LE TOURNAGE DU "DOBERMANN" A DU CHIEN...,... ET VINCENT CASSEL EN FAIT UN OO7/ROBIN DES BOIS/ARSENE LUPIN TRES HARD <

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Journaliste au service Culture Temps de lecture: 7 min

Le tournage

du «Dobermann» a du chien...

... Et Vincent Cassel en fait un 007/Robin

des Bois/Arsène Lupin très hard

Dobermann, personnage récurrent de plusieurs romans de Joel Houssin, est un mélange entre James Bond, Robin des Bois et Arsène Lupin version «saloperie». C'est Robin des Bois qui ne donne pas aux pauvres, James Bond nickel - bien coiffé mais qui tue sans être au service de la reine d'Angleterre et Arsène Lupin qui aurait mangé des champignons hallucinogènes, sorte de Georges Descrières super-défoncé.

Cheveux longs et veste de cuir noir, Vincent Cassel nous donne sa définition du rôle titre qu'il tient dans le premier long métrage de Jan Kounen, un petit génie du court « destroy» («Vibroboy»). Yann Lepentrec, alias le Dobermann, est un braqueur de banque, un voyou anarchiste dans la tradition d'un Bonnot, poursuivi par le commissaire Sauveur Christini (Tchéky Karyo), roi de la bavure, ordure des ordures. Le Dob n'a ni lois ni maîtres. Son moteur est l'adrénaline, à très fortes doses. Son étoile, c'est Nat la Gitane, et sa signature, la vitesse, l'efficacité et le culot. Cela sent le soufre et l'acide bédéphilisés. Tout est conçu pour s'éclater.

« PUTAIN, C'EST BEAU...

C'EST NOËL...»

Dans une villa isolée au milieu de treize hectares de prés et de bois, à une soixantaine de kilomètres de Paris, l'équipe de «Dobermann» s'active. C'est dans un bungalow chic, dont les lignes architecturales stylisées tranchent avec la douceur vallonnée du paysage, que Yann Lepentrec alias Dobermann (Vincent Cassel), ses potes Moustique (Antoine Basler), l'Abbé (Dominique Bettenfeld), Pitbull (Chick Ortega) et son étoile Nat la Gitane (Monica Bellucci) se sont réfugiés.

Dans le vide du salon baigné de lumière, on remarque dans le fouillis d'une table l'affiche de « Tueurs-nés», quelques «pétards», deux trois lignes de coke, une bouteille de whisky, des balles de revolver. Affalés dans les fauteuils, le Dob, le regard bleu acier, et Moustique, jouant nerveusement avec son éternel magnum et prêt à dégainer au premier regard tordu, se font face. Le Dob lui explique la petite merveille qu'il vient de se faire livrer : un FM à guidage laser avec de vrais p'tits missiles Maverik. Nat, sensuelle et sauvage, sort la terrifiante arme d'un sac de golf qui a vécu. Moustique, complètement rêveur, murmure : Putain ! c'est beau... C'est Noël...

Jan Kounen, cool dans son large short noir et son tee-shirt que le dessin d'un magnum argenté géant dévore, suit attentivement la scène, un oeil sur le prompteur. Ses indications sont précises, directes, rapides. Les répétitions d'un mois et demi sont efficaces. Le jeune réalisateur ne perd pas de temps, enchaîne les scènes, encourage les acteurs, favorise la concentration de chacun par son calme. Pourtant, depuis le matin, Vincent Cassel galère. L'entrée de journalistes dans la pièce de tournage le perturbe encore plus. Mais Cassel est un gentleman. Plutôt que de faire sortir tout le monde, il prend sur lui, s'injurie avant de boucler, en pro, la séquence.

Pendant le déjeuner, détendu et rieur, il nous confiera :

La première fois que j'ai lu le scénario de «Dobermann», j'ai eu un peu peur. Peur que le film ne soit cru, gênant, malsain. Mais, quand j'ai rencontré Jan Kounen, quand j'ai vu son travail, j'ai eu confiance. Avec lui, les dialogues et les situations pouvaient être délirants. J'avais raison : tout devient super-ludique. Au fur et à mesure du tournage, le film prend de plus en plus l'aspect BD. Cela se sent dans la manière dont Jan tourne, dans notre façon d'être maquillés, habillés, dans l'humour qui se dégage du film, dans les décors.

Face à un tel rôle, il n'y a pas lieu de chercher la psychologie du personnage. J'essaye de me marrer, de faire les choses avec le plus d'évidence possible, de passer du bon temps. Les comédiens jouent premier degré et Jan s'occupe de tous les degrés au-dessous.

Je ne sais pas comment le personnage de Dobermann va agir sur moi. Je ne sais ces choses qu'une fois le film terminé. J'ai eu du mal à me détacher de Vinz de «La Haine». Quand on a une attitude physique différente au cinéma que dans la vie (épaules, expression du visage, démarche), cela ressort instinctivement. C'est en ça qu'un personnage peut s'accrocher. Mais, après «La Haine», je n'ai pas eu de cauchemar où je courais nu après les flics...

«Dobermann» est moins sérieux que «La Haine». Dans le film de Mathieu Kassovitz, je jouais un personnage dont l'univers ne m'appartenait pas et j'avais très peur de trahir ou de falsifier sa réalité qui était mon mètre-étalon. Dans « Dobermann», on est en pleine BD, donc je n'ai pas de repères imposés. Jouer ce personnage est un rêve d'enfant. On touche vraiment à la notion de jeu pur. On est proche de l'idée qu'on a du cinéma quand on est môme. Le plaisir est très physique. Je m'éclate évidemment plus en incarnant cet ennemi public no 1 qu'en étant architecte dans «Adultère, mode d'emploi», de Christine Pascal. Mais le cinéma peut être aussi jouissif quand le rôle s'engage dans des choses plus subtiles car cela devient fascinant.

Monica Bellucci, la star italienne encore méconnue en France, écoute son partenaire qu'elle connaît bien puisque Vincent et Monica tournent leur quatrième film ensemble. L'acteur français, qui enchaîne film sur film depuis la sortie de «La Haine», étonne par la diversité de ses prestations. Pour lui, c'est une question de survie.

« ETRE JUSTE UN ACTEUR

EST TROP DÉPRIMANT»

Un acteur doit être attentif à ne pas se faire enfermer dans un genre. Tout va tellement vite dans ce métier. Après «La Haine», j'aurais pu enchaîner des Vinz à longueur de films, mais les gens ont vite vu que Vinz n'était pas moi. J'ai eu du pot de commencer par «La Haine» et que, dans la foulée, sorte «Adultère mode d'emploi», de Christine Pascal, que j'avais tourné avant. Il est important d'avoir l'opportunité de faire des choses différentes. Cela ne vient pas tout seul. Il faut oser, provoquer, initier. Quand on reçoit un scénario, il y a deux manières de l'aborder : soit vous faites le truc le plus proche de vous, soit vous avez de l'audace.

Etre acteur, cela signifie, même si tout va très bien, être dépendant des propositions des autres. Moi, je veux me donner les moyens de jouer ce que j'ai envie. Je veux susciter des choses, faire se rencontrer des gens. C'est pour cela que j'ai produit un court métrage et une pièce de théâtre. Je ne veux pas rester juste un acteur, c'est trop déprimant !

Je viens de vivre une boulimie de travail. J'avais besoin de me retrouver sur un plateau pour apprendre. C'est en actant qu'on devient acteur, non ? ! Enchaîner les films m'évite aussi la promotion. Je ne trouve pas normal que les acteurs soient obligés de parler devant une caméra pour vanter leur film. La plupart du temps, ils ne parlent d'ailleurs pas du film mais font leur numéro.

Après avoir rêvé, comme beaucoup de petits garçons, de devenir vétérinaire, Vincent, fils de l'acteur Jean-Pierre Cassel, pense rapidement au métier de comédien. Il raconte :

Comme j'étais obligé de terminer mes études, le seul truc que j'avais trouvé était un sport-étude. Je suis entré à l'école du cirque Fratellini. Le premier spectacle auquel j'ai participé s'est donné à Bruxelles, au Plan K. Il s'agit de danse et d'acrobatie. Comme j'étais acrobate, je me suis retrouvé sur une scène de théâtre à jouer le coq et l'épervier dans «Les Oiseaux», d'Aristophane, chez Jean-Louis Barrault. Je ne croyais pas que l'école du cirque me servirait pour mon métier de comédien. Mais quand je suis arrivé dans les cours de théâtre, je me suis rendu compte que je savais parfaitement bouger, occuper l'espace et je trouvais leur cours d'expression physique très étrange ! Adolescent, je voulais toucher à plusieurs disciplines pour être performant comme les acteurs anglais. Je passais mon temps à suivre des cours. J'ai appris les claquettes. La danse exige qu'on lui consacre beaucoup de temps. Je m'en suis éloigné, mais j'espère y revenir par le biais du cinéma. Je suis sûr qu'un jour cet apprentissage me servira.

Vincent Cassel rejoint les autres acteurs du film, sa longue silhouette noire se découpe dans le soleil. S'installant à l'ombre pour être raccord avec les précédentes prises de vues, le groupe s'amuse. Cassel caresse le terrifiant FM. Antoine Basler joue avec son revolver pendant que Monica Bellucci lit sagement quelques pages du scénario. Dans cinq minutes, elle devra manier l'arme, lancer une roquette, courir vers une superbe Lamborghini rouge qui attend cette bande d'allumés devant l'entrée de la villa. Juste pour le plaisir.

FABIENNE BRADFER

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