LE JARDIN SECRET DE CHARLES DE BELGIQUE

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Le jardin secret

de Charles

de Belgique

Nul ne conteste que Charles de Belgique, frère du roi Léopold et oncle de notre actuel Souverain, fut ce qu'il est convenu d'appeler un original. Ce prince bohème étonna, au demeurant, par le sérieux et la pondération avec lesquels il remplit ses fonctions de régent du royaume, après la libération du territoire hors duquel Léopold III était, pour lors, retenu. En marge de cette parenthèse historique, de la longue vie de Charles, mort à Ostende, le 1er juin 1983, le public a surtout retenu une vaste production de peintures, signées Karel van Vlaanderen, des rumeurs galantes, les apparitions anecdotiquement dérangeantes d'un vieillard barbu et un peu hirsute, lors de rares commémorations, des démêlés judiciaires d'où il apparut que la fortune du prince avait été sévèrement mise à mal. Un visage renfrogné, des éclairs sardoniques dans un regard clair avaient achevé de fixer le portrait de l'«ermite» qui vivait pauvrement dans les sables de Raversijde où sa villa était entourée de bunkers, vestiges de la guerre 39-45.

Au rebours de cette image commune, une femme, Jacqueline de Peyrebrune, vient de publier un livre qui dessine, commente et illustre la personnalité d'un prince furtivement épanoui par une passion amoureuse, mise à feu, en 1945, dans l'environnement cossu et «libéré» de la haute société bruxelloise et prolongée, au-delà de la mort, par cet ouvrage (1), accomplissement d'une promesse, appelée à dévoiler un bonheur caché.

Après la mort de son mari, un ingénieur luxembourgeois, Jacqueline de Peyrebrune épousa, religieusement et secrètement, le prince Charles, à Paris, le 14 septembre 1977. Celui-ci la sollicita ainsi: Cinq ans après ma disparition, vous direz aux Belges et aux autres tout ce que nous avons été contraints de cacher. Des notes qu'elle prit, plus de trente années durant, après chacune de ses rencontres avec Charles, l'auteur a retenu plusieurs confirmations du voeu princier. A Saint-Amand, en Berry: Puis-je te demander de rester dans l'ombre la plus totale pendant cinq ans après ma disparition? Puis-je exiger de toi que jamais tu ne seras mêlée au déballage qui ne manquera pas de se produire alors? Et à Banyuls: Tu diras un jour aux Belges que leur prince était heureux, perdu aux frontières pyrénéennes, dans une béatitude sans précédent.

La mémorialiste relate avec verve, inspiration, lyrisme et une audace cependant fermement tenue en lisière, les remous, élans et approfondissements d'une liaison ardente et heureuse malgré le secret, les humeurs jalouses et les frasques du prince. Ainsi qu'elle l'avait promis, l'auteur aura été l'instrument allègre de l'ultime défi, lancé au monde par un homme qui, pour joyeuse qu'ait été la vie qu'il mena, souffrit, à la manière d'un poète, d'être mal aimé. A sa confidente, il a dit: Mes parents montraient une telle préférence pour mon frère que cela me rendait malade. Ils (les autres) ne voyaient que mon frère plus soumis, peut-être plus intelligent mais moins sensible, cela je puis l'assurer.

Son dépit s'alourdit lorsque Léopold se remaria alors qu'il avait interdit à Charles d'épouser une roturière. Je n'ai eu aucun droit, gronde-t-il. Et de sa fille Isabelle, il n'obtint pas l'affection qu'il espérait. Elle l'appelait «le commandant»!

Il est sans doute significatif que Charles ait attendu davantage d'un témoignage amoureux que d'éventuelles recherches menées par des historiens. Chemin faisant, Jacqueline de Peyrebrune affirme, à l'adresse de ceux-ci, que Charles écrivit près de 2.000 pages sur sa régence. Après la mort du prince, ce manuscrit a malheureusement pris le chemin des oubliettes, ainsi que beaucoup d'autres documents. Ailleurs, à propos des nombreuses lettres de gratitude, adressées au prince régent, elle écrit: Elles ont été détruites sur un bûcher qui brûla des jours durant, lors de la liquidation de ses souvenirs personnels, après sa mort.

Ce livre étoffe, à tout le moins pour la petite histoire, la silhouette d'un prince que son égérie qualifie d'étonnamment intuitif, fantasque, ambigu, bohème, timide, charmeur, sensuel et terriblement naïf.

MICHEL BAILLY

(1) «Un amour dans l'ombre - Le jardin secret du prince Charles de Belgique», aux éditions Tarmeye.

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