Jan Breydel: un héros de Flandre pour les héros du stade brugeois

Jan Breydel: un héros de Flandre pour les héros du stade brugeois

Aux dires de Michel D'Hooghe, l'abandon par KO de la candidature du Bosuil, qui prive malheureusement d'Euro 2000 une ville de la dimension internationale d'Anvers , sera la pierre de son jardin, le point noir dans «le» dossier clé de ses douze années de présidence à l'Union belge: le championnat d'Europe belgo-néerlandais. En revanche, il ne fait aucun doute qu'en tant que Brugeois pur sucre, les fruits de la rénovation de l'ex-Olympiastadion et les quatre matchs qui s'y dérouleront auront pour lui une saveur toute particulière.

Relifté des fondations jusqu'aux cheminées après un quart de siècle d'existence, l'antre des deux clubs professionnels que compte la Venise du Nord, le Football Club et le Cercle, a subi une métamorphose qui en fait le stade le plus fonctionnel du nord du pays, avec ses 29.978sièges. A l'instar du stade Roi-Baudouin à Bruxelles, du Mambour à Charleroi et de Sclessin à Liège, l'enceinte brugeoise a bien entendu bénéficié de l'élan que tente d'imprégner la Belgique du ballon rond, mais aussi celle de la politique et des affaires, au dernier événement footballistique majeur de ce siècle.

Ainsi la Région flamande est-elle intervenue dans des travaux d'un coût total de 430 millions à concurrence de 250 millions, à charge pour la Ville de Bruges, elle aussi partie prenante puisqu'elle y a injecté 105 millions, de se faire le chantre de la cause flamande en rebaptisant l'Olympiapark en Jan Breydelstadion, du nom d'un des héros de la bataille des Éperons d'Or en 1302, et dont, détail piquant, le seul descendant connu et retrouvé récemment par VTM est un francophone bruxellois ne pipant pas un mot de néerlandais. Partenaire dans les quatre stades belges de l'Euro, la Loterie nationale, qui matérialise ici l'aide de l'Etat fédéral, y est également allée de son écot en prélevant 75 millions dans sa corne d'abondance.

Exempté de toute contribution à ce généreux effort collectif, le FC Bruges en a profité pour venir greffer à l'imposant édifice un bâtiment, rebaptisé le «Klokke» avec une pointe de nostalgie, destiné à y accueillir, outre le très feutré club house pour VIP, toutes les activités de marchandisage déjà développées (fans-shop) ou à venir (vente par correspondance, organisation de séminaires, etc.). Nous avons contracté un prêt de 40 millions, remboursable sur 20 ans, auprès d'un organisme bancaire qui est... notre sponsor principal , explique Jacques De Nolf, le secrétaire général du Club. C'est en quelque sorte la cerise sur le gâteau, une manière d'entrer de plain-pied dans le football du siècle prochain.

Propriété de la Ville de Bruges depuis 1974, le Breydelstadion le demeurera bien évidemment. Le Club et le Cercle, qui bénéficient gratuitement de l'usage des installations jusqu'en 2005, au terme d'un bail actuellement en pleine renégociation, s'acquittent de taxes sur les entrées aux guichets afin de renvoyer en quelque sorte l'ascenseur au contribuable brugeois qui, au début des années 70, avait vu une partie du budget communal affecté à l'érection de l'Olympiapark.Un prélèvement de 6,5%, entre-temps majoré de 30 F, est comptabilisé depuis 25 ans sur chaque ticket vendu. En clair, cela signifie que pour l'écoulement de toute place à 1.000 F, l'échevinat des finances de la Ville de Bruges se voit rétrocéder 95 F.

Il n'en ira pas autrement lors de la rencontre de préparation de demain soir face à la Finlande, et à l'occasion des quatre matchs - de l'Euro 2000 programmés ici même les 11, 16, 21 (poules) et 25 juin (1/4 finale) , intervient Filips Dhondt, le directeur du site brugeois où l'on met actuellement la dernière main à quelques menues accommodations comme la tribune de presse, les passerelles TV, le tunnel télescopique permettant de protéger les joueurs ou les 800 places de parking prévues dans le parc qui ceinture le stade Breydel. Au total, la capacité d'accueil automobile sera de 6.500 emplacements, mais un peu plus loin du stade. Nous peaufinons actuellement un plan de mobilité qui outre l'interdiction du trafic ordinaire dans une zone cadenassée par les forces de l'ordre, comprendra également un système de navettes.

Question sécurité, puisque ce domaine sensible est devenu la priorité n o 1 - si pas une obsession - le stade brugeois présentera la particularité, au contraire de son homologue bruxellois par exemple, de ne pas être cerné par une enceinte de sécurité artificielle une centaine de mètres à l'extérieur du stade. La nouvelle loi sur le foot l'autorise pourtant, mais je ne veux pas que ce lieu de détente devienne un camp retranché , conclut Filips Dhondt.

Patrick Moenaert, le bourgmestre de Bruges, qui après les incidents de l'an dernier vient d'interdire la présence de supporters bruxellois lors du prochain FC Bruges-Anderlecht, partage-t-il cette philosophie du football? Réponse après le tirage au sort du 12 décembre, lorsque Bruges connaîtra la nationalité des fans qui s'en viendront combiner sport et tourisme.

FRÉDÉRIC LARSIMONT