LES NEUVIEMES VICTOIRES DE LA MUSIQUE CONSACRENT L'ILLOGISME: DES TROPHEES PAS TRES CLERC

Les neuvièmes Victoires de la musique consacrent l'illogisme

Des trophées pas très Clerc

Maurane et les Innocents l'emportent en deuxième sess'. Souchon, Mitchell et Barbara forment le trio de tête.

Il n'a pas fallu attendre le palmarès des neuvièmes Victoires de la musique, dont la cérémonie annuelle s'est tenue mardi soir au Palais des Congrès de Paris, devant les caméras de France 2, pour se rendre compte de l'ineptie de nombreuses nominations réglées à l'encontre du bon sens. Déjà que certaines catégories en comportaient trois et d'autres quatre... Dès samedi, Murielle Robin, au journal télévisé de TF 1, relevait l'inconséquence de mettre la grande Barbara en compétition avec Foly, Paradis et Kaas, alors que la dame en noir méritait bien un hommage à part entière. Artiste interprète féminin de l'année, Barbara? Pour son seul retour sur scène? Il s'agissait donc du spectacle de l'année, rubrique où elle ne figurait pas mais bien Johnny Hallyday qui l'emporte, en costard, pour sa prestation au parc des Princes.

Mais on ne s'étonne plus de rien. Alain Souchon est sacré artiste-interprète masculin de l'année, non pas pour avoir livré le meilleur album, «C'est déjà ça», privé de la victoire par le «Rio Grande» d'Eddy Mitchell, mais bien la chanson de l'année, «Foule sentimentale». Une victoire méritée qui fait l'unanimité. Par contre, comment ignorer depuis neuf ans le seul Alain Chamfort qui fut bien bon d'accepter de monter sur scène en lieu et place de Jean-Baptiste Mondino pour le clip de «L'Ennemi dans la glace» qu'on n'a même pas passé en entier, avant de chanter, avec Souchon et Salif Keita, Léo Ferré à qui un très bel hommage fut rendu. «Neuf» est un des plus beaux disques de l'année et ne même pas l'inclure dans les nommés relève d'un véritable scandale.

Julien Clerc pourra toujours aller boire un pot avec lui après être reparti bredouille. Il ne rafla aucune des quatre Victoires pour lesquelles il était nommé. Heureusement que l'hommage rendu à Etienne Roda-Gil justifia sa présence ce soir-là. Mais nos hommes pourront toujours compter sur le repêchage. Ça marche deux fois sur trois. Ainsi les Innocents concourraient pour le même album que l'an dernier (un «Fous à lier» dont ils ont fini par vendre 450.000 exemplaires), ainsi que Maurane, mais celle-ci a dû sauter la frontière entre les Français et les francophones pour enfin l'emporter avec «Ami ou ennemi». Pascal Obispo n'a pas eu cette chance, ce sera donc pour l'année prochaine avec un nouvel album pour bien faire. C'est Thomas Fersen qui l'emporta dans la catégorie Révélation masculine de l'année. Un très bon choix pour ce jeune chanteur qu'avait déjà honoré le photographe Robert Doisneau en lui tirant le portrait pour la pochette de son excellent album «Le Bal des oiseaux» (le MAD publia l'interview de Fersen le 26 mai dernier). Nina Morato est la Révélation féminine de l'année. Cela aurait été plus utile à Juliette pour se faire connaître (on oublie Hélène sifflée quoiqu'absente) mais Nina, un croisement entre Mylène Farmer, Jeanne Mas et Pauline Ester, a de fait livré un charmant mignon petit album très personnel, «Je suis la mieux». Le groupe Native l'emporte facilement devant les Charts et Regg'Lyss qui ne faisaient guère le poids. Native est un produit sexy et passe-partout, de belles voix, de jolis minois, tout ce qu'il faut pour les fans de Trio Esperanza.

LES SIFFLETS D'HÉLÈNE,

JORDY ET DOROTHÉE

Hélène et Dorothée ne furent pas les seules à se faire siffler. Jordy, de son salon et muet comme d'habitude, n'a guère été épargné même s'il recevait la Victoire (sans vote) de l'album le plus exporté (1.620.000 pochettes surprises). Les problèmes moraux qu'engendre sa carrière gênent de plus en plus de monde.

Finalement, on n'a guère ri durant cette soirée présentée par Nagui et Christian Morin qui n'ont pas paru s'adorer. Heureusement que Patrick Timsit fut là avec son humour grinçant. Défenestrés de l'Académie des Molière, les «comiques» ont encore les Victoires. Bientôt, il n'y aura plus que l'abbé Pierre pour nous accueillir, raille celui qui a bien mérité ce trophée. Tout comme Dominique Blanc-Francard, récompensé deux fois (ingénieur du son et arrangeur), tout comme l'Olympia (producteur de spectacle de l'année), tout comme la nouvelle version, quinze ans après sa création, de «Starmania» par Lewis Furey (spectacle musical de l'année qui a déjà attiré au Théâtre Mogador deux cent mille personnes), le temps à Luc Plamandon de rappeler que Michel Berger n'a jamais eu de Victoire. Et toc.

Renaud - visiblement ému - a glané la Victoire de l'album des musiques traditionnelles pour son album en chtimi que personne n'habitant pas dans le Nord-Pas-de-Calais n'a écouté jusqu'au bout, alors que Geoffrey Oryema et Cesaria Evora ont été purement et simplement oubliés dans ces nominations. Le classique s'étant fait virer, le jazz se retrouve bien isolé avec une seule et malheureuse catégorie, l'album de l'année qui revient une fois de plus à Michel Petrucciani pour «Promenade With Duke».

Sabine Azéma, récitante d'Aladdin dans la section Enfants, William Sheller pour la musique du film «L'Écrivain public», Jean-Michel Jarre pour le plus grand nombre (633.000) de spectateurs en Europe et Michel Sardou pour le record de spectateurs (720.000) dans l'Hexagone, sont les autres victorieux d'une industrie gérant bien l'affaire. Comme l'a dit Souchon, au journal parlé, avant la cérémonie: Ceci n'est pas une mesure de talent mais de popularité. C'est juste un jeu...

Mais au fait, où était passé le président de la soirée, Jacques Dutronc? Mystère...

THIERRY COLJON