LA TORTIONNAIRE DE MME DE CANSON CONDAMNEE A 13 ANS DE RECLUSIONPAR LES ASSISES DU VAR

La tortionnaire de Mme de Canson condamnée à treize ans de réclusion

La vieille dame riche avait été battue et affamée

Un procès marathon portant sur un important détournement d'héritage aux dépens d'une vieille dame riche Suzanne de Canson, décédée dans des conditions sordides en septembre 1986, après avoir été dépouillée de ses tableaux de maîtres, s'est terminé dimanche avec la condamnation à treize ans de réclusion criminelle de la principale protagoniste, Joëlle Pesnel, 51 ans, reconnue coupable de séquestration et d'abus de confiance. Cette affaire a créé un scandale national en France en éclaboussant plusieurs notables du monde judiciaire et le gotha des musées nationaux français qui ont ensuite été mis hors de cause.

A l'issue d'un délibéré de treize heures, la cour d'assises du Var (sud-est de la France) qui jugait l'affaire depuis le 7 octobre a reconnu Joëlle Pesnel coupable également des chefs de faux en écriture privée et usage et extorsion de signature. L'aspect tragique de l'histoire est la mort d'une vieille dame riche héritière, décédée à 76 ans dans des conditions sordides dans la villa de Joëlle Pesnel après avoir signé un testament faisant de cette dernière présentée comme une «aventurière», son unique héritière. La cour a aussi prononcé une peine de quatre ans de prison (dont un avec sursis) à l'encontre d'un avocat, Robert Boissonnet, 62 ans, qui avait la confiance de Suzanne de Canson, pour faux en écriture privée et usage, et complicité d'abus de confiance.

Selon la défense de Pesnel, Suzanne de Canson qui avait toujours mené une vie «errante», avait été recueillie par Pesnel alors qu'elle était «sénile, incontinente et démente». La cour a, elle, retenu les témoignages implacables d'employés de maison de l'accusée qui se sont succédés à la barre, faisant état d'un vieille dame, enfermée dans sa chambre pendant de janvier à septembre 1986, affamée et maltraitée, et ceux des médecins-experts qui ont établi que Mme de Canson était décédée des suites d'une «dénutrition forcée, associée à des mauvais traitements».

L'affaire avait commencé le 9 juin 1987, lorsque Jeanne Deschamps, aujourd'hui âgée de 86 ans, ayant appris la mort de sa soeur, Suzanne Barou de la Lombardière de Canson, avait porté plainte, «troublée» d'apprendre que Suzanne avait été incinérée trois jours après son décès, et que l'un de ses tableaux hérités de leur père, un portrait en pied de «Gentilhomme sévillan», de Bartolomé Murillo, avait été vendu au musée du Louvre.

L'enquête de la gendarmerie aboutissait à l'arrestation en juin 1988 de Joëlle Pesnel, alors présentée comme la dame de compagnie de la riche héritière, puis à celle de Robert Boissonnet en octobre 1988. C'étaient les prémices de «l'affaire de Canson» qui éclatait avec l'inculpation pour complicité de recel et usage de faux de Pierre Rosenberg, conservateur en chef du Louvre qui avait acheté le Murillo et de deux avocats conseils de Pesnel. Ils devaient ensuite bénéficier d'un non-lieu, de même qu'un notaire inculpé de complicité d'extorsion de signature. (AFP.)