Union belge Les chants anti-Wallons jugés ludiques : Le Comité exécutif a franchi la ligne rouge

Avant de s’embarquer à destination de Braga, nouveau point de chute européen du Standard, Pierre François, le directeur général du club principautaire, s’est chargé de tailler un costard à l’organe suprême de la Fédération coupable d’avoir rendu vendredi une décision à ses yeux « lourde de conséquences pour l’honneur du football belge. »

Dans son édition de lundi matin, Le Soir s’est fait l’écho du verdict formulé en fin de semaine par le Comité exécutif au sujet de la fameuse « affaire Derwa », du nom de ce dirigeant tubizien qui, lors du match opposant l’AFC à Genk, était monté sur le terrain pour clamer auprès de l’arbitre son ras-le-bol à la suite des slogans à caractère communautaire – « Les Wallons, c’est du c… » – scandés par le kop limbourgeois. Devant la chambre d’appel, Louis Derwa avait écopé d’une réprimande alors que Genk avait été blanchi sur toute la ligne.

A la demande du parquet, les parties ont été priées d’aller ensuite s’expliquer devant le Comité exécutif qui, à la surprise générale, a confirmé le verdict de la première instance, estimant sans rire dans ses attendus que « les slogans querellés ne sont pas volontairement blessants ou injurieux dans le contexte du football (…) mais plutôt à caractère ludique, taquin, légèrement moqueur. »

« On a cru rêver, Louis Derwa et moi, en prenant samedi soir connaissance de la teneur de ce jugement, explique François. Le hasard du calendrier nous ayant réunis à Sclessin, nous avons convenu de prendre contact avec les autres clubs francophones de D1, pour les inviter à se joindre à notre réflexion. Chemin faisant, nous avons décidé, Tubize et le Standard, d’organiser ce jour une conférence de presse afin d’alerter le public et de conscientiser chacun sur la portée de cette décision. »

Alors que Mons, dont le directeur Alain Lommers siège à l’Exécutif, a préféré s’abstenir, le Sporting hennuyer et l’Excelsior ont fait parvenir à Pierre François, promoteur de cette démarche, un courrier de soutien, Charleroi se disant scandalisé et déclarant « ne plus se reconnaître dans cette Fédération qui devrait défendre haut et fort le respect des uns et des autres. »

Avocats de métier, François et Derwa ont donc lundi, à la tribune de l’Académie Louis-Dreyfus, tancé sévèrement l’organe suprême de l’Union belge – tout en prenant soin de ne pas attiser les tensions communautaires et de ne pas focaliser leur courroux sur Genk.

« Le Standard, a conclu son porte-parole, ne peut accepter de voir la Fédération banaliser à ce point de telles injures alors qu’il multiplie auprès de ses supporteurs les initiatives pour les inciter à respecter l’adversaire. Le respect est aussi l’une des vertus cardinales prônées par l’UEFA, qui aurait sans doute beaucoup de mal à comprendre l’attitude de notre Fédération, fort peu soucieuse des efforts déployés par Alain Courtois pour tenter d’amener un jour la Coupe du monde en Belgique. »

Et Derwa d’embrayer : « C’est un bien mauvais signal que l’Union belge envoie aux jeunes fans, aux joueurs de tous les âges et au public. J’ose affirmer, contrairement aux conclusions de l’Exécutif, que ces chants entrent dans le champ d’application de la circulaire ministérielle “OP40” concernant les propos racistes et discriminatoires. Après cette décision que je qualifie de “hors la loi”, j’attends avec plus de sérénité encore ma comparution devant le ministère de l’Intérieur et me réserve le droit de me pourvoir en évocation, ne serait-ce que pour me faire expliquer les vrais motifs ayant amené les 22 plus hauts dirigeants du football belge à rendre un avis aussi décoiffant et irresponsable ! »