L'ACTEUR Freddy Roosemont

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Le nouveau patron de l'Office des Etrangers est un pur produit de l'administration, un « autochtone ». Par MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

Côté North Gate, il y a les demandeurs d'asile, les camionnettes de police garées en permanence, côté chaussée d'Anvers ce sont les bureaux administratifs où s'alignent les différentes directions de l'administration. C'est là, dans le quartier Nord de Bruxelles, qu'on trouve le bureau du nouveau patron de l'Office des Etrangers.

Freddy Roosemont parle avec une certaine lenteur qui ne s'explique pas seulement par le fait qu'il est flamand. On sent la prudence derrière chaque mot. L'Office des Etrangers a toujours été avare d'explications.

Le nouveau directeur de l'Office semble en être conscient. Mais, au fond, comment devient-on, à 43 ans, le directeur d'une des administrations les plus décriées du Royaume? Avec Copernic, c'était une opportunité à saisir. Pourquoi ne pas participer au concours? J'ai fait la démarche et voilà.

Et le voilà effectivement catapulté à la tête d'une administration dans laquelle il est entré il y a 17 ans. Auparavant, cet historien de formation avait fait un bref passage à la régie des postes d'Anvers. Je ne voulais pas enseigner, dit-il. Alors avec un diplôme comme le mien il n'y a pas beaucoup d'autres options que la fonction publique. Et pourquoi reste-t-on à l'Office des Etrangers? Parce que c'est une des administrations les plus gaies. Gaie, vraiment ? Oui, parce qu'on travaille sur des problèmes humains. Je suis arrivé au secteur le plus intéressant de l'Office, le secteur de l'asile. Le plus critiqué, pourtant. Quand on est dedans, on relativise les critiques, qui ne sont pas toujours motivées. J'ai souvent entendu dire que l'Office des Etrangers était une tour d'ivoire. Je ne trouve pas que c'est vrai.

En 92, Freddy Roosemont entre au cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, Johan Vande Lanotte, qui démissionnera après l'évasion de Marc Dutroux pour être remplacé par Louis Tobback. Freddy Roosemont sera le fonctionnaire de liaison du cabinet jusqu'en juin 98. Quatre ans, le temps de voir la loi sur l'asile se modifier à plusieurs reprises dans un sens toujours plus restrictif. Une expérience intellectuellement très intéressante, juge-t-il, mais qui le convainc aussi que le rythme de la vie politique, ce n'est pas vraiment sa tasse de thé.

Il vient de prendre la tête du bureau de l'asile quand éclate, le 22 septembre, l'affaire Sémira Adamu, cette jeune demandeuse d'asile nigériane étouffée avec un coussin par des gendarmes. Louis Tobback démissionne. Il était très émotionné par cette affaire. Et lui ? Il répond par la tangente: Pour tout le service, c'était dur. Il fallait répondre aux collègues, aux autres fonctionnaires, expliquer ce qui s'était passé. C'était un « incident » inexcusable.

Sa principale qualité ? Freddy Roosemont cite son enthousiasme, le fait qu'il ne s'énerve jamais. Son principal défaut ? La même chose finalement, le fait d'être trop rationnel. « Froid », nuancent ses détracteurs. Ses proches collaborateurs saluent sa disponibilité.

Il écoute mais ne change pas d'avis, rétorque ce membre d'une ONG qui l'a rencontré souvent. Il est sans états d'âme sous des dehors ouverts et souriants.

C'est un pur produit de l'Office des Etrangers, constate un avocat. Comme Stephan Schwewebach, son prédécesseur, il est convaincu de servir l'Etat en barricadant la Belgique contre les demandeurs d'asile. Comme Schwewebach aussi, il a grimpé tous les échelons de l'Office en étant un bon exécutant, un vrai fonctionnaire.

Ce n'est pas le pire, conclut un juriste. Au moins, il est arrivé à la tête de l'Office par examen. Ce n'est pas un parachutage politique comme on l'a vu au Commissariat général des réfugiés. Il n'empêche, avec lui, le SP.A contrôle toutes les instances chargées de l'asile. Et c'est troublant.

PHOTO RUDOLF MARTON

1959.

Naissance à Gand.

1986.

Il est affecté à l'Office des Etrangers

1992.

Entre comme fonctionnaire de liaison au ministère de l'Intérieur.

1998.

Prend la tête du bureau « R » de l'Office des Etrangers, le bureau qui regroupe la problématique de l'Asie.

1998.

Le 22 septembre, éclate l'affaire Sémira Adamu, cette demandeuse d'asile nigériane morte, étouffée avec un coussin par des gendarmes.

2003.

Le 20 janvier, il est nommé directeur de l'Office des Etrangers.

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