Le labyrinthe de Pan

Le labyrinthe de Pan

Fils et filles d'Hermès et de la Nymphe Dryops, courez voir ce conte de fées cruel et poétique où il est question de la perversion de l'innocence, donc de l'enfance. Cette fable aux créatures étranges, mettant en scène une jeune fille qui, vivant mal sa nouvelle vie - sa mère est remariée à un capitaine de l'armée franquiste -, trouve une évasion dans un mystérieux labyrinthe, est fantastique et noire, complexe et simple. Nous sommes en Espagne en 1944. La guerre civile est finie depuis cinq ans mais le fascisme n'est pas mort.

Convaincu que le fascisme est une représentation de l'horreur ultime, voire la mort de l'âme, Guillermo del Toro en fait le sujet de son film. C'est pour cette raison que le véritable monstre du film est le capitaine de l'armée franquiste, incarné de façon effrayante par Sergi Lopez. Il y a quelque chose de Lewis Caroll et Buñuel, de Jean Cocteau et Tim Burton, voire des peintures de Goya, dans ce mélange réussi de scènes réalistes terrifiantes (notamment avec Sergi Lopez) et d'échappées fantastiques. Le récit s'impose viscéral et initiatique. Avec une réelle élégance et une vraie maîtrise. Esthétique soignée, monde féerique totalement abouti, histoire humaine et mélodramatique, mise en sens de l'horreur ultime. Le Labyrinthe de Pan, qui traite du franquisme dans son essence même, tient en haleine entre imaginaire et réalité, rêve et cauchemar, féerie et horreur. Il nous projette de l'autre côté du miroir et, telles les histoires de notre enfance, incite à réfléchir.

À Cannes, le cinéaste mexicain avait déclaré : « Pour moi, les images les plus marquantes de l'histoire du cinéma viennent du fantastique : La Belle et la Bête, de Cocteau, Nosferatu, de Murnau, ou Le Masque du Démon, de Mario Bava sont inoubliables. Mais le fantastique est une création qui est plus facilement reconnue dans le domaine de la peinture. Quand on passe au cinéma, il est difficile d'accepter que le fantastique puisse donner naissance à un film de qualité. » Avec Le labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro réussit une oeuvre dense et inoubliable.