L'AFFAIRE GORDJI:LE JUGE SE REBIFFE ET FAIT CONDAMNER...LES JOURNALISTES

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L'affaire Gordji: le juge

se rebiffe et fait condamner...

des journalistes

DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

PERMANENT

Paris, 7 décembre.

«Si le miroir te renvoie une vilaine image de toi, brise-le», proverbe chinois. Voilà ce qu'a dû se dire le juge Gilles Boulouque, chargé de l'affaire Gordji, lorsqu'il lut les journaux relatant le dernier interrogatoire du «diplomate» iranien (soupçonné de complicité dans les attentats de 1986 à Paris), avant que ce dernier remonte, libre, dans l'avion pour Téhéran. Le juge intenta un procès: à des journalistes du Monde et de Libération. Il vient de le gagner.

Les juges du tribunal correctionnel de Paris ont jugé, mercredi, que le juge Boulouque avait bien été diffamé par ces journaux relatant cet ultime épisode de la «guerre des ambassades». On se souvient que, miraculeusement, Wahid Gordji, ce fonctionnaire de l'ambassade d'Iran à Paris, était réapparu au grand jour ici, lorsqu'à Téhéran les ayatollahs eurent séquestré le consul français Torri.

Recherché par toutes les polices de la république, réfugié dans le blockhaus qu'était devenue, avenue d'Iéna, l'ambassade de son pays - encerclée 24 h sur 24 par les gendarmes - cause d'un incroyable blocus diplomatique entre Paris et Téhéran, M. Gordji refusait obstinément de se rendre à la convocation du juge Boulouque qui enquêtait sur les attentats.

Le «marché»

Puis, ce fut le marché: Torri contre Gordji, sans compter qu'il était aussi question, en l'occurrence, du sort des otages français détenus au Liban. Du coup, Gordji émergea, se rendit illico chez le juge d'instruction, et se soumit à son interrogatoire. C'est alors que le juge s'aperçut, comme par magie, qu'il ne disposait plus de charges contre lui, et n'eut plus qu'à lui laisser prendre la route de l'aéroport...

... où un avion avait déjà les moteurs en marche pendant l'audition, devait écrire en substance un des journaux incriminés, tandis que l'autre - outre une caricature de Plantu, devenue célèbre - rapportait les faits, mais oubliait les justifications que le juge avait fait connaître dans une interview.

Le Monde et Libération, a estimé le tribunal, ont porté atteinte à l'honneur et à la considération professionnelle du juge Boulouque, en le supposant un peu trop docile à la volonté du ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua. Dont coût, 10.000 FF d'amende à l'un, 5.000 à l'autre, et les frais de la publication du jugement dans la presse. Voilà une bonne et saine justice.

JACQUES CORDY.

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