L’antichambre du professionalisme

ENTRETIEN

La formation Idemasport-BioWanze deviendra Color Code-Biowanze-Wattsol la saison prochaine. L’équipe wallonne dirigée par Christophe Brandt change de sponsors mais pas de budget ni d’idées : elle demeure le hall d’entrée vers le professionnalisme.

Après un an d’existence, cette équipe qui regroupe des juniors devenus espoirs « première année » a autorisé trois éléments à émigrer un cran plus haut (Wallonie-Bruxelles, voir ci-contre). Conçue pour optimiser la qualité de la formation, cette équipe comptera 15 coureurs en 2013. Son jeune directeur sportif est, aussi, un personnage central du futur cyclisme wallon : Yves Vanassche ne cache pas qu’il verrait en lui son successeur dans l’organisation des épreuves, les relations avec les politiques et les sponsors.

Christophe Brandt, sept arrivées, sept départs, de nouveaux sponsors : le cyclisme wallon bouge !

C’était le but. Trois coureurs passent chez Michel Dernies et Vliegen a choisi l’équipe espoir de BMC dirigée par Rik Verbrugghe. Cela situe la qualité de notre travail avec Christophe Detilloux.

Pour faire court, votre équipe est l’antichambre du professionnalisme. Comment opérez-vous votre recrutement ?

En 2012, on avait construit notre équipe un peu à la hâte avec des types confirmés au niveau espoir. Ici, on a pris notre temps et on a rajeuni les cadres. Detilloux va voir beaucoup de courses chez les juniors. On surveille les résultats, les classements. Et puis grâce aux tests au centre médical de Louvain-La-Neuve, nous possédons plusieurs possibilités pour juger les coureurs, leur mentalité.

On a toujours eu de bons débutants et des juniors en Wallonie mais, après, beaucoup ont disparu sans laisser de trace parce qu’ils n’ont pas été suivis, parce qu’ils n’ont pas assez travaillé pour faire de leur passion un métier. Or, un garçon qui gagne chez les débutants a forcément des qualités.

Votre système est élitiste ?

C’est le but. Il n’y a pas de place pour tout le monde. Ce qui est compliqué à faire comprendre en Wallonie où même en sport, on raisonne comme un syndicaliste : le même statut, le même salaire. Mais le sport de haut niveau, ce n’est pas cela. C’est du travail, certes, mais aussi du talent. Jusqu’à la création de nos équipes, nous étions des exceptions. Moi-même, Gilbert, Monfort, nous avons dû aller voir de l’autre côté de la frontière linguistique pour constater ce qui se passait et pour apprendre notre métier. On ne pouvait plus tolérer cela.

Parallèlement, on vous cite comme le successeur d’Yves Vanassche.

Le jour où je l’ai rencontré plus intimement, je pensais que je ne pourrais jamais travailler avec lui puis j’ai appris à connaître quelqu’un d’exceptionnel. Il est très exigeant au niveau du travail, il est logique dans tout ce qu’il fait. Je n’ai jamais entendu un mot négatif par rapport à ceux qui ont travaillé avec lui. Je serais honoré de prendre son relais même si je suis conscient que c’est son fils François (NDLR : tragiquement décédé) qui aurait dû assumer cette succession. Si le sport cycliste est ce qu’il est en Wallonie, c’est grâce à lui.

Vous accepteriez de ne plus diriger votre équipe ?

J’ai encore beaucoup de choses à apprendre et Yves n’a pas terminé sa mission. Plus longtemps il sera là, mieux ce sera. Je ne suis pas un opportuniste !