Joseph Hick débouté par la cour du travail de Liège Douze ans de combat pour rien L'enseignant révoqué en 1986 a subi hier une lourde défaite dans sa pathétique croisade pour faire valoir ses droits à la défense.

Joseph Hick débouté par la cour du travail de Liège Douze ans de combat pour rien L'enseignant révoqué en 1986 a subi hier une lourde défaite dans sa pathétique croisade pour faire valoir ses droits à la défense.

Joseph Hick, livide, soupire profondément. A plusieurs reprises. Je suis écoeuré , lâche-t-il au bord des larmes. J'avais déjà une opinion très très critique vis-à-vis de la justice, mais ici cela dépasse les limites. C'est l'écoeurement total, s'indigne-t-il.

Joseph Hick en était, hier, à son 4.481 e jour de combat pour obtenir le droit de se défendre devant une chambre de recours de l'enseignement libre de la Communauté germanophone contre les accusations de fautes pédagogiques et de propos scabreux qui avaient été proférées contre lui en 1986. Des accusations qui lui valurent d'être suspendu de ses fonctions de prof de math et de sciences à l'institut épiscopal de Bullange, dans les cantons de l'Est. Puis d'être révoqué pour faute grave parce qu'il s'était ouvert de ses problèmes dans la presse locale.

Ce 4.481 e jour s'est avéré le plus sombre de son pathétique chemin de croix pour tenter de retrouver son honneur perdu d'enseignant. Jeudi après-midi, la cour du travail de Liège devait rendre son arrêt sur la demande d'indemnités pour licenciement abusif introduite voici déjà belle lurette par Joseph Hick contre l'ASBL «Enseignement technique de l'évêché de Liège», le pouvoir organisateur de l'institut de Bullange. A l'époque, il pensait que la justice rendrait son verdict après que la chambre de recours prévue par la loi de 1959 sur le pacte scolaire aurait accepté de l'entendre et, espérait-t-il, de le réhabiliter. Hélàs pour lui, cette chambre de recours de l'enseignement libre n'a toujours pas été créée en Communauté germanophone. Malgré ses demandes incessantes et les promesses qui lui avaient été faites par le monde politique germanophone. L'enseignant avait, dès lors, demandé à la cour du travail de surseoir à son arrêt pour attendre que cette chambre de recours soit enfin constituée et qu'elle lui donne le droit de faire valoir ses arguments.

A plusieurs reprises, la cour liégeoise avait postposé cet arrêt. Joseph Hick pensait, sans doute, qu'il en irait encore de même hier. Sur le coup de 16 heures, le couperet est tombé. Avec sécheresse et laconisme, Émile Micha, le président de la quinzième chambre de la cour du travail, prononçait son arrêt: Action non fondée. La cour a donc estimé que la révocation pour faute grave était justifiée. Hick est débouté. Il n'obtient pas le moindre franc d'indemnité de préavis.

Après douze ans de lutte, émaillée de cinq grèves de la faim (dont une de 78 jours), d'une pétition qui a recueilli plus de 12.000 signatures, de plus de 5.000 lettres envoyées tous azimuts (rien que depuis la fin mai, il a adressé 289 missives à l'évêque de Liège, Albert Houssiau, qui n'a répondu à aucune), l'irréductible enseignant a subi, hier, sa plus sévère défaite. Après quelques minutes de flottement - seul à l'audience, sans ami, sans avocat, il n'a pas paru comprendre tout de suite la portée de l'arrêt -, il tentait de se persuader que son combat n'est pas irrémédiablement perdu. Cet arrêt est une épreuve de plus à laquelle je ne m'attendais vraiment pas, se lamente-t-il. Ma seule possibilité constitue à me pourvoir en cassation. Je crois disposer d'assez d'éléments pour introduire ce pourvoi, mais cela prendra sans doute encore des années.

DANIEL CONRAADS