LES KHMERS ROUGES ONT ABATTU LEURS OTAGES

Les Khmers rouges ont abattu leurs otages

Quatre Occidentaux libérés en Inde. Trois autres ont eu moins de chance au Cambodge...

Le co-Premier ministre cambodgien, Hun Sen, a confirmé, hier, la mort de trois otages occidentaux enlevés par la guérilla il y a trois mois: l'Australien David Wilson, 29 ans, le Britannique Mark Slater, 28 ans, et le Français Jean-Michel Braquet, 27 ans, ont été tués par les Khmers rouges.

Le co-Premier ministre prenait la parole après la découverte de tombes dans la province de Kampot (Sud) où les otages avaient été détenus à la suite de leur enlèvement le 26 juillet dans l'attaque du train Phnom Penh-Sihanoukville à bord duquel ils voyageaient. Cela signifie qu'ils (les Khmers rouges) assassinent non seulement les Cambodgiens mais qu'ils tuent désormais les étrangers, a poursuivi Hun Sen en présentant ses condoléances, au nom du gouvernement royal, aux parents des trois disparus.

Hun Sen a lancé un appel à la communauté internationale pour qu'elle ne soutienne plus les Khmers rouges et a fait le procès de la presse «également coupable» d'avoir rapporté trop d'informations. C'est pourquoi les Khmers rouges ont tué les otages, a-t-il soutenu. Maintenant informez le monde de leur mort, a-t-il lancé aux journalistes présents. Je ne veux plus que des étrangers soient tués ainsi. Au début de l'année deux Britanniques et un mannequin australien avaient déjà été assassinés par les Khmers rouges qui les avaient capturés sur la route Phnom Penh-Sihanoukville le 11 avril.

CONTRADICTIONS

Des indications sur la mort de trois otages avaient commencé à circuler la semaine dernière après la prise par l'armée cambodgienne de positions khmères rouges où ils avaient été détenus, dans la zone de Phnom Vour, mais sans y découvrir les captifs.

Depuis, leur sort avait fait l'objet d'informations contradictoires, allant de leur exécution par leurs ravisseurs à leur mort dans un bombardement gouvernemental ou à leur transfèrement dans une autre région. Ces flottements se sont poursuivis jusqu'au dernier moment, le ministre cambodgien de l'Information, Ieng Mouly, revenant, hier, sur une déclaration faite peu de temps auparavant, affirmant que le gouvernement disposait d'«indices très probants» localisant la tombe de trois Occidentaux.

Hier, des représentants des ambassades d'Australie, de Grande-Bretagne et de France ont assisté à l'exhumation des corps. A Paris, le ministère des Affaires étrangères a condamné «l'assassinat» des trois Occidentaux. A Londres, le Foreign Office a dénoncé cet «outrage». A Pékin, le Roi Norodom Sihanouk s'est dit très triste et humilié de n'avoir pas réussi à sauver les trois otages.

CRÉDIBILITÉ RUINÉE

Au début de l'affaire, les guérilleros avaient demandé une rançon de 150.000 dollars en or, avant de poser, sous l'impulsion de leurs dirigeants, des conditions politiques: relégalisation de la guérilla et arrêt des livraisons d'armes au gouvernement cambodgien par les pays occidentaux.

Si le meurtre des otages relevait d'un calcul politique, il devrait surtout avoir pour effet de ruiner ce qui peut rester de la crédibilité des Khmers rouges, déclarait récemment un diplomate australien. Après l'intervention armée vietnamienne de 1978-1979, les Khmers rouges ont été remis en selle, avec les sihanoukistes et les anciens républicains, par une coalition conduite par la Chine, les Etats-Unis et les pays de l'Asean, jusqu'aux accords de Paris de 1991, signés, mais non respectés, par ce mouvement.

Totalement isolé depuis les distances prises cette année par la Thaïlande à son égard, le mouvement de Pol Pot est actif militairement - il a infligé deux défaites cuisantes cette année aux troupes gouvernementales - et attend du roi Norodom Sihanouk d'être inclu dans une solution politique dite de «réconciliation nationale».

Les spécialistes du mouvement relèvent que presque chaque fois que sa direction s'est trouvée devant un choix crucial, les positions les plus ultra du mouvement khmer rouge l'ont emporté sur d'éventuels «modérés». Solidement retranchés tout le long de la frontière thaïlandaise, les Khmers rouges tiennent environ 20 % du pays et comptent une dizaine de milliers de combattants aguerris et disciplinés, sous le contrôle desquels vivent moins d'un demi-million de civils. Ils ont des stocks de munitions estimés à au moins deux ans et ont constitué récemment leur propre «gouvernement». (AFP et AP.)