Les inventeurs bruxellois crient «Eurêka!» Le courant magique de M. Deiana La pince à moules qui laisse les doigts nets Mode d'emploi du 47 e Salon

Les inventeurs bruxellois crient «Eurêka!» Le 47e Salon mondial des inventeurs ouvrira ses portes jeudi, place Rogier. Les «régionaux» ne manquent pas d'idées.

André Colens est l'inventeur de la tortue solaire, cette tondeuse verte plate et ronde qui se débrouille toute seule sur un gazon. Ucclois d'origine et ingénieur en électronique spécialisé en semi-conducteurs, André Colens (51 ans) habite - Rixensart et travaille à Genval.C'est là, dans un coin des anciennes papeteries qu'il invente. Dans son atelier, quelques tortues en plastique traînent sur le sol, d'autres attendent l'entretien.

J'en ai fabriqué pendant deux ans, jusqu'en 1995. L'entretien se fait ici. Dans le fond deux mégatortues. Ce sont des prototypes pour grandes pelouses.

Après les tondeuses, André Colens a décidé de s'attaquer à un nouveau marché: l'aspirateur. Son nouveau joujou: la «Robo-mouse». Si la tondeuse tortue est disponible dans le commerce, la souris aspirante n'en est encore qu'au stade de cobaye.

Je ne sais pas m'attaquer seul à la commercialisation au niveau mondial: je recherche un partenaire.

L'expérience de sa tondeuse solaire le prouve, c'est faisable. Deux ans après avoir mis au point le prototype dans un appartement de Schaerbeek, André Colens a cédé, en 1992, sa licence à la société Husqvarna du groupe suédois Electrolux. Cette tondeuse solaire intelligente et autonome est commercialisée et produite à grande échelle. Son prix de vente: 80.000 F. Mais un modèle moins cher sera bientôt lancé sur le marché.

UN PEU D'ARGENT, PLEIN D'IDÉES

J'ai travaillé pendant 18 ans pour RCA, puis General Electric, comme responsable de la division européenne qui fabriquait des circuits électroniques sur mesure. En 90, la division a été vendue à la société Harris. Peu de temps après, Harris a arrêté ces activités. Je me suis retrouvé avec un peu d'argent et plein d'idées. J'avais cette idée de tondeuse solaire en tête...

Aussitôt dit aussitôt fait, André Colens crée sa propre société: Solar & Robotics(1). Un de ses collègues le rejoint. En 1992, le prototype de la tortue solaire débarque au salon des inventeurs. On connaît la suite...

Au salon 98, André Colens présentera un prototype de son aspirateur robot. Ce petit engin (20 cm de diamètre, 8 cm de hauteur) ne fonctionne pas à l'énergie solaire mais sur batteries rechargeables. La «Robo-mouse» se déplace toute seule dans un rayon de 25 mètres et se recharge sur une station de base. Cette station sert également à vider le ventre de l'aspirateur. Sa puissance n'est que de quelques watts, mais il est intelligent et passe et repasse sur la poussière jusqu'à ce qu'elle ait complètement disparu. Le robot prend tout son temps, sa capacité de travail est d'environ 15 m 2 par heure. J'en ai un chez moi. Quand je l'enlève pour faire des modifications, ma femme n'est pas contente.

PHILIPPE DE BOECK

(1) Tél.: 02-653.75.09.

Le courant magique de M. Deiana

Un groupe électrogène sans carburant? Il paraît que ça existe.La machine magique sera même visible au salon des inventeurs. Son concepteur, un Italien de 55 ans, préfère rester discret... Mais Paolo Deiana sera quand même présent au salon pour présenter son invention. Celle-ci a nécessité 5 ans de travaux laborieux et un investissement d'un million de francs. Plusieurs personnes m'ont dit que je devais être prudent. Parce que mon invention va à l'encontre des intérêts des grands groupes pétroliers. C'est dangereux.

Le prototype mis au point par M. Deiana fait un raffut d'enfer quand on pousse sur l'interrupteur On/Off. Les voisins ne doivent pas beaucoup apprécier. Cette machine infernale, qui fait trembler tout l'appartement, est constituée de deux alternateurs, deux moteurs électriques et un moteur magnétique. Au total, une centaine de kilos. Jusque-là, rien de bien révolutionnaire. Au milieu de tout cela, un étrange mécanisme constitué de quatre disques magnétiques et de roues dentées. C'est là que réside le mystère. Explications de l'inventeur.

Pour développer 500 watts, il faut normalement 500 watts de puissance. Avec cette machine, on peut produire 5.000 watts avec 500 watts. Pour lancer la machine, il faut toujours de l'énergie. Celle-ci peut être électrique ou manuelle. Grâce à la force développée par mon mécanisme, on multiplie la puissance de départ. Les deux alternateurs produisent 5.000 watts avec 500 watts de départ.

Tout cela a l'air bien beau en effet. Le secret? Plus on prend de l'énergie, plus la résistance est grande. Il faut donc d'autant plus de force mécanique. Cette force supplémentaire mécanique est produite par les quatre aimants grâce à une inversion de polarité. Cette énergie gagnée est ensuite transformée en courant grâce aux alternateurs. C'est comme cela qu'on augmente la puissance. Soit.

M. Deiana est ingénieur. Originaire de Sardaigne, il a fait ses études à Milan. C'est dans cette grande ville du nord de l'Italie qu'il a travaillé dans une entreprise de constructions métalliques. Sa famille vit toujours en Italie et l'aide financièrementdans ses recherches.

Plusieurs firmes sont intéressées par mon invention, surtout des sociétés étrangères.

Des noms? Non! On verra au Salon...

La pince à moules qui laisse les doigts nets

Cela ressemble à une moule, mais ce n'est pas une moule. Enfin pas une en coquille et en chair. La moule de Pierre Tuncki est une copie en plastique. Une fausse moule très utile, en fait.

La première réaction des gens, c'est d'en rire. Mais après coup, ils me disent: «C'est vrai, fallait y penser».

Pierre Tuncki est restaurateur à Woluwe-Saint-Lambert depuis de longues années. Avant sa «Vallée», il était patron-gérant du Pré aux sources, un restaurant bien connu de Woluwe. Verviétois d'origine, Pierre Tuncki a débarqué à Bruxelles il y a une trentaine d'années.

J'ai suivi ma famille. Mon père travaillait à la RTT, la Régie des téléphones devenue Belgacom .

A 42 ans et restaurateur dans l'âme, Pierre Tuncki en est à sa première invention.

On y a pensé un jour, comme ça, en discutant avec un ami qui est un inventeur: François Stroobants. C'est lui qui a inventé la serviette adhésive il y a trois ans. A deux, nous avons déposé un brevet mondial pour notre pince à moules.

L'avantage de cette pince, c'est qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau à une vraie moule. Mais elle a des qualités que n'a pas la moule naturelle.

Elle ne brûle pas les doigts et elle n'est pas grasse. On peut même y mettre de la pub.

Cette pince en plastique n'existe pas encorevraiment; question de moule, une fois de plus.

Le moule de la moule coûte 200.000 F. C'est beaucoup d'argent. On tâte d'abord le terrain en participant à des salons. On en parle aussi autour de nous. Nous avons des contacts avec des fabricants, là n'est pas le problème. Et la matière première sera du plastique pour l'alimentation, évidemment.

Le secret de la pince, c'est l'injection plastique:

C'est le même procédé que pour les boîtiers et boîtes en plastique. La charnière sert de ressort. C'est très résistant. Mon grossiste m'a déjà passé commande, il est très enthousiaste.

Mais les premiers exemplaires ne seront pasprésentés en première mondiale au salon des inventeurs. Trop tôt apparemment; il est vrai que l'invention date de cette année.

Nous avons des prototypes pour le salon , dit Pierre Tuncki en sortant deux moules de sa poche. Les premières vraies pinces à moule devraient apparaître l'année prochaine. Nous devons en tout cas être prêts pour le début de la saison prochaine, c'est-à-dire en juillet 99.

Pierre Tuncki compte vendre son gadget 3 F pièce via sa SPRL.

On pourra aussi y mettre de la publicité, c'est important. Et on peut en faire de toutes les couleurs. Ça promet!

Mode d'emploi du 47e Salon

Le 47 e Salon mondial de l'innovation, de la recherche et des nouvelles technologies, en résumé le salon des inventeurs, se tient du jeudi 5 au vendredi 12 novembre (1) à Bruxelles. Il est organisé par la chambre belge des inventeurs.

On peut compter sur 750 exposants et 1.200 inventions dévoilées. Des inventeurs d'une quarantaine de pays sont attendus cette année, dont un grand nombre en provenance des pays de l'Est et d'Asie. L'année passée, plus de 25.000 curieux se sont pressés sur les 7.OOO m2 du salon. Prix: 250 F, mais des réductions sont accordées aux étudiants, pensionnés et groupes de 10 personnes.

Brussels Eureka est ouvert tous les jours de 10 à 18 heures sauf le week-end où il ferme ses portes à 19 heures. La journée bruxelloise aura lieu le 9 novembre.

(1) Brussels Eureka, Espace les Pyramides, place Rogier à 1210 Bruxelles. Infos: 02-772.15.01. Sur Internet: http://www.brussels.eureka.be.