L'EXIL DES GENDARMES KATANGAIS,CES ANCIENS GUERRIERS QUI ONT FAIT TREMBLER LE CONGO

«Plein cadre» sur ces anciens guerriers qui ont fait trembler le Congo

L'exil des gendarmes katangais

On les croyait disparus, ils sont toujours là. Largués par l'histoire, mais en uniformes et prêts à combattre leur ennemi numéro un, le président Mobutu...

Chronologie. 1960, la sécession katangaise. 1964, Stanleyville. 1978, Kolwezi. Les gendarmes katangais ont fait à plusieurs reprise l'histoire du Congo, puis celle du Zaïre. Leurs années de gloire éphémère appartenant désormais au passé, on aurait pu les croire disparus, évanouis en fumée dans la brousse. Mais les gendarmes katangais sont toujours bien vivants. Ils ont même des femmes, des enfants, des petits-enfants. En tout, ils sont près de 10.000 Katangais exilés à vivre dans des camps en Angola. Parmi eux, 2.500 militaires.

En janvier dernier, après des mois de démarches officielles, une équipe de la RTBF - Jean-François Bastin, Jean-Michel Germys, Patrick Van Nyen, Guy Tournay - les a rencontrés dans leur quartier général, une ancienne caserne cubaine à 30 kilomètres de la capitale angolaise, et en a ramené un superbe reportage.

LE POIDS DU PASSÉ

Etranges images en effet, à la fois fortes et humaines, que celles de cet orphelin portant une veste d'adulte, beaucoup trop grande pour lui, la veste de camouflage de son père, combattant disparu. Ou celle de ces anciens alliés de l'Union Minière vivant désormais sous les portraits géants du Che qui ornent les murs sales de la caserne cubaine qui les abrite.

Après avoir fait trembler le monde lors de l'aventure de la sécession katangaise où ils avaient pour conseillers des mercenaires belges, après avoir aidé Mobutu à reconquérir Stanleyville, après avoir fait vaciller le trône du même Mobutu en occupant Kolwezi, ces militaires endurcis ont été contraints de se replier en Angola.

Devenus à leur tour mercenaires, ils ont d'abord combattu avec les colonisateurs portugais avant de faire alliance avec les rebelles marxistes du MPLA avec qui ils ont livré de nombreuses batailles. Aujourd'hui, aguerris mais vieillis, quasi désarmés, ils se battent encore contre l'oubli, réécrivant leur histoire tumultueuse, tentant d'organiser après coup un destin des plus étranges.

LIÉS À KARL I BOND

Ils se sont trouvé un ennemi de toujours: Mobutu, dont ils espèrent, depuis 30 ans, la chute. Ils ne se reconnaissent qu'un seul chef: Nguza Karl I Bond, avec lequel ils ont signé à Bruxelles en 1982 un accord secret conférant à l'actuel Premier ministre de Mobutu toute autorité sur eux. Depuis 1986, le retour d'exil de M. Karl I Bond, celui-ci ne s'est plus manifesté auprès de ses encombrants alliés. Qui attendent en permanence le plus petit signe du chef pour reprendre le chemin du pays, avec armes et bagages. Ils sont prêts à se battre, disent-ils, si Nguza le leur demande...

Mais sont-ils encore crédibles et redoutables, ces vieux guerriers? Ne se sont-ils pas usés sur les chemins de l'exil? Nous n'avons plus beaucoup d'armes maintenent, explique l'un d'eux, mais il n'est pas difficile de s'en procurer. Et nous sommes toujours des militaires, entrainés, disciplinés. Quant on a été commando, on le reste toute sa vie... Et puis il y a la relève, leurs fils, déterminés à se battre eux aussi pour enfin donner un sens à ce long exil, pour enfin retrouver leur patrie.

VÉRONIQUE KIESEL

«Plein Cadre», RTBF 1, 20 h O5