L’original « Mr. Nobody » arrive

Jaco Van Dormael est heureux. Mr. Nobody sort en DVD dans sa version originale pour le monde entier. Et pas de choix possible. Exit la version courte imposée par les investisseurs français lors de la sortie en salles. Tous les supports – DVD simple ou collector et blue ray dès le 20 juillet, VOD (vidéo à la demande) sur BelgacomTV dès le 21 juillet – proposent le film tel que l’avait monté le cinéaste belge avant de devoir l’amputer de vingt minutes sous la pression du producteur et distributeur Français. « Cette fois, ils n’auront pas gain de cause. On ne peut plus argumenter de façon économique. Les gens sont libres de voir le film comme ils l’entendent. La version longue apporte une plus grande fluidité. C’est comme quand on aime Guerre et Paix, on veut lire l’intégrale », explique Jaco.

Pour accompagner le film, des bonus dont un passionnant making of prouvant combien le projet était ambitieux et fou ainsi que les scènes coupées par le cinéaste. A ce propos, il avoue : « Je les trouve belles mais elles n’avaient leur place dans le récit. La scène de la peinture du père, par exemple. J’essaie de la mettre dans tous mes films en souvenir de mon père que j’ai vu peindre pendant dix ans un même tableau. Ici, cette scène était une digression et n’allait pas. En bonus, c’est une perle à côté du collier. » Ne perdant rien de sa logique de pensée qui anime son œuvre, il ajoute : « Mr. Nobody est un film sur la multitude possible et les bonus, c’est une multitude de films possibles. »

Mr. Nobody, qui touche de façon inattendue les 15-25 ans – « Je croyais faire un film pour cinéphiles » –, a fait 100.000 entrées en Belgique, 130.000 en France mais 60.000 à Moscou sur quatre salles. Il vient de sortir en Allemagne, sort à Madrid et en Corée du Sud où 600.000 spectateurs ont vu Toto le héros. Mais Mr. Nobody a tout à gagner via le DVD. Van Dormael le sait. Il dit avec humour : « La meilleure distribution DVD de Mr. Nobody est en Chine, en version piratée à 1 euro. »

Dieu vit à Bruxelles

Jaco s’envole demain pour Séoul. En août, il prendra des vacances avant de reprendre le fil de l’écriture de son nouveau scénario avec l’écrivain Thomas Gunzig. Une collaboration qui le stimule pour faire naître une nouvelle histoire de temporalité dans Bruxelles contemporain, où vit Dieu qui vient de créer le monde. Cela met le présent dans une autre perspective. S’annonce ainsi une histoire ouvrant bien des possibles… Le cinéaste assure qu’il ne mettra plus dix ans pour la finaliser. Et confie : « Pas de projet mégalo, cette fois. Ce sera un petit film avec des acteurs belges, une équipe de vingt personnes. C’est l’outil qui va diriger l’histoire, pas l’inverse. Les envies qui ne cadrent pas avec ça seront hors propos. » Mais il ajoute en rigolant : « Pour Mr. Nobody, j’avais aussi dit que ce serait un petit film… »

Quant à la production du film, le cinéaste belge, très échaudé par sa mésaventure avec Mr. Nobody qui a manqué de ne jamais sortir, va veiller à bien choisir ses partenaires financiers. « Je n’exclus pas une production 100 % belge mais en dehors de trois rues à Paris, où se concentre le gros de l’argent pour le cinéma français, il y a moyen de trouver des gens, de Marseille à Lyon, avec qui travailler sans perdre la dimension humaine et artistique. »

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