Accueil

La drogue financerait aussi le Hezbollah

Temps de lecture: 3 min

CHRISTINE RENAUDAT

BOGOTÁ

Les autorités équatoriennes l'affirment : le Hezbollah étendrait ses tentacules jusqu'en Amérique latine, se finançant notamment grâce au trafic de cocaïne local. Ce sont les conclusions auxquelles la police est arrivée après l'arrestation la semaine dernière à Quito, la capitale, de sept narcotrafiquants dont deux Libanais et un Syrien, soupçonnés d'envoyer depuis l'Équateur de la drogue colombienne vers les États-Unis, l'Europe et le Moyen-Orient pour reverser ensuite 70 % de leurs gains à l'organisation. Le supposé dirigeant du réseau démantelé, le Libanais Rady Zaiter, alias David Assi Alvarez, dont la France réclame depuis quatre ans l'extradition pour trafic de drogue, a également été capturé à Bogota, et 19 autres personnes ont été arrêtées au Brésil, alors que l'enquête se poursuivait au Venezuela, aux États-Unis, en Turquie, en Syrie et en Israël.

Même si le Hezbollah a démenti toute l'affaire, l'aboutissement de l'opération « Damas », lancée sur le continent avec l'aide de Washington en septembre 2004, serait selon les enquêteurs la première preuve concrète d'une présence en Amérique du Sud d'organisations islamistes, ou du moins celle d'une connexion entre la mafia de la drogue et les groupes armés du Proche-Orient.

Voilà qui confirmerait les doutes de la Maison-Blanche depuis les attentats du 11 septembre. En octobre 2003, l'actuelle secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice avait notamment affirmé que la guérilla marxiste colombienne entretenait des liens avec le « terrorisme islamiste », expliquant sans plus de détails que ces organisations se nourrissaient de la même impunité, et des mêmes sources : le narcotrafic, la vente d'armes et la corruption.

Les soupçons qui, pour la gauche latino-américaine, ne fourniraient qu'une justification facile à la militarisation du continent par le Pentagone, remontent même aux années 90. En Colombie, pays premier producteur de cocaïne au monde, les rumeurs sur la présence du Hezbollah et même de l'OLP à Maicao, dans le nord-est du pays, où vit une importante population libanaise, ne sont pas nouvelles. Les Etats-Unis avaient également parlé en avril 2002 de la possible infiltration d'Al-Qaïda sur la frontière colombo-équatorienne. Plus au sud, la triple frontière, triangle de la contrebande entre le Paraguay, l'Argentine et le Brésil, où sont installés 20.000 musulmans, a fait l'objet d'enquêtes minutieuses de la part des Américains. Et les autorités argentines gardent un oeil attentif sur les mosquées de la région.

Même si les preuves restent assez minces, Washington s'en inquiète. La pauvreté grandissante dans son arrière-cour, l'incapacité des États-Unis à endiguer le narcotrafic et le trafic d'armes dans lequel ils sont bien souvent eux-mêmes impliqués, ainsi que la présence de guérillas en Colombie, fournissent un terrain favorable aux mafias. Signe de cette tension, les fausses alertes se multiplient. Mardi, un Britannique d'origine libanaise a fait les frais de ces excès : arrêté sur la frontière mexicaine, et présenté dans la presse comme l'un des instigateurs des attentats du 11 septembre, il a finalement été relâché mercredi, faute de preuves.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La Une Le fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une