Justice Riga pleure ses regrets devant les jurés Justice La première journée du procès du meurtrier présumé de Nicolas Vander Stukken Les larmes et les regrets de Pierre Riga Selon l'accusé, c'est la peur qui a armé son bras

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Justice Riga pleure ses regrets devant les jurés ERIC DEFFET

Le procès de Pierre Riga devant la cour d'assises du Brabant wallon a vécu un premier temps fort dès ce lundi. L'accusé s'est tourné vers les parents de Nicolas Vander Stukken, le jeune homme de 18 ans abattu d'une décharge de fusil de chasse, le 13 juin 1999. La voix cassée, finalement en larmes, il a exprimé ses regrets à propos des circonstances inacceptables et révoltantes de la mort de l'étudiant.

Riga s'est dit responsable et prêt à assumer les conséquences de son geste. Mais il s'accroche à sa défense: ce fut un accident. Je voulais tirer un coup de feu dissuasif, a-t-il dit. Ma peur était disproportionnée par rapport aux événements. Le Wavrien a expliqué à quel point sa crainte de rencontrer des gens indésirables sur sa propriété était forte. Puis ce fut la mort absurde de Nicolas...

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Justice La première journée du procès du meurtrier présumé de Nicolas Vander Stukken Les larmes et les regrets de Pierre Riga

L'ancien agent de change de Wavre a craqué en fin d'interrogatoire lorsqu'il s'est adressé à la famille de la victime et aux siens. Son interrogatoire lui a permis de préciser sa version des faits.

ÉRIC DEFFET

La première journée du procès de Pierre Riga devant la cour d'assises du Brabant wallon a été marquée par le message adressé par l'accusé aux parents de Nicolas Vander Stukken, le jeune homme de 18 ans abattu d'une décharge de fusil de chasse en pleine tête, dans un bois aux confins de Wavre, Rixensart et Tombeek.

L'interrogatoire minutieux par le président Guy Wezel s'achevait (lire par ailleurs) lorsque Pierre Riga a demandé à pouvoir s'exprimer un peu plus longuement. L'ancien agent de change avait fait preuve jusqu'alors d'une solidité à toute épreuve pour parler de la journée fatidique du 13 juin 1999, cherchant le mot juste pour présenter une version des faits cohérente. Lorsqu'il s'est tourné vers les parents de Nicolas, le visage est devenu moins serein, la voix chevrotante jusqu'aux sanglots et aux larmes.

«Votre fils est mort

dans des circonstances

inacceptables»

Ce drame m'a bouleversé, a-t-il expliqué. Je perçois bien votre souffrance. On ne guérit pas de la perte d'un enfant. Je le sais: moi aussi, j'ai des enfants. Je sais que vous ne pouvez pas me pardonner. Je comprends votre colère et votre révolte: votre fils est mort dans des circonstances inacceptables.

Mais dans tout ce déferlement de haine à mon égard, a poursuivi l'accusé, il y a eu beaucoup de malentendus. Je veux en relever trois. Un: je n'ai jamais voulu tirer sur votre fils. Deux: je ne suis pas un notable qui tire les ficelles, qui est soutenu par des amis de la politique et de la magistrature. Trois: Je ne suis pas non plus «un seigneur sur ses terres». Je suis par contre responsable de ce qui s'est passé et j'en assumerai toutes les conséquences. Je suis malheureux et je compatis à votre douleur.

A mes proches qui vivent un enfer depuis deux ans, a encore dit Pierre Riga, je demande pardon. Et je remercie tous ceux qui m'ont aidé à tenir debout.

La déclaration de Pierre Riga a été écoutée de bout en bout dans un grand silence. Sans doute était-elle attendue de tous depuis le début de la matinée: les douze jurés - cinq femmes et sept hommes - désignés pour juger le Wavrien, les parents de Nicolas et ses trois copains d'infortune, tous parties civiles, les proches et les amis de Pierre Riga venus en nombre dans une salle sans décorum et qui donne à ce procès la dimension humaine qui lui convient.

Le caractère humain des débats est important à nos yeux, a d'ailleurs commenté Martine Horincq, la maman de Nicolas. Il y avait un côté émotionnel dans cette déclaration. Beaucoup de respect dans la salle, et chez nous. Je comprends les larmes de Pierre Riga. Mais nous avons aussi notre souffrance. On dira beaucoup de choses de lui durant ce procès. Je n'ai pas de haine, mais un acte a été posé et il doit être sanctionné.

L'après-midi a été consacrée aux premiers témoignages, ceux des enquêteurs et du juge d'instruction Lobet auquel on reprocha de n'avoir retenu que la prévention de coups et blessures contre Pierre Riga. Mais sur le grand écran, le visage de Nicolas percuté par plus de nonante plombs «numéro quatre» a ramené tous les acteurs de ce procès à l'essentiel: la mort stupide d'un adolescent.

Selon l'accusé, c'est la peur qui a armé son bras

A 43 ans, Pierre Riga porte beau. D'une élégance que souligne un costume de bonne coupe, la cravate sobre, le teint mat, l'homme d'affaires - qui s'affiche aujourd'hui sans profession - a effectué une entrée remarquée dans la petite salle réservée aux assises, à Nivelles, peu avant 9 heures. Libre depuis le 18 juin 1999, cinq jours après le drame, il a fendu la foule des candidats jurés et s'est soumis à la horde des photographes en compagnie de ses avocats. Il n'a pas souhaité, par contre, être filmé dans le box des accusés.

Interrogé pendant plus d'une heure et demie, Pierre Riga ne s'est pas démonté. Prenant le temps de trouver le mot juste, il a montré une grande aisance face aux questions de la cour, maîtrisant parfaitement un micro parfois récalcitrant, répétant plusieurs fois le geste fatidique comme il prétend l'avoir commis, le 13 juin 1999. Avec ce maudit fusil , a-t-il dit en désignant son arme de chasse qui trône parmi les pièces à conviction.

«J'étais animé

d'une crainte

disproportionnée

par rapport

aux événements»

L'accusé met une grande assurance à décliner sa version du drame. On sait qu'elle diverge en plusieurs points de celles de Thibaut Van Handenhove, Nicolas Deriez et de Sébastien «Derek» Pantlin, les trois amis de Nicolas qui l'avaient accompagné dans le bois de Tombeek. Ce ne sont pas des détails: le premier scénario est celui du mauvais réflexe et des coups et blessures sans intention de donner la mort; le second est celui du geste volontaire et donc du meurtre. Les trois étudiants auront l'occasion de raconter leur histoire ce mardi.

Pierre Riga détaille d'abord les journées qui ont précédé le drame au plus profond de ce bois de 35 hectares qu'il venait d'acheter et qui faisait le bonheur de ses trois enfants. Le dimanche 6 juin, alors qu'il a été alerté par son garde forestier de la manifestation d'une présence au bord de l'étang, l'agent de change y tombe nez à nez avec Nicolas Deriez (qu'il ne connaît pas): Il était blême, une veste de cuir, un casque, j'ai pensé qu'il était drogué. J'avais aperçu plusieurs motos. J'étais avec mes enfants. Ce fut «courage, fuyons».

Le mardi suivant, on lui annonce que les minables bâtiments qui bordent le plan d'eau ont été saccagés: J'ai ressenti cela comme des représailles, comme une provocation. Dans mon esprit, c'était forcément la même bande. Aucun élément de l'enquête ne permettra de dire que Nicolas Vander Stukken et ses amis ont commis ces déprédations. Mais le jeudi, Pierre Riga voit sa conviction renforcée: J'ai été déposer plainte et la police m'a parlé de squatteurs et de toxicomanes qui avaient été délogés à Wavre et qui cherchaient sans doute un nouveau quartier général. J'étais très inquiet.

Le samedi, le Wavrien retourne sur place. Nouveaux dégâts : Ils étaient revenus. Le dimanche 13 juin, après la messe en famille et le repas de fête des Pères, Pierre Riga revient au bois de Tombeek. Il laisse sa voiture, sa femme et ses trois enfants à hauteur du panneau «propriété privée» et pénètre dans le chemin qui mène à l'étang, l'arme à la main.

Une décision regrettable, explique-t-il. J'ai pris mon fusil parce que j'allais au-devant d'un danger que je ne savais pas estimer. Je voulais que cesse cette situation, cette inquiétude pour ma famille. C'était là ma seule intention. Quand j'ai vu les jeunes, je suis devenu comme fou.

- «Mais ces jeunes ne vous menaçaient pas, ils n'étaient pas armés»... fait alors valoir le président.

A posteriori, bien sûr, on peut dire qu'ils étaient inoffensifs. C'est ce qui rend ce drame intolérable.

Pierre Riga raconte alors avoir brandi l'arme, mais sans jamais la pointer en direction des jeunes: Je ne les ai jamais mis en joue, je voulais les ramener à la voiture et appeler la police. Et soudain, Nicolas Vander Stukken s'enfonce dans les bois: J'ai voulu lancer un coup de semonce. Mais le coup est parti très tôt, à ma grande stupéfaction, pendant le mouvement et avant que je décide de tirer. Le stress, la panique sans doute. J'étais animé d'une crainte disproportionnée par rapport aux événements.

Le conclusion du président Guy Wezel surprendra tout le monde. A Pierre Riga:

- «Vous aimiez la nature et le jeune Nicolas aussi, ne pensez-vous pas que vous avez manqué une occasion de faire une rencontre?»

É.D.

Avocats et magistrats

La cour d'assises est présidée par le conseiller Guy Wezel. Le substitut Pierre Rans occupe le siège de l'accusation. Les intérêts des parties civiles (les parents de Nicolas et ses amis) sont défendus par M es Anne Krywin et Thierry Moreau. A la défense de Pierre Riga, on retrouve Mes Jean-Philippe Mayence et Marc Preumont.

Les proches dans la salle

Les parents et les amis de Nicolas sont dans la salle à côté de leurs avocats. Dans le public, plusieurs bancs sont occupés par la famille et les amis de Pierre Riga. Les uns et les autres seront appelés à témoigner. Partout ailleurs, une telle perspective les obligerait à quitter la salle jusqu'à leur témoignage. A Nivelles, un modus vivendi a été trouvé entre les parties.

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