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L'HISTOIRE DU RESEAU D'EVASION "COMETE" RECONSTITUE PAR UN TEMOIGNAGE EXCEPTIONNEL DE SA FONDATRICE UNE HUMANISTE AU SERVICE...

Temps de lecture: 5 min

L'histoire du réseau d'évasion «Comète» reconstitué par un témoignage exceptionnel de sa fondatrice

Une humaniste au service de la liberté

La soif de liberté, fil conducteur de la vie d'Andrée de Jongh. Une héroïne des temps modernes.

Les êtres d'exception n'aiment pas parler d'eux-mêmes. Andrée - «Dédée»... - de Jongh n'a pas fait exception à cette loi. Il a fallu attendre 1990 pour que cette grande résistante lève, enfin, le voile sur sa vie et son action pendant la seconde guerre mondiale. Après avoir, entre les tragiques événements des années quarante et le début de la présente décennie, consacré encore vingt-cinq ans de sa vie à venir en aide aux lépreux, au Congo d'abord puis au Cameroun, en Éthiopie et au Sénégal...

L'histoire de celle que son père surnomma «Petit cyclone» parce qu'elle avait un caractère indépendant, volontaire et parfois têtu (au bon sens du terme) allait, en fait, se confondre avec celle du réseau Comète qui a permis de sauver près de huit cents aviateurs britanniques mais aussi alliés. Ces derniers, qui avaient ainsi pu rejoindre le monde libre outre-Manche, reviendront souvent sur le Continent et contribueront largement à la victoire de la démocratie sur les forces du fascisme...

C'est ce témoignage peu commun que la RTBF nous livrera, ce mercredi 25 août ainsi que mercredi prochain. Deux émissions qui, sous la conduite d'Yvan Sevenans et de Michel Mees, sont de la meilleure veine de «Jours de guerre». Ce qui n'étonnera pas les fidèles du mensuel carolorégien puisque les deux cosignataires en sont des collaborateurs attitrés.

C'est le constat de l'injustice et l'horreur du message nazi qui amènera Andrée de Jongh à s'engager aux côtés des Alliés. Un engagement qui pouvait paraître inattendu pour une jeune femme qui s'était tournée vers les métiers de la décoration et qui avait trouvé un emploi de dessinatrice publicitaire à la Sofina du côté de Malmédy. Et pourtant, dès le début de la guerre, elle rentrera à Bruxelles pour se mettre au service de la Croix-Rouge. C'est ce qui l'amènera ensuite à l'hôpital Saint-Jean à Bruges pour y soigner, jusqu'en décembre 1940, des prisonniers belges et anglais blessés à la bataille de Dunkerque.

Voulant se rendre encore plus utile à la cause de la liberté et de la démocratie, Andrée de Jongh franchira un pas supplémentaire en créant un réseau d'évasion avec Arnold Deppé, un radio-technicien. Son nom? Comète. Son but? Organiser une filière d'évasion des aviateurs britanniques et de ceux qui voulaient les aider au sein de la Royal Air Force de plus en plus traqués sur le territoire belge. Plusieurs récits ont narré les courageuses expéditions, jamais sûres, de ce qui entrerait dans l'histoire comme la principale ligne d'évasion vers la Grande-Bretagne. Andrée de Jongh a bien voulu s'en souvenir aussi pour la télévision. On ne peut pas dire que la tâche du duo Mees - Sevenans fut des plus aisées. C'est qu'ils en revinrent avec plus de quatre heures d'interview. Un matériel extraordinaire pour une femme exceptionnelle dont ils approfondirent aussi la personnalité en interrogeant des membres du réseau Comète, ainsi que ceux qui l'avaient croisée. Afin de rendre son témoignage encore plus vivant et aussi pour surmonter parfois l'émotion compréhensible d'Andrée de Jongh, les deux compères décidèrent aussi d'user, comme dans «Jours de guerre», d'inserts reconstitués en décor naturel avec des acteurs, le rôle d'Andrée étant joué par Sabrina Leurquin qui ressemble, étrangement, à la résistante des années de guerre.

La première partie montrera qu'il était toujours très périlleux d'aider ceux que l'on avait appelé «les clients» ou «les enfants» à rejoindre l'Espagne. En fait, comme le raconte Etienne Verhoeyen dans «Belgïe bezet, 1940-1944» - une des meilleures synthèses récentes de la guerre telle qu'elle fut vécue chez nous... (1) -, c'est Arnold Deppé qui allait «ouvrir la route» en prenant contact avec un couple belge qui vivait près de Bayonne. Avec l'aide des Degreef - c'est leur nom - mais aussi d'un merveilleux guide basque, Andrée de Jongh réussira d'emblée son baptême du feu avec un soldat écossais et deux officiers belges. Mais, pour pouvoir mener des évasions à grande échelle, il fallait l'aide des Britanniques. Le consul en poste à Bilbao acceptera finalement d'aider Mlle de Jongh même s'il douta longtemps de la réussite d'une entreprise confiée à une jeune femme...

Sous sa conduite d'abord - en un an et demi, elle franchira trente-cinq fois les Pyrénées... - puis avec l'aide de quelque deux mille autres volontaires, le rêve fou pourra devenir réalité pour des centaines d'aviateurs. Chaque fois, une aventure étonnante qui partait de Belgique où il fallait mettre les hommes de la RAF à l'abri avant de les faire sortir du pays. Puis, c'était le parfois délicat franchissement de la Somme avant Paris, puis Bayonne et enfin, la difficile traversée des Pyrénées qui se faisait souvent dans des conditions atmosphériques peu idoines pour des hommes et des femmes qui n'étaient pas à l'abri d'une interpellation ennemie...

Le 15 janvier 1943, Andrée de Jongh fut arrêtée au pied des Pyrénées. Pour elle commencera alors le temps des souffrances qui l'amènera d'interrogatoire en interrogatoire, puis de la prison de Bayonne à celle de Saint-Gilles, avant de connaître plusieurs bagnes allemands et les camps de Ravensbrück et de Mauthausen (où elle sera libérée en avril 1945). Même dans ces moments difficiles, Andrée de Jongh ne craquera jamais. Guidée par une inextinguible soif de liberté: C'est quelque chose qui fait que même si vous êtes mourant, vous revivez et vous vous sentez un être humain...

CHRISTIAN LAPORTE

«Petit cyclone et la ligne Comète», RTBF 1, 21 h 05.

(1) «Belgïe bezet, 1940-1944», BRTN Educatieve uitgaven.

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