LA CATHEDRALE DE TURIN INCENDIEE LE SAINT-SUAIRE A ETE PRESERVE

La cathédrale de Turin incendiée

L'incendie qui a dévasté la cathédrale de Turin montre le manque de précautions prises pour préserver ce type de monument.

ROME

De notre correspondante

particulière

Un accident ? Un attentat ? Les causes de l'incendie qui a dévasté, dans la nuit de vendredi à samedi, la cathédrale de Turin, une partie du palais royal et a détruit la célèbre chapelle de Guarini qui unit les deux édifices sont encore inconnues.

On sait seulement que les dégâts provoqués par ce mystérieux incendie s'élèvent à des centaines de millions de francs et que ce bijou de l'architecture baroque ne pourra plus jamais retrouver sa beauté originelle.

On ignore non seulement ce qui a provoqué l'incendie, mais même où il a commencé. A l'intérieur de la cathédrale où, comme au théâtre vénitien de la Fenice, en janvier l996, des travaux de restauration étaient en cours et où l'alarme incendie, pour cette raison, ne fonctionnait pas ? Ou à l'intérieur du palais royal où venait de s'achever un dîner en l'honneur du secrétaire général de l'ONU et auquel participaient des personnalités telles que Gianni Agnelli, le patron de Fiat, et Giulio Andreotti ?

Les flammes pourraient, en effet, avoir été provoquées par un court-circuit, dû à une surcharge de l'installation électrique du palais royal. Les circonstances de la soirée poussent aussi les enquêteurs à prendre en considération l'hypothèse d'un éventuel attentat. Mal calculé, toutefois, puisque tous les invités étaient déjà partis depuis un certain temps lorsque sont apparues les premières flammes.

En Italie, ce nouvel incendie destructeur du patrimoine, après celui de la Fenice de Venise et celui du théatre Petruzzeli de Bari, pour ne citer que les deux plus récents (sans compter les bombes des Offices, à Florence, ou de San Giorgio, à Rome), pose, une fois de plus, la question de l'insuffisance des mesures prises pour préserver les monuments des dangers que semblent comporter les chantiers de restauration.

Cette nouvelle perte apparaît d'autant plus dramatique que, curieusement, une série d'autres chefs-d'oeuvre de Garino Guarini (1624 - 1683), le plus célèbre architecte baroque du nord de l'Italie, ont été déjà détruits par divers cataclysmes, naturels ou non.

Par contre, si une sorte de malédiction semble pousuivre les églises construites par Guarini, les Turinois affiment qu'un miracle a eu lieu chez eux, au cours de cette terribe nuit. Le saint suaire, qui était conservé depuis quatre siècles à l'intérieur de la chapelle, construite spécialement pour le recevoir, avait été transporté, en 1995, en raison des travaux de restauration, dans la cathédrale et placé sous l'autel principal, derrière plusiers couches d'épaisses vitres blindées. C'est là qu'a eu lieu la spectaculaire opération de sauvetage, menée par le pompier Mari Trematore, qui ne s'est pas encore remis de ses émotions.

J'ai été saisi par une force incroyable qui ne m'appartient pas, peut-être une force surnaturelle, irradiée par ce symbole de la Chrétienté, raconte le pompier. Je me suis lancé dans les flammes, abattant les vitres pare-balles à coups de barre de fer, les arrachant avec mes mains. Mes mains plus fortes qu'un bazooka et plus précises que celles d'un ciseleur, raconte encore le héros du jour qui, en dépit des flammes, de la fumée, des débris de verre et même de tout un plafond qui s'est écroulé sur lui, est sorti indemne avec son précieux fardeau dans les bras.

VANJA LUKSIC

Le saint suaire a été préservé

Le saint suaire, qui a échappé samedi à la destruction dans l'incendie de la cathédrale de Turin, est sans doute l'une des reliques les plus célèbres et les plus chargées de mystère de la Chrétienté. Le saint suaire, une toile de lin de 4,10 m sur 1,40 m, a été vénéré pendant des siècles comme le véritable linceul ayant enveloppé le corps du Christ à sa descente de la croix.

Le verdict des experts réunis par le Vatican, qui ont affirmé en 1988 que le linceul était un faux fabriqué au Moyen Age, n'a pas diminué la ferveur des fidèles ni atténué les polémiques entre scientifiques. Nombreux sont ceux qui mettent toujours en doute le rapport de cette commission, qui a pourtant procédé à un examen au carbone 14 pour dater la relique.

Ces experts avaient alors affirmé, «avec un taux de fiabilité de 95 %», que la relique avait été «fabriquée» entre 1260 et 1390. L'Eglise catholique avait, il est vrai, encouragé le mystère en réaffirmant son « respect et sa vénération pour cette vénérable icône du Christ».

Les premières informations sur le saint suaire remontent au VIIe siècle. Les fidèles se rendaient alors en pèlerinage à Jérusalem pour le vénérer. Transféré à Constantinople, le linceul y était exposé tous les vendredis, jusqu'au XIIe siècle, dans l'église Sainte-Marie de Blacherne. C'est à l'époque de la quatrième croisade (1202 - 1204), à la suite de la prise de Constantinople, qu'il disparaît, emporté, dit-on, par le croisé Geoffroy de Charny. Là commence la première énigme. Il semble en effet que la relique laissée en héritage au chef de l'Eglise catholique par l'ancien roi Umberto de Savoie n'est pas celle disparue à Constantinople. Dans ce cas, qu'est devenu le véritable saint suaire ?

La relique que l'on connaît aujourd'hui à Turin a probablement été fabriquée par un artiste très habile, à l'époque des croisades.

Le linceul ne présente à l'oeil nu que des indications très vagues, mais qui ont pris un relief saisissant quand, en 1898, on le photographia pour la première fois. Le corps d'un homme crucifié, la tête ensanglantée, les mains et les pieds percés, une plaie au côté, est apparu avec une netteté incroyable. Mgr Giulio Ricci, qui a consacré sa vie à l'étude de la relique, a estimé la taille du «Christ» à 1,62 m. En 1981, un criminologue, suisse Max Frei, avait remis à l'archevêché de Turin les résultats d'une expertise «prouvant sans aucun doute possible» que le linceul provenait de Palestine, sur la base de traces de pollen trouvées sur le tissu. (AFP.)