LA CARRIERE D'OPPREBAIS INTERDITE AUX BAIGNEURS

La carrière d'Opprebais interdite

aux baigneurs: il y avait trop de casse-cou!

Le temps de la «bronzette» illégale mais impunie à l'ancienne carrière d'Opprebais (Incourt) est révolu. L'heure de la répression est arrivée: contrainte et forcée, la commune a pris, le 25 juillet, un arrêté de police qui interdit, sous peine d'amende et de prison, l'accès de la carrière aux innombrables «touristes d'un jour» qui en avaient fait leur lieu de villégiature privilégié. Seuls sont tolérés les membres des sept clubs de plongée qui ont conclu, en mai 1987, une convention avec l'un des deux propriétaires du site, la société régionale flamande de distribution d'eau.

L'initiative communale s'imposait afin d'éviter tout risque d'accident, ainsi que la récente (et heureuse) mésaventure d'un jeune homme l'a prouvé. Face aux casse-cou inconscients de tout poil, le député-bourgmestre d'Incourt Léon Walry a dû sévir. Mais le sort du site n'est pas connu pour autant.

Ils étaient des centaines à venir se dorer et rafraîchir la peau à l'ancienne carrière - aujourd'hui inondée - d'Opprebais. Ils étaient des centaines à considérer par-dessus la jambe le fait que le site est une propriété privée dont l'accès est strictement interdit. Ils seront sans doute des dizaines à essuyer un procès verbal. Mais qui sont-ils? D'après les constatations des gardes champêtres, plus de 80% des adeptes de la «bronzette» gratuite provenaient de l'extérieur de l'est du Brabant wallon et plus de 95% n'étaient pas incourtois. Et dans 80%, plus de la moitié des personnes étaient des néerlandophones.

Embarqué sur une dangereuse galère, le premier magistrat incourtois a sévi. Qu'il s'agisse d'une propriété privée ou pas, sa responsabilité est en effet engagée dès que se produit une réunion de personnes, pour autant qu'elle soit accessible à tout un chacun. Tel était le cas à Opprebais.

L'accident du 6 juillet dernier a été la goutte qui a fait déborder le vase de la tolérance. Seul, un jeune rixansartois de 17 ans, Christophe Neyns, avait été pris de folie: effectuer un plongeon de la falaise là où sa hauteur dépasse les vingt mètres. Il atterrit sur le ventre. Il ne dut le vie sauve qu'à la présence de plongeurs de l'armée.

Vingt-quatre

attendus!

La commune devait réagir. L'arrêté de police intervient après une réunion entre MM. Walry et Christian Deprez, garde champêtre en chef, Cyrille Van Mellaert coopératif, directeur de la société flamande des eaux, et une quinzaine de riverains. Inhabituel car appliqué à une propriété privée, cet arrêté est étayé par vingt-quatre attendus, assez sans doute pour convaincre la députation permanente de son bien-fondé.

Les motivations? Issues de sources, les eaux du fond de la carrière sont très froides et faisaient planer le danger d'hydrocution. Qui plus est, des courants existent à certains endroits. La hauteur de la falaise oscille entre deux et vingt-cinq mètres. Elle faisait les délices de jeunes inconscients. Et la liste continue: aucune surveillance, aucune infrastructure, drogue, mépris des clôtures et des panneaux d'interdiction dégâts causés aux cultures voisines, nuisances à l'environnement, rique de pollution tranquillité des riverains perturbée...

Chasse aux bronzés

L'ordonnance a déjà eu ses effets: Christian Deprez a jusqu'à présent dressé une trentaine de procès-verbaux. Les sanctions? Une amende de 1 à 25 francs (X 60) ou un emprisonnement de 1 à 7 jours. Efficace? Jusqu'à 500 personnes se rassemblaient autour du plan d'eau. Samedi dernier, jour de beau temps chaud, ils étaient une trentaine...

Mais l'arrêté ne résout pas tout. L'ancienne carrière d'Opprebais demeure le «chancre» du village. Et il risque de le rester pendant quelque temps encore. Le site de 18 hectares est en effet une copropriété entre la société régionale flamande des eaux - l'une des conséquences perverses de la régionalisation - et la SA des carrières de Marchienne-au-Pont. Eclaircie dans un ciel peu amène: des contacts devraient intervenir entre les sociétés wallonne et flamande des eaux pour procéder aux échanges qui s'imposent.

La superficie du plan d'eau proprement dit est environ de six hectares. A raison de 18 mètres de profondeur, il y a là plus d'un million de mètres cubes d'eau. La société flamande des eaux a acquis, en 1976, le plan d'eau. Elle constitue une réserve d'eau. Le propriétaire accepterait un réaménagement du site pour autant que la qualité de l'eau soit préservée.

Depuis des années, la commune d'Incourt et la Fondation rurale de Wallonie (FRW) prospectent tous azimuts pour déterminer l'affectation du site. Il fut notamment question que la commune acquiert celui-ci dans le cadre de la loi (27 juin 1978) relative à la rénovation des sites wallons d'activité économique désaffectés.

Peine perdue. Propriétaire, la commune serait obligée de procéder à la rénovation du site et devrait logiquement l'ouvrir au public. Cela suppose des investissements - non rentables - que la commune d'Incourt ne peut pas se permettre. Autre raison: l'écrasante responsabilité qui incomberait à la commune.

L'ADEPS et l'IBW ont également été contactés mais ont décliné l'offre de devenir l'un des partenaires d'un aménagement.

L'impasse? Il apparaît vraisemblable que la FRW proposera d'ici peu à la commune de commander une étude à l'un ou l'autre bureau d'architectes ou d'organiser un concours pour recueillir différents projets d'aménagement. D'après M. Walry, la commune a déjà sollicité à cette fin un subside d'un million de francs auprès du ministère de la Rénovation rurale de la Région wallonne.

Une certitude cependant: l'aménagement de l'ancienne carrière d'Opprebais en mini-centre touristique ou autre ne rencontrerait certainement pas l'agrément de la population locale... En attendant, l'entrée principale du site, rue de La Bruyère, va être condamnée. La chasse aux bronzés est ouverte.

MICHAËL CHALKLIN.