LE NOUVEAU FREON DE REFRIGERATION NOCIF A LA SANTE L'OZONE:UNE COUCHE PROTECTRICE A PROTEGER

Une étude belgo-américaine le confirme : neuf travailleurs ont souffert de l'hépatite suite à l'inhalation du HCFC

Le nouveau fréon de réfrigération nocif à la santé

Comment remplacer à présent les chlorofluorocarbones, alias les CFC, ces gaz propulseurs dont les effets nocifs sur la couche d'ozone ne sont plus à démontrer ?

C'est la question que l'on se pose aujourd'hui alors que les substituts de ces gaz, les HCFC (comprenez les hydrofluorocarbones), viennent d'être mis au banc des accusés des agents nocifs affectant directement la santé de l'être humain par une équipe de chercheurs belges et américains.

Les résultats de l'étude réalisée à la suite d'une intoxication de travailleurs d'une entreprise métallochimique de Beerse (dans la province du Limbourg) ont été publiés dans la très scientifique revue « The Lancet» de cette semaine.

Leur conclusion est claire : le HCFC, le remplaçant du CFC et appelé fréon 123 et fréon 124 cause, s'il est inhalé à plusieurs reprises, des hépatites chez les sujets qui y sont exposés. Ces conclusions sont inquiétantes car, selon les chercheurs, depuis 1996, toutes les installations industrielles de réfrigération, de propulsion, ainsi que les équipements de conditionnement d'air, etc., utilisent au fur et à mesure de l'usure de leurs installations, le HCFC.

Pas d'alarme cependant : l'intoxication à l'origine de l'étude a eu lieu par un appareil qui présentait une fuite. Inutile dès lors de stopper le fonctionnement de votre conditionnement d'air ou de débrancher votre frigo (surtout par cette chaleur) : s'ils sont en bon état, ils ne présentent aucun danger pour votre santé.

LES SIGNES D'UNE ÉPIDÉMIE

DÉCELÉS AU LIMBOURG

A l'origine de la recherche, la perplexité et la finesse du médecin du travail de l'entreprise de Beerse (Limbourg).

En mars 1996, un des travailleurs, un homme alors âgé de 49 ans, présente tous les symptômes d'une hépatite. Une biopsie du foie confirme la thése hépatique. Mais le médecin du travail endossa sa casquette d'enquêteur quand, quelques mois après, en juillet, un autre travailleur de l'entreprise présenta les mêmes symptômes. Un second cas, puis un troisième, et ainsi de suite jusqu'à neuf travailleurs atteints de la même maladie qui, du coup, ressemblait à une épidémie.D'autant que ces hommes travaillaient tous au même poste, dans la même cabine de direction d'une grue.

Le médecin du travail contacta alors l'équipe de chercheurs en toxicologie industrielle et de médecine du travail de l'UCL, menée par les professeurs Dominique Lison et Perrine Hoet, tandis que la cabine de la grue fut inspectée. L'inspection révéla qu'une fuite dans les conduites de conditionnement d'air laissait échapper le gaz de réfrigération, celui qui remplaçait l'ancien CFC, le fameux HCFC.

- Nous savions que les fréons 123 et 124 de ce HCFC sont comparables, sur le plan de la composition de la molécule, à l'halothane, un anesthésiant qui, après plusieurs utilisations, peut entraîner une hépatite, explique le Pr Lison.

Restait à prouver que le mécanisme d'intoxication qui avait touché les neuf travailleurs de Beerse pouvait être le même que celui qui affectait les anesthésiés à l'halothane. C'est une équipe de chercheurs de Washing-ton aidée de scientifiques de Seattle et de Baltimore spécialisés dans l'anesthésie qui fit le lien.

La recherche belgo-américaine confirme la toxicité des fréons 123 et 124, qui étaient déjà utilisés sur des animaux dans le cadre de la recherche sur l'hépatite. Une toxicité déjà prouvée qui inquiète donc les chercheurs belges.

- Lorsque le protocole de Montréal remplaçant le CFC par le HCFC fut signé, explique Dominique Lison, il y avait des signes que ce produit était nocif, mais cela n'a pas été vérifié. On n'est jamais à l'abri d'un accident : ces fréons sont dangereux.

Et les scientifiques de souligner que d'autres substituts existent : le fréon 134 en est un, selon eux, qui cumule innocuité pour la couche d'ozone et pour la santé de l'homme.

RAPHAËLLE KERSTENNE

L'ozone : une couche protectrice à protéger

Attention, couche d'ozone en danger... La prise en compte de cet avertissement clamé par les scientifiques fut entendu en 1987, quand la communauté internationale réunie par l'ONU se mobilisa pour la diminution de la production des agents nocifs au bouclier de la Terre contre les ultraviolets. Ils signaient ainsi le protocole de Montréal visant à protéger la couche d'ozone, un gaz situé dans la stratosphère, à plus de 15 kilomètres d'altitude; ses cousins troposphériques et au niveau du sol sont par contre assimilés à la pollution de l'atmosphère de la planète.

L'enjeu de l'engagement international était de taille : la couche d'ozone en se fissurant laisse filtrer les rayons nocifs du soleil, responsables des cancers de la peau et de l'affaiblissement du système immunitaire. Une augmentation de 1 % des UV sur le globe terrestre double le risque de cancers de la peau.

L'affaiblissement de cette couche d'ozone est particulièrement visible au printemps austral de l'Antarctique qui correspond à notre automne alors que les mouvements atmosphériques propres à cette région du globe laissent apparaître un trou béant au-dessus du pôle Sud. En octobre dernier, ce vide avait une superficie deux fois équivalente à celle de l'Europe, soit 20 millions de km2. Ailleurs qu'au sud, le phénomène, moins visible, est pourtant bien réel : la couche d'ozone s'use lentement et sûrement.

Les pays signataires du protocole de Montréal s'engagaient donc à bannir les CFC, les chlorofluorocarbones, qui, en raison de leur teneur en chlore, grignotaient le parasol de la Terre.

Après la signature de cet engagement international, il a fallu près de dix ans avant qu'il se traduise par l'interdiction de la production des CFC. Le remplacement de son remplaçant, le HCFC, pour des raisons de santé publique, risque de prendre autant de temps.

R. K.