LES REFUGIES, ENTASSES DANS LE STADE DE FOOTBALL DE BARI, ENTRE COLERE ET DESESPOIR DEJA L'HEURE DU RETOUR POUR LES ALBANAIS

Les réfugiés, entassés dans le stade de football de Bari, entre colère et désespoir

Déjà l'heure du retour pour les Albanais

Avec un billet de retour simple, qui mettra fin à un voyage d'un enfer à l'autre, les douze mille fugitifs albanais ont commencé à quitter l'Italie.

Le désespoir des fugitifs albanais du troisième exode, dont l'Italie, comme tous les autres pays, ne veut pas, s'est transformé en colère au cours d'une nuit de violences et de privations sur le vieux terrain de football de Bari, que les journaux qualifient de «stade-Lager», en évoquant les stades où ont été regroupés des opposants dans certains pays sud-américains.

Quelque 7.000 réfugiés y étaient concentrés. Les autorités locales ont fait leur possible pour faire face à une situation d'urgence qui dépassait les moyens dont elles disposaient. Mais la nouvelle que l'Italie leur fermait ses portes, la fatigue d'un voyage cauchemardesque, le manque de vivres et surtout d'eau dans une ville où, même la nuit, la température peut frôler 30 oC, ont provoqué la révolte des réfugiés entassés dans les tribunes et sur le terrain.

Dès jeudi soir, la colère a explosé. Les réfugiés ont commencé à lancer tout ce qu'ils pouvaient arracher dans le stade contre les forces de l'ordre. Les grilles ont été défoncées en dépit de la résistance de la police, pendant que les hélicoptères des carabiniers tournoyaient, menaçants, au-dessus de la foule des désespérés.

De nombreuses personnes souffrant de contusions ont été hospitalisées, deux réfugiés ont été blessés par balles. L'un deux, gravement atteint au bas-ventre, a été opéré d'urgence. Quelques dizaines de policiers ont été légèrement blessés. Deux cents réfugiés auraient réussi à s'évader, selon des témoins. Après une brève accalmie à l'aube, la tension a remonté d'un cran, vendredi, dès la fin de la matinée: quelque 3.000 Albanais ont alors réussi à défoncer les portes du vieux stade. Près de 200 blessés et contusionnés au total, dont une vingtaine du côté de la police. Plusieurs centaines de réfugiés sont parvenus à prendre la fuite, s'éclipsant notamment au milieu des pavillons de la Foire internationale du Levant, qui doit ouvrir ses portes début septembre.

Près de 2.000 Albanais sont restés hors du stade, encerclés par les forces de l'ordre, qui les transféraient progressivement par autocars vers le port. D'autres incidents ont éclaté durant ces transferts, les Albanais tentant toujours désespérément de fuir pour échapper au retour forcé vers leur pays. À l'intérieur du stade, plusieurs centaines de réfugiés se sont juchés au sommet des derniers gradins pour voir ce qui se passe à l'extérieur. Certains, accrochés à des cordes fabriquées de bouts de tissus, se laissent glisser à l'extérieur du stade sur une hauteur de 30 à 40 mètres.

Dans le même temps, conformément à leur détermination, les autorités italiennes avaient d'ores et déjà commencé leurs opérations de rapatriement immédiat: le ferry «Tiepolo» a dû attendre devant les côtes albanaises avec les 1.000 réfugiés à son bord, avant de pouvoir accoster finalement au petit port de Palermo, près de Vlore - pour s'assurer que cette situation ne se reproduira pas, Rome a appelé Tirana à collaborer et a envoyé deux navires militaires italiens vers les côtes albanaises pour aider les ferries à débarquer les réfugiés. Le «Tiziano»- a appareillé hier après midi, avec à bord 650 des 3.000 fugitifs ayant passé la nuit sur les quais du port. L'«Espresso Grecia» a quant à lui embarqué près de 600 réfugiés à Brindisi, plus au sud.

Les réquisitions de navires ont toutefois provoqué de vives réactions de la part des compagnies maritimes, qui devaient transporter des vacanciers. Le gouvernement, de son côté, a annoncé que son plan de «contre-exode» devrait être réalisé dans les trois ou quatre jours, grâce à cinq bateaux qui feront la navette à travers l'Adriatique et grâce à un pont aérien de cinq avions militaires - les premiers sont partis de l'aéroport de Bari avec, chacun, 60 réfugiés et autant de policiers -, puis d'avions de la compagnie nationale avec une capacité totale de 1.000 passagers.

La semaine prochaine, sauf imprévu, il ne devrait donc plus rester en Italie que les réfugiés de la première vague, autorisés à s'installer dans la Péninsule, les quelques blessés et, très probablement, les commandants des cargos du désespoir. La capitainerie du port de Bari veut d'ailleurs demander leur inculpation pour violation de blocus naval, pour refus de respecter les ordres donnés et pour tentative de collision avec les vedettes de la police...

Face à ce drame humain, le gouvernement italien, conscient que les réfugiés quittaient le pays poussés par la faim, a envoyé à Tirana une mission chargée de proposer une aide alimentaire et médicale de 9 millions de dollars. Mais, aux dires mêmes du Haut-Commissariat de l'ONU pour les Réfugiés, l'espoir d'endiguer l'exode demeure ténu si une aide humanitaire massive n'était pas débloquée d'urgence. (D'après AFP.)