L’exorciste était aussi un amateur de porno

Les exorcistes musulmans qui voulaient extirper le diable, jusqu’à le tuer, du corps de Latifa Hachmi, cette jeune femme de 23 ans prétendument habitée par les « djinns », étaient peut-être aussi des pornographes, habitués de la consultation de sites sadomasochistes et aussi pédopornographiques. Les six accusés qui comparaissent aux assises de Bruxelles depuis lundi se présentaient jusqu’ici comme de « bons musulmans ». La longue audition du juge d’instruction Hervé Louvaux et de dix-huit de ses enquêteurs, a réservé une surprise de taille aux jurés. L’ordinateur de l’association « La Plume », qui entendait promouvoir à Saint-Josse l’entente entre femmes musulmanes, semblait servir d’abord à la consultation de sites pornographiques. Comme celui de l’exorciste patenté du milieu ultra-religieux bruxellois, Abdelkrim Aznagui, l’autoproclamé cheikh Abou Chayma (un ancien réparateur de jackpots, au chômage depuis trente ans) qui affichait jusqu’à 25 consultations par jour de sites pornographiques, sadomasochistes, voire pédopornographiqes. 80 % de la consultation internet du cheikh était réservée à ces visions à connotations sexuelles. Cette révélation a frappé de stupeur la cour d’assises. La présidente Karin Gérard a immédiatement ordonné au commissaire Ide de faire l’inventaire et l’historique de ces consultations pour le moins étranges

dans le chef d’un « cheikh », s’affirmant prude gardien de la morale musulmane.

L’audition du juge Louveaux et de ses enquêteurs a aussi permis d’apprendre que le cheikh Abou Chayma était connu des services de police pour une autre affaire d’exorcisme litigieux. Le juge n’en a pas dit plus. Nous avons retrouvé la trace de cette affaire qui aurait pu, si elle avait été poursuivie à suffisance, sauver la vie de Latifa Hachmi. Le 24 juin 2004, soit un mois et demi avant la mort de Latifa à Schaerbeek, une jeune Marocaine âgée de 30 ans, dépose plainte à la police de Molenbeek pour « coups et blessures, harcèlement et exercice illégal de la médecine ». Laaziza, la victime, explique avoir été victime de l’exorciseur Abou Chayma qui lui aurait imposé des bains d’eau bouillante, au point de s’évanouir, de lui avoir aussi imposé des coups pour faire partir les djinns qui, soi-disant, l’habitaient. Le cheikh fut interrogé et se défendit bec et ongles. « Moi, un marabout ? Les marabouts sont des charlatans. Moi, je suis un exorciste qui fait partir le djinn. » La jeune femme, comme Latifa, était couverte de bleus. Sur ses bras (« des bleus énormes » soulignent les policiers ) et sur le dos.

Une plainte retirée

Un an plus tard, cette plainte fut retirée à la demande de la famille de Laaziza, qui la traite de folle, qui admet les séances d’exorcisme de cheikh Abou Chayma et qui affirme aussi le payer (de 15 à 20 euros) pour sa peine. Pour la famille, les bleus sur le corps de cette jeune femme « ne pouvaient venir que de l’intérieur de son corps, des djinns ». Les similitudes avec l’affaire de Schaerbeek, sauf l’issue fatale, sont flagrantes.

Déjà trois victimes de la roqya

La famille de Latifa demeure stupéfaite face à ces révélations. Son frère assure : « Nous nous battons pour sauver d’autres jeunes filles. Pour que cela n’arrive plus jamais. » La loi du silence pèse sur ces pratiques. En 2005, une jeune fille fut noyée, comme Latifa, à Koekelberg. En janvier 2011, Leïla, une jeune Anversoise, fut elle aussi victime d’un charlatan. La jeune fille, âgée de 17 ans, fut recouverte d’un onguent « islamique » qui lui infligea de sévères brûlures, comme nous le confirme l’avocat de sa famille, Me Platteau. Son état de dénutrition (elle était anorexique), conjugué à ces traitements inhumains eut raison de sa vie. L’enquête, à Anvers se poursuit.

Cheikh Abou Chayma serait-il un pornographe ? Les résultats de la nouvelle enquête demandée par la présidente Karin Gérard sont attendus avec impatience. Ils relégueront peut-être cette affaire de l’excès de religiosité dans le champ de l’imbécillité ordinaire.MARC METDEPENNINGEN