L'EGLISE DE SCIENTOLOGIE,EN ACCUSATION EN FRANCE, RECONNUE EN ITALIE LA THEOLOGIE DU MANAGEMENT

L'Eglise de scientologie, en accusation en France, reconnue en Italie

La théologie du management

Les sociétés d'édition de l'Eglise de scientologie développent le créneau du management et du marketing. En toute religiosité s'entend...

Les services de Sûreté urbaine de Marseille ont inculpé, vendredi dernier, quatre personnes appartenant à un «Centre Hubbard de Dianétique» (dépendant directement de l'Eglise de Scientologie) pour escroquerie, exercice illégal de la médecine et violences avec préméditation. La privation de liberté infligée aux quatre membres de la secte de Ron Hubbard est le résultat d'une enquête entamée en décembre 1989 sur plainte d'un particulier, et qui devait déboucher sur quelque 26 interpellations, à Marseille et à Nice.

L'inculpation principale - l'escroquerie - repose sur le détournement de 40 millions de FB correspondant à des bénéfices réalisés par le centre, et dont l'affectation ne serait pas établie par la comptabilité de l'association.

C'est un tout autre son de cloche qui vient d'Italie où, après quatre années de procédure consécutive à la plainte d'un Sicilien pour pratiques frauduleuses dans le chef de l'église de scientologie, un procureur vient d'obtenir auprès de l'instance d'appel de Trente l'acquittement pur et simple des accusés. Incidemment, le jugement fait accéder la scientologie, aux yeux de la justice italienne, au rang d' «église»...

Voilà qui relance l'interêt médiatique pour une secte dont on peut penser qu'elle passera éternellement entre les mailles du filet, ses techniques et structures s'apparentant aux préceptes de management les plus en vogue, et dès lors, les moins sujets à l'exercice de la critique. Le caractère «religieux» de l'association fait le reste...

Pour rappel, à la fin des années septante, un tribunal correctionnel parisien condamne déjà le «grand prêtre» de l'association, Ron Hubbard, pour détournement de fonds: quatre années de prison, 160.000 FB d'amende. Mais la Cour d'appel de Paris le lave entièrement de ce jugement, et, elle aussi, hisse la scientologie au rang d'«église».

En 1980, la télévision néerlandaise «Vara» montre deux «prêtres» de l'Eglise Hubbard se faisant remettre, sans reçu aucun, quelque 270.000 FB en argent liquide en paiement de 100 leçons de scientologie. Cette fois, c'est la secte qui attaque, mais est déboutée: dans les circonstances actuelles, il était d'interêt général que Fritz Bom (le journaliste) étale au grand jour (...) les faits et gestes de l'Eglise de Scientologie.

En 1988, nouvelle passe d'armes: l'association «Narconon» - association d'aide aux toxicomanes proche des scientologues - tombe sous le couperet de la justice espagnole. Fraude fiscale, falsification de documents, menaces, sévices, extorsion de fonds sont au programme. Mais, moins d'un mois plus tard, les inculpés sont libérés sous caution et, depuis, l'enquête n'a pas connu de résultat retentissant.

En 1990, force est de constater que, malgré l'accumulation de soupçons, aucune condamnation ne vient sanctionner l'action de la secte devenue entretemps un véritable empire financier.

A cet égard, si les relais de l'Eglise de scientologie que sont «Narconon» et «Centre Hubbard de Dianétique» (lorsque les effectifs sont trop faibles pour créer une véritable église) restent de peu de poids, il en va tout autrement du secteur «édition» - strictement commercial celui-là - de la «nébuleuse Hubbard»: New Era Publications International ApS (société de droit danois), relayée en Belgique par la société New Era Publication France sarl, via Hachette et son distributeur belge, Marabout.

Louis Sanguinetti, directeur général de l'antenne française, gère une équipe réduite mais qui tranche radicalement avec les traditionnelles «oeuvres de paroisse»: sept employés commerciaux, un capital social minimal (50.000 FF), un chiffre d'affairesde 12 millions de FF (75 millions de FB) après trois exercices seulement (la société a été fondée en 1987 et ne comptait alors que deux personnes), et un bénéfice net de près de 400.000 FF (2,5 millions de FB) en 1989. Ridicule? Au niveau du «Top 5000», c'est sans doute vrai. Mais au niveau de la stratégie commerciale d'une Eglise, c'est plutôt... inattendu.

Le staff du boulevard Magenta ne manque d'ailleurs pas de projets. Ayant scindé leurs départements «science-fiction» (oeuvres romanesques de Ron Hubbard) et «sciences humaines» (oeuvres à caractère philosophique ou religieux) dont ils exigent une rentabilité spécifique, les managers de la «nouvelle ère» mettent pourtant sur pied une stratégie commerciale commune visant à recréer un label «Hubbard» au niveau du consommateur.

Les héros de roman du fondateur de la scientologie envahissent ainsi régulièrement les hypermarchés, en tenue «intergalactique», afin de réaliser des animations-vente; un feuilleton radio de deux minutes a été mis au point à destination de la station privée NRJ; T-shirts et feuilletons télévisés sont déjà dans les cartons, une série de nonante épisodes ayant été écrite pour adaptation sur petit écran.

New Era n'est qu'un exemple d'une stratégie commerciale globale érigée en l'occurrence en «profession de foi». Louis Sanguinetti annonce par ailleurs la commercialisation prochaine de cours de management pour cadres de sociétés, des cours dont une des sources d'inspiration doit être trouvée dans les Organization Executive Course Packages (OEC) déjà commercialisés par le Danemark à l'usage (interne) des «cadres» de l'Eglise. Bref, si les cadres commerciaux européens ne viennent pas à l'«Org.» (organisation), l'«Org» ira à eux. En écho, les responsables belges de la rue de l'Ecuyer déclarent qu'il en va de la scientologie comme du bouddhisme (sic), le bouddhisme ayant pénétré les entreprises japonaises, la scientologie veut elle aussi appliquer ses principes à l'entreprise... Les témoins de Jehovah avaient inventé le porte-à-porte religieux, l'Eglise de scientologie invente le management par la théologie.

Au vu du rythme imprimé à cet empire financier, il est à espérer que les églises tombent bientôt sous le coup de... l'impôt des sociétés.

ALAIN LALLEMAND