LA FETE,QUATRE ANS APRES.../SCIFO ET CEULEMANS AU SOMMET/

LA F ETE, QUATRE ANS APRÈS...

Les Diables étaient encore dans leur vestiaire de Vérone que, déjà, ils étaient célébrés au pays. Et la fête ne fait peut-être que commencer!

Même si quelques coups de klaxon et quelques banderoles avaient salué la première victoire de nos Diables dans le «Mondiale», mardi dernier, l'enthousiasme populaire avait été quelque peu jugulé par la relative faiblesse de l'adversaire. Vaincre la Corée, c'était bien, mais il n'y avait pas de quoi en faire un plat. D'ailleurs, trop de liesse rétro-spective eût sans doute mis au grand jour des craintes préalables. Ridicule!

Dimanche, en revanche, on avait eu si peur de ne pas y arriver que le bouchon a sauté une première fois: des centaines de supporters, drapés dans le tricolore, ont honoré les rendez-vous qu'ils s'étaient fixés quatre ans plus tôt, au terme de folles soirées orchestrées depuis les terres mexicaines par les exploits répétés de la bande à Guy Thijs.

A Bruxelles, que ce soit sur la Grand-Place, sur les marches de la Bourse, sur le boulevard Ans-pach ou tout au long de la petite ceinture, les klaxons et les drapeaux ont ainsi salué comme il se devait le triomphe des dieux sur la Céleste.

De quelques dizaines qu'ils étaient sur le coup de 23 heures, les supporters des Diables furent bientôt des centaines puis des milliers au centre de la ville, rapidement embouteillé sans que personne, pour une fois, ne trépigne dans les files de voitures, emballées elles aussi dans de grands linges noir-jaune-rouge et transportant parfois jusqu'à huit voire douze personnes sous les yeux de policiers bon enfant qui n'éprouvaient aucune difficulté à maintenir l'ordre. Ne vit-on pas l'un d'eux applaudir chaleureusement au passage d'une «2 Chevaux» particulièrement bien décorée et d'où émergeaient, par le toit ouvrant, une bonne demi-douzaine de têtes épanouies.

Saines réjouissances qui ne tournèrent même pas mal quand quelques énergumènes se mirent à escalader les colonnes soutenant le balcon de l'Hôtel de Ville pour s'en aller saluer la foule depuis l'endroit où étaient apparus nos vingt-deux héros, il y a quatre ans, au retour de leur campagne mexicaine.

Circulant gaiement entre les tables des bistrots, toujours bien garnies malgré l'heure tardive, et surtout autour de l'énorme pyramide blanche qui abrite depuis plusieurs semaines une exposition culturelle au beau milieu de la place, les «fans» ont attendu minuit pour scander les noms de leurs idoles, n'oubliant personne, même pas le malheureux Gerets, «victime de cet imbécile d'arbitre» qui eut droit, lui aussi, à la citation. Sur l'air bien connu de l'invective bruxelloise qui salue traditionnellement les décisions contestées des hommes en noir...

Ils ont marqué leur but quand on jouait à neuf contre douze, madame, s'entendit même dire la marchande de caricoles, manifestement plus heureuse de servir les gens du cru que ces Japonais qui trouvent mon jus trop relevé.

Malgré le petit fanion qui pend par-dessus son échoppe, elle nous avoue que, du foot, elle n'en a rien à cirer. Mais elle sait déjà que, deux heures auparavant, ce sont Clijsters, Scifo et Ceulemans qui ont frappé.

Les gens ne parlent que de çà. Et ils rejouent quand, les Belges? Jeudi? Et ils ont des chances de gagner?

Question intéressée, évidemment...

JACQUES CULOT

Scifo et Ceulemans au sommet

Nos confrères de la presse internationale ne se sont pas révélés moins dithyrambiques que les journalistes belges, hier, au lendemain du magnifique succès remporté par les Diables rouges au détriment de l'Uruguay. A l'évidence, tout le monde a vu le même match. De même que personne n'a fermé les yeux sur le nouveau festival d'Enzo Scifo. Scifo inspire une Belgique à dix, titrait «The Guardian», repris en choeur par les envoyés spéciaux de «L'Équipe» qui scandaient «Scifo la classe», attribuant dans la foulée la cote de 7,5 sur 10 au jeune Louviérois.

Les Italiens n'ont pas été moins élogieux vis-à-vis de leur demi-compatriote. Scifo fut le meilleur homme sur le terrain, a lancé le «Messaggero» au moment où la «Gazzetta dello Sport» barrait ses neuf colonnes d'un «Inter, as-tu vu Scifo?» et où le «Corriere dello Sport» remarquait que Scifo s'était montré particulièrement heureux quand il s'était agi de protéger le résultat.

Mais attention! notre meneur de jeu a le plus souvent dû partager la vedette avec ses partenaires, et particulièrement avec Jan Ceulemans. Ceulemans au-dessus de tous!, ont même écrit les correspondants du «Corriere dello Sport», octroyant au capitaine brugeois une appréciation légèrement supérieure à celle de Scifo: 7,5 pour l'un, 7 pour l'autre. La «Gazzetta» lui a emboîté le pas. Voici d'ailleurs les notes alignées par le quotidien milanais: Preud'Homme 7, Grün 6, De Wolf 6,5, Clijsters 6, Emmers 6,5, Demol 6,5, Versavel 6,5, Vervoort s.v., Van der Elst 7, Scifo 7, Ceulemans 8 et Degryse 6,5.

Les Belges ont puni l'évanescence des Uruguayens, qui n'ont même pas été capables de faire illusion à onze contre dix. L'équipe au maillot rouge a livré une prestation grandissime de sagacité de tactique, de détermination et de lucidité, a ajouté le rédacteur du journal aux pages roses, qui a également adressé ses plus vives félicitations à Michel Preud'homme à la suite de son intervention auprès de l'arbitre, pour empêcher celui-ci d'adresser la carte jaune à Bengoechea.

Pour les Uruguayens, qui réclamaient à haute voix le leadership de ce groupe E, ce fut un massacre, surenchérit le «Messaggero». Le «vieux saint» Guy Thys, continuant se cacher derrière son cigare fumant, a infligé à Tabarez une leçon tactique dont l'entraîneur sud-américain aura du mal à se remettre.

Thys n'a pas échappé au concert des louanges, lui non plus. La Belgique a gagné grâce à l'«homme aux trois mille rides», ce vieux grand-père toujours gaillard qu'est Guy Thys, a écrit non sans humour le «Corriere dello Sport»

Quant à «L'Équipe», elle s'enthousiasmait devant ce match épatant, jalonné de périodes sensationnelles. Elle indiquait aussi que Thys savait très bien ce qu'il faisait en coupant les vivres des trois attaquants uruguayens et en réduisant ainsi à néant tout le pouvoir créatif des Sud-Américains. A partir d'une assise défensive solide et d'un jeu de contre parfaitement au point des Belges, l'Uruguay n'a pas existé sauf lorsque son rival fut réduit à dix.

Les Hexagonaux se sont en tout cas déclarés séduits par l'habileté de notre stratège. Comme quoi, les tactiques a priori défensives peuvent parfaitement se transformer en coup gagnant pour peu que l'organisation et surtout l'animation soient parfaites.

Toutefois, la palme du lyrisme laudateur revient sans conteste au «Corriere della Sera». Lisez plutôt ce qui suit: Les Diables rouges sont à éviter comme l'enfer, parce que leur football a les couleurs et les sensations de l'apocalypse. La Belgique provoque l'immersion de l'adversaire sous un flot de rage et d'impuissance. Elle se présente à nouveau comme cette terrible race de joyaux infernaux.

N'en jetez plus, c'est trop!

SERGE TRIMPONT