LE CINEASTE JOSE GIOVANNI ETAIT-IL COLLABO?

Le cinéaste

José Giovanni

était-il «collabo»?

PARIS

De notre envoyé spécial

permanent

Les quotidiens «La Tribune de Genève» et «24 Heures» ont accusé, jeudi, le cinéaste et romancier José Giovanni, 70 ans, d'avoir collaboré avec les nazis et la Milice française, pendant la guerre. L'auteur de «Deux hommes dans la ville» (avec Jean Gabin et Alain Delon) a démenti avec vigueur et indignation ces accusations, faisant valoir son casier judiciaire vierge, sa carte de la Résistance française et a annoncé son intention de porter plainte pour diffamation. Les deux journaux suisses rapportent que José Giovanni, naturalisé suisse depuis sept ans, est d'origine corse, s'appelle en réalité Damiani et a fait l'objet de plusieurs condamnations, à la fin de la guerre, pour ses activités en France, sous l'occupation. Il aurait notamment participé à des opérations avec la Milice contre des résistants ou des réfractaires au service du travail obligatoire en Allemagne (STO). A Lyon, il aurait été mêlé à des affaires de vol commis par des individus munis de cartes de la police allemande.

En 1944, enfin, à Paris mais aussi en Bretagne, et parfois sous les couleurs de la Résistance, il aurait été mêlé à plusieurs délits.

A la Libération, il a été poursuivi pour sa collaboration avec un agent de la Gestapo nommé Orloff. Autres poursuites pour participation au meurtre d'un nommé Henri Cohen qui avait travaillé avec les «bureaux d'achat» allemands en France.

La Cour d'assises de la Seine l'avait d'ailleurs condamné à mort, en 1948, pour cet assassinat, peine commuée en détention à perpétuité. En fait, José Giovanni purgera dix ans de prison, puis sera libéré; plus tard, sous Georges Pompidou, il fut amnistié. Le cinéaste reconnaît cette condamnation mais ajoute qu'elle sanctionnait des faits de droit commun et non de collaboration.

Pourquoi revenir aujourd'hui sur ce passé «gommé»? José Giovanni, désormais citoyen helvétique et arguant de son passé... de résistant, venait de convaincre les mandataires d'un projet de film sur la vie du général Henri Guisan, commandant en chef de l'armée helvétique durant la guerre, et qui est resté l'image même de la résistance suisse à la menace allemande.

Pour l'auteur des deux articles, Roger de Diesbach, joint par téléphone, il y a conflit entre le «droit à l'oubli» que possède tout homme au passé amnistié, quelque 50 ans après les faits, et l'intérêt public - José Giovanni s'apprêtant à tourner un film sur un héros de la Confédération. Il s'agit là d'une des pages les plus délicates de notre Histoire, précise de Diesbach qui maintient toutes les informations publiées...

JACQUES CORDY