La RTBF se débarrasse du bâtiment historique de la place Flagey, à Ixelles Le paquebot de l'INR vendu à la Maison de la Radio

La RTBF se débarrasse du bâtiment historique de la place Flagey, à Ixelles Le paquebot de l'INR vendu à la Maison de la Radio

Monument du patrimoine international au bord du naufrage, la Maison de la Radio de la place Flagey, à Ixelles, va enfin quitter les eaux troubles de la liste des cents monuments les plus menacés au monde.

Lundi soir, le conseil d'administration de la RTBF unanime a décidé de vendre le paquebot de l'INR, à l'abandon depuis 1995. Les acquéreurs? La société anonyme Maison de la Radio, représentée par les hommes d'affaires flamands Manfred Loeb de Tractebel (qui agit ici à titre individuel) et Piet Van Waeyenberge d'Ecoval, rejoints par Robert Delville, l'ancien directeur général de la RTBF. Le montant de la transaction n'a pas été rendu public. La facture oscillerait autour des 280 millions, à diviser en deux parts égales, la VRT étant copropriétaire des bâtiments.

Ces trois partenaires proposent d'investir un peu plus d'un milliard dans la réaffectation de l'édifice, élevé dans les années trente et en partie classé. La rénovation devrait être terminée à temps pour permettre à l'ancien INR de jouer un rôle de premier plan dans le cadre des festivités de Bruxelles-2000, capitale européenne de la culture.

Fleuron de l'Art Déco et du style paquebot, l'immeuble serait divisé en trois parties distinctes. L'arrière serait loué à l'école d'architecture de La Cambre, en panne de locaux. Ensuite, deux des célèbres studios son de la Maison de la Radio verraient leur capacité augmentée pour accueillir davantage d'auditeurs. Ils pourraient être exploités en vue d'effectuer de nouveaux enregistrements. Encore aujourd'hui, l'acoustique de ces studios, dessinée par l'architecte belge Joseph Diongre, mérite le détour de par le monde. Enfin, les locaux à front de place devraient être reconditionnés en bureaux, éventuellement destinés à des entreprises spécialisées dans les médias.

Une offre concurrente, en vue de préserver l'intégrité complète de la Maison de la Radio, était également parvenue au conseil d'administration de la RTBF, lundi midi. Le montant était plus avantageux, mais la proposition expirait à 16 heures et n'offrait apparemment pas toutes les garanties de bonne fin nécessaires. La RTBF avait besoin d'argent frais rapidement. Le conseil d'administration n'a donc pas jugé souhaitable de compromettre une offre d'achat certaine , celle du consortium Delville-Loeb-Van Wayenberghe.

Une décision qui chagrine les défenseurs du patrimoine, inquiets à l'idée de voir bruxelliser une partie de la Maison de la Radio, considérée comme un patrimoine majeur de l'humanité par le World Monuments Watch de New York. L'INR abrite 19 studios d'enregistrement et en 1938, à l'heure de son inauguration, c'était l'usine à sons la plus performante au monde.

En tronçonnant l'édifice entre des investisseurs flamands et une école artistique francophone, en truffant les étages de bureaux, l'intégrité de l'oeuvre de Jospeh Diongre va sombrer. Mais Bruxelles n'est pas Bilbao, et les pouvoirs publics n'avaient pas 3 milliards à investir dans un nouveau Guggenheim. Au contraire, il fallait vendre la Maison de la Radio au privé pour tenir la tête d'une institution publique hors de l'eau.

Da. Cv.