Justice Farid Bamouhammad livre son témoignage : Paroles de délinquant

Un témoignage de l'intérieur, forcément subjectif, mais touchant à sa manière. Farid Bamouhammad, récemment condamné à dix ans de prison pour séquestration et tentative de meurtre, a profité de ses années de prison pour écrire ses « Mémoires », qu'il espère bientôt publier. Les termes de son manuscrit sonnent vrai et sentent la souffrance. Une « enfance difficile » ? L'expression prend toute sa dimension ici. Mais l'auteur ne s'en sert pas comme d'une excuse.

Naissance en France, à Saint-Dizier en 1967 d'un père alcoolique et d'une mère battue. À cause des excès de son père, Farid est arraché à ses six frères et soeurs et placé, par un juge de la jeunesse, dans un home. À l'âge de sept ans. Cet environnement catholique et sévère est censé l'encadrer sept jours sur sept. Farid le vit comme une sanction. Il ne comprend pas. À 11 ans, il fugue. Joue à cache-cache... avec la police. Son but est de faire le malin, de se valoriser aux yeux des autres jeunes, ou alors d'aller revoir sa mère. Il se frotte pour la première fois à une arrestation : fouille, humiliation et retour chez le juge de la jeunesse.

La solution trouvée pour le calmer réside dans un placement au home Jules Lejeune... pour délinquants. Sa scolarité, qui se déroulait assez bien, s'interrompt brusquement. Farid est amer sur cette période de sa vie. Il sait qu'il n'était qu'un gamin qui se donnait de la consistance en jouant au caïd, sans trop se poser de questions. À 12 ans, il fugue à nouveau et se retrouve alors placé à Brasschaat, un centre de redressement pour délinquants.

Les « vertus pédagogiques » de cette institution semblent lui échapper. Il fugue encore et commet des vols et des cambriolages pour se débrouiller. Il met aussi le doigt dans l'engrenage de la délinquance. Et goûte du cachot, pour la première fois. À 12 ans, il passe 45 jours enfermé dans un trou envahi par les moustiques.

La dimension criminogène de l'enfermement n'est pas une vue de l'esprit dans ce cas précis. Ce jeune déraciné, à l'existence déshumanisée pour des raisons familiales qui lui échappent, qui n'a pas connu l'amour et l'encadrement familial, va sombrer dans la violence. Autre élément déstabilisateur : à l'âge de 13 ans, il assiste à une tentative de suicide de sa soeur, Nadia.

Dès l'année suivante, le sobriquet de « Farid le Fou » commence à lui coller à la peau. Tant son attitude est étrange, et folle, pour un enfant de 14 ans. Une étiquette qui n'arrangera pas son entrée dans le monde carcéral, à 15 ans, pour un vol dont il sera disculpé ultérieurement. Il quitte alors la prison... pour intégrer le centre de Braine-le-Château.

Dès 1984, sa carrière de délinquant se précise. Farid est condamné pour vol. En prison, il fréquente d'autres délinquants. À sa sortie, ceux-ci l'engagent pour commettre un hold-up. Il retombe : cinq ans de prison. La détention se révèle catastrophique. Bagarre, affrontement avec des gardiens, haine, révolte, escalade dans la violence, de part et d'autre, et vexations. Il connaît le « régime extra » de nos geôles et commence sa tournée des établissements pénitentiaires.

À Mons en 1986, écrit-il, il se retrouve à la prison de Mons. Celle-ci abrite aussi un détenu qui deviendra célèbre : Marc Dutroux. Évasions, prises d'otages, émeutes... toute la panoplie y passe. L'antagonisme avec les gardiens est déjà marqué ; il arrivera à son paroxysme en 2006 quand plus aucune prison ne voudra de lui.

En 1993, il est libéré et expulsé en France. Sa vie prend une autre dimension. Il tombe raide amoureux de Nathalie. Celle-ci lui confie avoir été victime d'un viol collectif. Farid se sent investi d'une mission de justicier. Il retrouve un des auteurs... et le tue. Sa relation avec Nathalie se poursuit en prison. Il est à Forest, elle à Berkendael. Ils se parlent (se crient) via les fenêtres et les grillages. C'est comme ça aussi qu'il garde le contact avec sa fille Farrah.

Farid Bamouhammad passe aux assises pour l'assassinat et la tentative de meurtre sur les violeurs de sa compagne. Il s'en tire avec 13 ans de prison. À sa sortie, en 1999, nouvelle perturbation dans sa vie : Nathalie le quitte. il est expulsé de Belgique et ne peut plus voir sa fille. Cela le rend... fou. Il entre dans une spirale infernale qui le mènera à commettre d'autres gestes désespérés et d'autres délits. Envers et contre tout, il se bat pour voir sa fille. Farid est suicidaire. Il boit. Et il prend les armes pour rétablir le contact avec Farrah. La police intervient pour arrêter ses délires. Farid tente de justifier son comportement par la place qu'il aurait souhaité occuper près de sa fille. En 2005, il récidive : il séquestre Farrah, d'autres membres de sa belle-famille, et tire sur la police.

Farid cumule les années de détention. Il noircit des pages, dans son livre, sur les règles qui régissent ce milieu. Même si l'auteur n'est pas un saint, son livre n'en constitue pas moins un témoignage subjectif éclairant.