La grippe asiatique a voyagé par erreur Santé - La souche de la dangereuse grippe asiatique de 1957 a été envoyée par erreur dans 18 pays Le virus H2N2 distribué en Belgique

La grippe asiatique a voyagé par erreur

MICHEL DE MUELENAERE

CHRISTIAN DU BRULLE

L'erreur est monumentale. Elle a été commise par une société privée américaine travaillant pour une organisation médicale située à Chicago. Cette firme a procédé à un envoi massif d'échantillons du virus de la grippe asiatique à des dizaines de laboratoires situés un peu partout dans le monde. Cette grippe avait provoqué la mort de quatre millions de personnes en 1957-1958. Nonante pour cent des labos ayant reçu le virus H2N2 se trouvent aux Etats-Unis. Ils ont pris les mesures d'alerte et de destruction des souches.

Mais dix-sept autres pays sont concernés, dont la Belgique, et l'Organisation mondiale de la Santé a lancé l'alerte. Le risque d'épidémie est certes faible, mais il n'est pas à prendre à la légère. Les deux laboratoires belges qui ont reçu le colis empoisonné se trouvent à Anvers et dans le Hainaut. Ils ont été identifiés et les autorités les ont enjoints de procéder à la destruction des échantillons du H2N2.

Le risque était qu'un laborantin soit contaminé par accident et rapporte le virus à la maison, explique un responsable de l'Institut scientifique de Santé publique. Un risque désormais écarté, assure-t-on au ministère de la Santé.·

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Santé - La souche de la dangereuse grippe asiatique de 1957 a été envoyée par erreur dans 18 pays

Le virus H2N2 distribué en Belgique

* 3.747 échantillons du virus de la grippe asiatique ont été envoyés par erreur un peu partout dans le monde. Deux laboratoires belges sont identifiés. La situation est sous contrôle.

CHRISTIAN DU BRULLE

C'est une erreur, mais une erreur de taille que l'OMS, l'Organisation mondiale de la Santé, tente de rattraper dans les plus brefs délais. Depuis octobre dernier, 3.747 échantillons du virus de la grippe asiatique ont été distribués erronément dans 18 pays de la planète, dont la Belgique.

Si le risque d'épidémie que comporte un tel virus reste faible, il n'est malgré tout pas à prendre à la légère. En 1957-1958, lorsque ce type de virus (H2N2 dans le jargon) est apparu, il a été à l'origine du décès de quelque quatre millions de personnes. Le virus a ensuite évolué pour finalement disparaître de la surface de la planète en 1968.

Disparaître... sauf dans les laboratoires de référence où de telles souches sont conservées pour y être étudiées et afin d'améliorer la composition de nouveaux vaccins. Rappelons qu'actuellement, ce sont deux autres souches du virus de la grippe qui circulent, les virus H3N2 et H1N1.

L'OMS nous a demandé de faire procéder à la destruction des échantillons en question, précise-t-on au cabinet du ministre de la Santé, Rudy Demotte (PS). Deux laboratoires belges, l'un à Anvers l'autre dans le Hainaut, ont en effet reçu des échantillons de ce virus H2N2. Ils ont, depuis, été identifiés. L'administration leur a enjoint de procéder à leur destruction.

Bien que largement distribués, les échantillons de H2N2 n'ont, semble-t-il, et à la date de mercredi, pas causé le moindre incident. En Belgique, nous n'avons relevé aucun accident de laboratoire, indique le docteur René Snacken du département d'épidémiologie et toxicologie de l'Institut scientifique de Santé publique. Le risque eût été qu'un laborantin soit contaminé par accident et rapporte le virus à la maison. Heureusement, cela ne s'est pas produit.

Mais le spécialiste ne décolère pas. Ce qui est grave, c'est que la souche H2 aujourd'hui disparue a été introduite dans les échantillons destinés à tester les capacités diagnostiques des laboratoires. Soit il s'agit d'un ajout volontaire, et c'est prendre des risques inutiles, soit il s'agit d'une erreur, et là, le laboratoire d'origine est tout bonnement un repère d'incapables !

C'est au Canada que le dangereux virus a été découvert le mois dernier par le Laboratoire national de microbiologie. Son origine a vite été retracée. Il provenait d'un envoi massif opéré depuis une firme privée américaine pour le compte du CAP (College of American Pathologists).

D'après l'OMS, 90 % des laboratoires concernés par cet envoi se trouvent en Amérique du Nord où dès le 8 avril toutes les mesures d'alerte et de destruction des souches étaient lancées par les autorités.

Dans les 61 autres laboratoires situés dans 16 pays d'Asie, d'Europe, d'Amérique latine et du Moyen-Orient, l'alerte a depuis été généralisée par l'OMS. Outre la Belgique, les pays européens concernés sont la France, l'Allemagne et l'Italie.·