon mari, empêche-moi de continuer. C'est stupide. je suis une psychanalyste, une personne convenable avec un métier sérieux et la considération de mes collègues. Elle écrira «La mémoire trouble» en deux semaines. Elle a 56 ans.

Aujourd'hui, lorsqu'elle n'écrit pas, ne psychanalyse pas, ne lit pas, n'écoute pas Wagner, notre intellectuelle avoue ne rater aucun épisode des séries télévisées «Urgences» et «X-Files». A 71 ans, Jacqueline Harpman confirme: elle ne sera jamais une femme convenable...