LA SECONDE VIE DU SITE (DESAFFECTE) DU "PECHON" A COUILLET DU CHARBONNAGE DE JADIS AU PARC DE DETENTE

La seconde vie du site (désaffecté) du «Pêchon» à Couillet

Du charbonnage de jadis au parc de détente

Un superbe jardin de six hectares, saupoudré de prés fleuris, de pelouses, d'aires de jeux, de coins de repos et de plantations, nervuré de chemins en dolomie et de pistes pour vélos, gardé par deux énormes molettes figées dans le temps : en parcourant le site verdoyant, à deux pas du coeur de Charleroi, derrière les maisonnettes des corons de jadis, qui pourrait imaginer qu'il foule le sol d'une ancienne cour de charbonnage ?

«Le Pêchon» (le poisson, en patois) tel était le nom du puits numéro 25 mis en exploitation en 1910, aux confins de Marcinelle et de Couillet, par la société des charbonnages de Marcinelle Nord et absorbé par Monceau-Fontaine vingt ans plus tard. Des galeries marécageuses - d'où l'appellation précitée - réputées pour leur caractère dangereux et notamment pour le grisou qu'elles recelaient. En 1972, six ouvriers mineurs y perdirent la vie, ensevelis sous le charbon...

Le puits, d'une profondeur de 1.115 mètres, passait sous le Cazier voisin, de triste mémoire, sans toutefois y être raccordé. Il correspondait par contre avec le «Fiestaux», portant le numéro 24, qu'il rejoignait sous la rue de Villers à une profondeur de 797 mètres. Les tentacules de ses galeries rampaient sur plus de quatre kilomètres dans les entrailles du sol. Il fut l'un des premiers sièges à utiliser des machines électriques d'extraction; il modela encore le paysage d'un point de vue architectural et social, le marquant à ce point de son empreinte qu'elle demeure perceptible 21 ans après la fermeture des installations, le 31 mars 1975.

Avec l'hôtellerie d'accueil pour travailleurs immigrés, construite dans les années d'après guerre, ses maisons bourgeoises réservées aux ingénieurs, les «grandes» maisons octroyées aux employés, et les corons occupés par les ouvriers, le quartier, figé entre la Nationale 5, la ligne de chemin de fer Charleroi-Namur, les installations de Cockerill Sambre, et aujourd'hui la petite ceinture autoroutière, vivait quasiment en autarcie. Aujourd'hui encore, si les immeubles les plus cossus ont changé de propriétaires, les petites maisons demeurent occupées, quasi exclusivement, par les familles de travailleurs immigrés.

CHARMANT CONTRASTE

Les galeries endormies, le site du «Pêchon» sombra dans une profonde léthargie entretenue par l'abandon de ses propriétaires. Ce n'est qu'en 1980 que la Région wallonne racheta les ruines à la société des Charbonnages de Monceau Fontaine pour, dans une première phase, procéder à la démolition des installations de surface et au nivellement du terrain. Une opération qui permit, parallèlement, la formation d'une quinzaine d'éco-cantonniers encadrés par deux formateurs du Critias (cellule de recherches interdisciplinaires sur le travail social et sur les innovations dans l'action sociale) et de deux techniciens émanant de l'entreprise qui avait obtenu le marché.

Il y a trois ans d'autre part, une convention entre la ville et la Région fut signée pour envisager la remise en état des châssis à molettes, la démolition de la lampisterie et la remise en valeur du site, la tout avec l'aide des fonds européens du Feder.

Il fallut une bonne année de travaux et un investissement de quatorze millions pour transformer l'espace sauvage en aire de détente et de convivialité et le mettre à la disposition des riverains. Une opération remarquablement réussie, appréciée à sa juste valeur par la population voisine, sous le charme du contraste ainsi offert entre l'austérité des maisons de corons et le charme d'un site reposant. Depuis l'inauguration officielle, fin de la semaine dernière, les enfants ont pris possession des lieux, dans l'attente d'autres gâteries comme le terrain de football promis par les autorités communales.

OLIVIER COLLOT