diagonale : Le claresse, le poisson durable inventé par les Hollandais, débarque en version « fumé »

Cela fait déjà trois ans qu’il est présent dans les rayons de la plupart des supermarchés du pays. Mais aujourd’hui, il s’offre une nouvelle livrée, version « fumé ». Lui, c’est le claresse, un poisson créé par le groupe néerlandais Anova, spécialisé dans le commerce piscicole (perche du Nil, pangasius, tilapia). Sa particularité : c’est un poisson… qui n’existe pas à l’état naturel. Il a été obtenu en croisant deux variétés de poissons-chats. Un produit contre nature, élaboré par un Frankenstein batave ? Hendrik Colpaert, directeur marketing d’Anova, s’en défend. « Ce n’est pas un poisson génétiquement modifié, dit-il. Les consommateurs l’ignorent, mais la plupart des animaux de la ferme qu’ils mangent sont issus de croisements. Pour les poissons, le claresse est une première. »

Il a fallu cinq ans de développement à Anova pour aboutir au « poisson idéal », tel que décrit par les consommateurs interrogés par la société hollandaise. « Le consommateur aime les poissons à chair blanche, avec des filets sans arêtes et un goût assez neutre, pour privilégier les sauces et les marinades, explique Hendrik Colpaert. Il fallait aussi un prix pas trop élevé, 14 à 15 euros le kilo. »

C’est pour répondre à ce cahier des charges qu’est né le claresse, élevé dans trois fermes piscicoles du Brabant néerlandais. Un succès commercial puisque Anova distribue son poisson aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne, en France, en Suisse et en Autriche.

Pour soutenir son « poulain », Anova compte sur un argument porteur : le claresse serait le poisson « le plus durable du monde ». Le WWF le classe dans la catégorie des poissons « à privilégier », causant des dommages minimaux à l’environnement parce qu’il n’y a pas de surpêche ou, comme dans le cas présent, parce que les élevages sont bien gérés. « Nos fermes consomment peu d’eau, grâce à des systèmes de recyclage, et peu d’énergie, car les bassins sont dans des hangars très bien isolés, explique Hendrik Colpaert. Les poissons sont principalement nourris avec des protéines végétales, sans OGM, sans hormones ni antibiotiques ».

Anova s’apprête donc à lancer une version « fumée » du claresse, à la demande du groupe Delhaize, afin de remplacer l’anguille fumée, bannie du rayon saurisserie par le distributeur, depuis que cette dernière a été déplacée dans la catégorie des poissons en voie de disparition, dont la consommation doit être évitée. « Le claresse fumé n’a pas le même goût que l’anguille fumée », prévient Patrick Waty, administrateur délégué de Seagull, société brugeoise qui fume des poissons (harengs, sprats, maquereaux) depuis 1859, à qui Anova a confié ses claresses. « Nous comblons juste le vide laissé en rayon par le retrait de l’anguille. » Quant à savoir si c’est bon, nous laisserons chacun juge.