La saga des Errera à Bruxelles «Une histoire juive. Les Errera. Parcours d'une assimilation», Milantia Errera-Bourla.

La saga des Errera à Bruxelles «Une histoire juive. Les Errera. Parcours d'une assimilation», Milantia Errera-Bourla.

Finance, science, art et politique! Incroyable dynastie que celle de la famille Errera. Elle nous plonge dans un milieu très grand bourgeois, libéral, libre penseur, rationaliste, spirituel puis athée.

Tout commence chez nous avec un jeune juif venant de Venise qui a aimé- une jeune juive venant de Franc -fort. Ils fondent une famille belge qui devient aussitôt emblématique, tout en conservant dans un premier temps les traditions hébraïques qu'elle finira par perdre par un choix délibéré d'assimilation. Et cela en l'espace de deux générations.

La psychanalyste Milantia Errera-Bourla, qui a épousé un descendant de la famille, nous raconte l'épopée de cette grande famille juive.

Il y a d'abord Giacomo Errera, le mythique fondateur de la Banque de Bruxelles. C'est le premier des Errera en Belgique. Un personnage haut en couleur, qui finira, en 1878, par devenir complètement fou. Puis viennent ses deux fils: Léo et Paul. Léo fut un grand savant botaniste de réputation mondiale. Paul, juriste, recteur de l'ULB, fut bourgmestre d'Uccle entre 1912 et 1921. Il y a ensuite le très fantasque Alfred (le fils de Léo), brillant mathématicien, réactionnaire et nationaliste (allant jusqu'à admirer les régimes autoritaires du sud de l'Europe) et qui ne se considérait plus du tout comme un Juif assimilé mais comme un Belge à part entière. Il fut d'ailleurs le premier de la lignée à épouser une non-Juive. Enfin, il y a encore l'incroyable cousin Jacques, physicien qui obtint le prix Francqui à 42 ans, professeur à l'ULB, ami d'Einstein et grand savant hypnotiseur. Ce dernier vivait d'ailleurs sa judéité comme une infirmité, parlant même d'un «habit encombrant».

Mais pour beaucoup, les Errera se réincarnent dans le splendide hôtel qui sert aujourd'hui de résidence au ministre-président du gouvernement flamand. Un hôtel dans lequel plusieurs générations d'Errera «tinrent salon». C'était même un des centres nerveux de la politique belge.

Milantia Errera-Bourla nous donne un livre particulièrement agréable à lire, tant l'histoire de cette dynastie est édifiante. Elle ne cache pas certains aspects déplaisants de la famille et nous offre même des détails sur les relations extraconjugales de certains de ses membres.

De par sa position, l'auteur a bénéficié de documents inédits comme le carnet intime de Marie Oppenheim, épouse du fondateur de la Banque de Bruxelles. Elle a aussi pu disposer de correspondances privées. Sans oublier d'autres documents gardés jusqu'à aujourd'hui dans le sanctuaire familial.

ÉRIC MEUWISSEN

Editions Racine,

795 F.

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