LES PARENTS DE CORINNE ET MARC ONT DEPOSE 259.445 SIGNATURES AU PARLEMENT UNE PETITION POUR REVOIR LE SYSTEME CARCERAL

Les parents de Corinne et Marc ont déposé 259.445 signatures au Parlement

Une pétition pour revoir le système carcéral

Après la folle cavale et sa fin tragique, faut-il sacrifier les chances de réinsertion sur l'autel de dramatiques exceptions?

C'était au mois de juillet dernier, dans la région liégeoise. Un fait divers dramatique défrayait la chronique. Deux détenus toxicomanes, l'un en congé pénitentiaire, l'autre en liberté conditionnelle, entamaient une folle cavale meurtrière. L'équipée sauvage de Thierry Bourgard et Thierry Muselle allait se solder par un sanglant «palmarès»: trois meurtres et un viol, sans compter les braquages...

Parmi les victimes des deux Thierry, un jeune couple de Plombières: Corinne Malmendier (17 ans) et Marc Kistemann (21 ans). Leurs parents, écoeurés, avaient voulu interpeller l'opinion publique. Cinq mois après les faits, ils y sont parvenus: 259.445 signatures ont été apposées au bas d'une pétition remise hier matin au Parlement. Une procédure exceptionnelle puisque l'article 43 de la Constitution autorise le dépôt de pétitions mais interdit en principe que des particuliers se déplacent pour les déposer personnellement au Parlement.

CERTAINS SONT DÉJÀ INSPIRÉS

Le texte est rédigé en trois langues: Notre législation actuelle fait des paris avec nos vies. Toutes les victimes comme Marc, Corinne et les autres en ont fait les frais! Ça suffit! Nous faisons cette pétition pour faire modifier les dispositions législatives qui permettent la mise en liberté de condamnés dangereux qui font souvent de nouvelles victimes. C'est tous ensemble que nous changerons cela.

Revoir le système carcéral? L'idée avait déjà germé dans l'esprit de certains politiciens inspirés par ce tragique fait divers. Les libéraux Philippe Monfils et Antoine Dusquesne s'étaient ainsi dépêchés, avant les congés parlementaires, de dépoussiérer une vieille proposition de loi visant à renforcer la répression des crimes «particulièrement odieux». D'autres, à qui les parents des victimes avaient écrit personnellement, leur ont promis de «faire quelque chose».

En sera-t-il bientôt fini de la liberté conditionnelle et du congé pénitentiaire? Si la douleur des parents est comprise par tous, faut-il pour autant sacrifier les chances de réinsertion sociale des détenus sur l'autel de tragiques exceptions?

NE PAS REVENIR EN ARRIÈRE

Des accidents se sont malheureusement produits, réagit Jean-Baptise De Connick, ancien président de la Fondation pour l'assistance morale aux détenus et actuel responsable du service bruxellois d'aide sociale aux justiciables. Mais faut-il pour autant revenir en arrière? Les congés pénitentiaires sont la seule possibilité pour les détenus de revoir leurs proches et de tenter de chercher du travail. Le ministre de la Justice a rappelé hier au Sénat que le nombre d'échecs était limité. Quelque 82% des libérations conditionnelles aboutissent à des résultats favorables, a expliqué Melchior Wathelet. Quant aux congés pénitentiaires, sur 3500 en 1991, seuls 10% se sont terminés par des infractions.

Mais bien sûr, il y a l'affaire de Plombières...

Pour éviter des erreurs aussi dramatiques, plusieurs verrous agissent en principe. La mise en liberté du détenu est successivement examinée par une conférence du personnel (direction de la prison, assistants sociaux, psychiatres, psychologues, aumôniers ou conseillers laïques), par les autorités judicaires, par une commission administrative (membres nommés par le ministère de la justice) et par l'administration pénitentiaire.

Ce système est-il le plus efficace? Donnera-t-il de meilleurs résultats lorsque des projets annoncés récemment par le cabinet de la Justice (renforcement de l'encadrement psycho-médico-social et augmentation des contrôles drogues notamment) auront vu le jour? La pétition va vraisemblablement faire resurgir le débat sur l'installation d'un juge d'application des peines qui laisserait le soin aux magistrats et non à l'administration de décider en dernier ressort des mises en liberté. Le texte des parents de Corinne et Marc, dont le dépôt a été annoncé dès hier en séance plénière de la Chambre, devrait probablement être examiné la semaine prochaine par la Commission des pétitions.

JOËLLE MESKENS