LE COMEDIEN D'ORIGINE BELGE EST MORT A 69ANS JEAN-JACQUES,UN PUR COMIQUE DEVANT L'ETERNEL

Le comédien d'origine belge est mort à 69 ans

Jean-Jacques, un pur comique devant l'Éternel

On a appris la mort, à Paris, du comédien d'origine belge Jean-Jacques. Il avait 69 ans.

Véritable star des scènes belges puis françaises, Jean-Jacques fut l'un des représentants les plus typés de cette comédie de boulevard qui fit le bonheur de plusieurs générations, et nous apparaît si singulièrement datée aujourd'hui.

Né à Forest en 1925, Jean-Jacques Guillaume (de son vrai nom), fils d'un expert-comptable et de la pâtissière de l'avenue du Roi, avait débuté à l'âge de six ou sept ans dans des matinées enfantines («Nic et Nac», «Gribouille», «Cendrillon»), au théâtre royal des Galeries, avant d'assumer le rôle de Piccolo dans «L'Auberge du Cheval blanc», à l'Alhambra.

Outre des cours de déclamation à l'Académie des beaux-arts, sa véritable école dramatique sera celle de Max Péral, l'un de ses deux pères «spirituels», avec Lucien Fonson. Ce dernier, qui codirige les Galeries avec Aimé Declercq, fait régulièrement appel à lui pour des rôles de jeune garçon, et Jean-Jacques se retrouve aussi bien partenaire de Jean Weber, dans «Lorenzaccio», que de Cécile Sorel, dans «La Mégère apprivoisée». En mai 1940, Aimé Declercq lui offre son premier grand rôle dans sa pièce «L'envers vaut l'endroit» - dont la guerre ne permettra qu'une seule représentation.

Après la guerre, il fait sa rentrée au Vaudeville dans «Les Jours heureux», de Claude-André Puget, mais c'est «J'ai dix-sept ans» qui le lance véritablement. C'est l'époque du «Thé-théâtre», ces matinées imaginées par Fonson et Declercq, où les spectateurs dégustent boisson et petits fours pendant le spectacle. Des Galeries au Vaudeville, Jean-Jacques crée les pièces de Louis Verneuil et de Marcel Achard, saute de revues en cabaret, du «Mariage de Mademoiselle Beulemans» en «Topaze». Il est aussi le premier interprète en Belgique, dès 1946, des pièces de Jean de Létraz qui faisaient alors fureur à Paris: qui se souvient encore aujourd'hui de ces «Moumou», «On demande un ménage», «Vive la liberté!» et autre «Femmes de Loth»?

En 1949, Létraz l'appelle au Palais-Royal, qu'il dirige, et écrit désormais ses pièces pour lui - une par saison, six ans durant. Installé à Paris, Jean-Jacques joue tour à tour aux Capucines, à la Potinière, à la Renaissance, à l'Édouard VII, aux Ambassadeurs, au théâtre des Arts, à l'Européen, au théâtre Hébertot, au théâtre Fontaine, au Montparnasse, aux Variétés, voire à Bobino... Il est, pendant de longues années, l'un des acteurs fétiches d'un répertoire comique composé de «Doux dingues» et de «Dames aux chapeaux verts», qui met «La puce à l'oreille» de «La Dame de chez Maxim's», qui rit au «Saut du lit» de «La Cage aux folles».

Créateur, avec Marpessa Down, de la célèbre «Chérie noire», il jouera la pièce plusieurs centaines de fois, huit ans durant, successivement au théâtre Michel, aux Bouffes-Parisiens, aux Capucines, au théâtre des Nouveautés, puis à la télévision, et en Belgique. Il opérera ainsi, de temps à autre, quelques retours au pays, défendant «La Revue», «Trésor», «Bichon», «Un sale égoïste», «Le Tombeur», «La Claque»...

En TV, il opérera «Au théâtre ce soir», dans des dramatiques et des émissions telles «Eh bien, raconte», «L'inconnu de 19 h 45», «Les jeux de 20 heures» ou «Les grosses têtes». Mais Jean-Jacques était, avant et par-dessus tout, un impénitent «fou de théâtre», qui rêvait de jouer un jour «Hamlet», ou «Le Maître de forges»: Évidemment, il suffit que je me regarde dans une glace..., disait celui qui racontait volontiers en ces termes sa rencontre avec... Ionesco: «Maître, lui dis-je, j'adore ce que vous faites, mais, entre nous, il y a des choses dans votre théâtre que je ne comprends pas très bien.» Ionesco m'a regardé très sérieusement, s'est penché vers moi et m'a dit: «Moi non plus!».

CATHERINE DEGAN