L'HONNEUR VIOLE DU PROFESSUER HICK SUR RTBF1 J.H., L'AUTRE FOURONNAIS IRREDUCTIBLE

L'honneur violé du professeur Hick, sur RTBF 1

J. H., l'autre Fouronnais irréductible

«Faits divers» raconte le douloureux combat de Joseph Hick, cet enseignant révoqué en 1986.

L'enseignement était toute ma vie, les élèves mes enfants et l'école mon paradis, confie Joseph Hick, prof de maths et d'étude du milieu, qui exerçait sa « vocation» à l'institut épiscopal de Bullange, en Communauté germanophone. C'était un bon professeur. Il expliquait bien. Surtout pour les élèves plus faibles, se souvient une de ses anciennes élèves. Pourtant, ce «paradis», Joseph Hick l'a perdu en 1986. Pour lui, le cauchemar a commencé par des critiques sur ses méthodes pédagogiques, suivies de rumeurs concernant des propos scabreux qu'il aurait tenus en classe.

Le 4 juillet, l'évêché de Liège, pouvoir organisateur de l'école, lui enjoint d'accepter une mutation. Il refuse. Le 20 août, il se voit infliger une suspension de quatre mois sans traitement. Joseph Hick s'ouvre de ses malheurs à un hebdomadaire germanophone. Le 11 octobre, il est révoqué pour faute grave et sans droit aux allocations de chômage. Motif invoqué : il a rendu public un conflit interne. Dès lors, il n'aura de cesse d'être lavé de ces reproches de fautes pédagogiques.

Tout individu a le droit de se défendre des accusations portées contre lui. Ce principe démocratique fondamental, le jeune prof révoqué n'a pu, jusqu'ici, en obtenir l'application. La loi de 1959 sur le pacte scolaire stipule pourtant qu'un enseignant doit pouvoir défendre son point de vue devant une chambre de recours paritaire et légale. Hélas pour lui, un tel organisme n'existe toujours pas en Communauté germanophone. «L'affaire Hick» va prendre une allure kafkaïenne. Comme celles de Joseph K., le «héros» du «Procès» de Kafka, les démarches de Joseph H. se retournent contre lui.

Depuis le 4 juillet 1986 (soit 8.178 jours), Joseph Hick se bat avec une opiniâtreté hors du commun et une inflexibilité qui effraient certains de ses plus fervents partisans. En huit ans et demi, il a écrit près de 4.000 lettres. Il a ainsi envoyé des missives au Roi, à la Reine, au cardinal Danneels, au pape, au Premier ministre, au ministre de la Justice... Il a intenté plusieurs actions judiciaires et il a mené trois grèves de la faim (20 jours en 1988, 32 jours en 1990, 42 jours en 1994). La RTBF lui consacre ce soir sa deuxième émission. En novembre 1990, Hick avait, en effet, été la vedette d'une séquence d'«Au nom de la loi». Ce soir, José Dessart et Abder Rarrbo mettront aussi l'accent sur les aspects humains de cette pénible affaire. On y verra notamment une interview pathétique des vieux parents de Joseph Hick.

Depuis Le 19 septembre, Joseph H. campe quotidiennement devant le Secrétariat général de l'enseignement catholique à Bruxelles. Un sit-in qui s'éternise depuis maintenant 178 jours.

Qu'a-t-il grapillé en 3.178 jours de cet incessant combat ? Rien, estiment certains observateurs. Pas grand-chose, admet-il, mais j'ai quand même obtenu la condamnation à un franc symbolique pour dénonciation calomnieuse et diffamation des parents qui m'avaient accusé d'avoir proféré des propos licencieux. Pire, sa situation matérielle n'a fait que se déteriorer. Plus le temps passe, plus les tuiles me tombent dessus, peste-t-il. Originaire de Montzen, mais domicilié à Fourons depuis 1986, Joseph H. apparaît, dans son combat, comme tout aussi irréductible que José Happart et ses compagnons. Pourtant, il est aussi en conflit avec les autorités communales fouronnaises. Dernière en date des tuiles subies par Joseph Hick, le collège échevinal des Fourons a, en effet, decrété qu'il n'était plus domicilié dans la commune puisqu'il «campe» en permanence devant le Secrétariat de l'enseignement catholique, à Bruxelles. Le CPAS fouronnais a, dès lors, jugé bon de lui retirer le minimex qui constituait sa seule rentrée financière. Aujourd'hui, Joseph Hick est donc officiellement un SDF privé de toute ressource.

Pourtant, sa détermination - son obstination diront certains - ne faiblit pas. Je ne laisserai jamais tomber, clame-t-il.

DANIEL CONRAADS

«Faits divers », «L'honneur violé de Joseph H.», RTBF 1, 20 h10.