La dent dure contre Zarzecki

A 76 ans bien sonnés, Jean Zarzecki fait figure de doyen du scrutin de ce 13 juin. Le Borain, qui roule les « r » à la manière d’un marteau-piqueur, conduira la liste du Parti Populaire (PP) pour la Chambre, en province de Hainaut. Un engagement logique, quoique tardif : en 2009, cette personnalité avait rejoint Rudy Aernoudt au sein de l’éphémère LiDé. Aernoudt s’est vite rallié à Mischaël Modrikamen et Zarzecki a suivi le mouvement. La place en tête de liste du PP récompense sa fidélité, dans une province où la nouvelle formation cherchait une figure emblématique.

La réputation de Zarzecki a dépassé les frontières du Borinage et du Hainaut. Et pas toujours en bien : l’annonce de sa candidature aux élections législatives en a fait s’étrangler plus d’un dans le Nord de la France, où l’industriel a longtemps travaillé. Aujourd’hui, il est retiré des affaires. Mais des connaissances professionnelles ont décidé de se rappeler à son bon souvenir : on parle ici de la SARL Marsavco qui réclame la bagatelle de 302.198 dollars (247.000 euros) au patron-mécène reconverti en candidat aux élections.

La carrière professionnelle de Jean Zarzecki s’est articulée autour de la société Steca, qui a longtemps eu pignon sur rue à Saint-Quentin, dans le département français de l’Aisne. Spécialité de la maison : la fourniture de lignes de production de bouteilles. A l’automne 2007, les représentants de Marsavco, une entreprise congolaise, prennent contact en vue de la fourniture de machines permettant de produire des bouteilles en plastique recyclable. Un joli marché de 755.495 dollars (650.000 euros). Le 24 octobre 2007, Steca émet une facture reprenant le descriptif de la commande et réclamant le paiement rapide d’un acompte de 302.198 dollars. Le 20 novembre suivant, Marsavco paie l’acompte.

Jusque-là, rien à redire : on reste dans le cadre d’une relation commerciale classique. Sauf que la médaille a un sacré revers : depuis 2004, la SA Steca de Jean Zarzecki est en proie à de sérieuses difficultés. Le 1er octobre de cette année-là, le tribunal de commerce de Saint-Quentin a ouvert une procédure en redressement judiciaire. Deux ans plus tard, la même instance impose à l’entreprise un plan de redressement. Le 3 octobre 2007, c’en est pratiquement fini : le tribunal convoque les dirigeants de Steca, le plan de redressement n’a pas été respecté et la liquidation judiciaire s’impose au tribunal.

« Je suis blanc comme neige »

L’analyse de cet agenda permet d’identifier immédiatement le problème soulevé par Marsavco : Steca et Jean Zarzecki ont réclamé et empoché l’acompte de 302.198 dollars alors qu’ils savaient parfaitement la mise en liquidation de l’entreprise inéluctable. Dès octobre, ils ont été convoqués au tribunal, pour le 9 novembre 2007. La faillite fut finalement prononcée le 15 février suivant. Elle laisse un passif de 20 millions d’euros. Les créanciers ont des raisons d’être inquiets. Parfois, ils sont carrément furieux, comme la SARL Marsavco.

En mars 2008, Jean Zarzecki met encore en contact Marsavco et l’entreprise HTS, que gère son fils. On parle d’une nouvelle commande, mais les Congolais veulent surtout récupérer leur mise. En vain. HTS ne s’estime pas lié par les contrats signés par Steca. Et la faillite de l’affaire du fils, après celle du père, met un terme définitif aux pourparlers.

Au téléphone, un Jean Zarzecki en pleine campagne ne mâche pas ses mots à l’égard de ceux qui l’accusent d’avoir empoché indûment l’acompte versé – selon nos informations, une enquête est ouverte par la brigade financière de Lille. « Tout cela, c’est du chantage, nous a-t-il asséné, des cailloux dans la voix. Je n’ai rien à voir là-dedans. Il s’agit d’une affaire régulière tombée au mauvais moment. Je suis blanc comme neige. » A ce stade, on dit : présumé innocent.