LES RIVERAINS DU TERRIL PATIENTENT Le volcan de Herstal fume toujours Le terril de la Petite Bacnure, qui s'est partiellement affaissé le 1 e r avril, reste une menace pour le quartier. Les riverains évacués attendent... Une immense chaudière gronde au coeur du terril Jusqu'à nouvel ordre, maisons et école resteront vides

LES RIVERAINS DU TERRIL PATIENTENT Le volcan de Herstal fume toujours Le terril de la Petite Bacnure, qui s'est partiellement affaissé le 1er avril, reste une menace pour le quartier. Les riverains évacués attendent...

Les vestiges de l'exploitation humaine de la nature se rappellent parfois au souvenir des générations actuelles. Ainsi, le jeudi 1er avril a réservé un poisson d'avril qui n'a fait rire personne dans le quartier de La Préalle (Herstal). Le terril de la Petite Bacnure s'est partiellement affaissé. Sans faire de victimes mais en contraignant plusieurs familles à évacuer leurs maisons menacées par la coulée de terre et les projections incandescentes.

Une semaine après le mini- séisme, le quartier tremble toujours. Sur la route remplie de nids-de-poule qui mène au golf de Bernalmont, les voitures ralentissent. Les occupants, curieux, tentent de voir la coulée de terre. Impossible. Des barrières et, surtout, la voiture de police présente dissuadent les curieux.

Fièrement, la maison qui fait face au terril ébranlé semble retenir son souffle. Le flot s'est arrêté à trois mètres de la porte! Surtout ne pas respirer trop fort! Une ligne électrique provisoire contourne la terre par l'air. Quelques arbres, la tête à l'envers, attendent la tronçonneuse.

HÉBERGÉE AU CENTRE FERMÉ!

Le bourgmestre Jean Namotte a interdit la rue à la circulation et fermé une église et une école maternelle. Une surveillance policière permanente est exercée autour des maisons évacuées. L'expérience nous apprend que les pillards n'ont aucun scrupule, expliquait Jean Namotte.

Le CPAS de Herstal, par l'entremise de son président Marcel Lhoest, a immédiatement proposé aux sinistrés (une petite vingtaine) des possibilités de logement: Nous disposons d'un chalet avec toutes les commodités. En outre, les sociétés de logements sociaux ont été sollicitées. Le bourgmestre a par ailleurs pris des contacts pour que certaines chambres du centre fermé de Vottem (NDLR: qui abritent les réfugiés illégaux) soient mises à la disposition des riverains qui le désireraient.

Une solution qui n'agrée pas tout le monde. Nous ne sommes pas des parias, protestaient M. et Mme Morhaye. Nous n'irons pas au centre fermé. Pour les enfants, une prison n'est pas à proprement parler un spectacle idéal... Un avis que ne partage pas une riveraine qui loge depuis quelques jours au centre fermé. Et elle s'en trouve fort bien, affirme Marcel Lhoest. Loin des contestations, les familles ont organisé l'accueil. Un hébergement qui risque de se prolonger vu l'instabilité de la colline artificielle.

A l'ombre du terril, le débat entre les partisans de la nature et le propriétaire privé de la Petite Bacnure s'est réactivé. Le Collectif de sauvegarde des terrils herstaliens s'est constitué en 1994. Quelques habitants s'engageaient ainsi dans la défense des terrils de la Petite Bacnure, de Belle-Vue et de Bernalmont. Emilienne Delaive, explique la démarche de son association: Le Collectif est convaincu, pour des raisons liées principalement au maintien ou au rétablissement de la qualité de notre environnement, de la nécessité de conserver ces trois terrils dans leur état «naturel».

En 1994, lors du classement relatif à la valorisation des terrils, le Collectif avait adressé à l'administration communale une pétition de 450 signatures pour solliciter la conservation des terrils. Toutefois, il est évident que la sécurité des riverains passe avant toute autre considération environnementale ou écologique. Les observations que les géologues-experts indépendants feront sur les risques devront être suivies.

Et Emilienne Delaive de regretter l'attitude du propriétaire de la Petite Bacnure: Nous sommes inquiets de voir la Société immobilière régionale reformuler sa demande d'exploitation du terril. Nous ne pouvons que nous opposer à la volonté de la SIR de valorisation immédiate et à court terme des terrils.

Les terrils sont un plus pour les populations environnantes. Mais il est aussi incontestable que la présence des terrils boisés valorise économiquement tant la zone de loisirs que constitue le golf de Bernalmont que les propriétés, y compris les projets de lotissement de la SIR, situés aux alentours.

A La Préalle, la vie continue mais chacun surveille avec angoisse le petit volcan.

CHRISTIAN DELCOURT

Une immense chaudière gronde au coeur du terril

Professeur de géologie à la Faculté des sciences appliquées de l'Université de Liège, Albéric Monjoie a examiné avec son équipe le terril de la Petite Bacnure. Il explique les raisons de la microcatastrophe de Herstal.

UNE TRÈS FORTE CHALEUR

*Après cet impressionnant affaissement, quel constat établissez-vous?

*Le terril de la Petite Bacnure brûle sur tout un côté, celui situé rue Campagne de la Banse. Sur les côtés des terres détachées, cela brûle encore. Il faut savoir que plus les terrils sont anciens, plus ils brûlent. Et il n'y a pas moyen d'éteindre... Un terril peut donc se consumer durant plusieurs années.

*Comment un tel phénomène peut-il se produire?

*Au coeur du terril, il reste du charbon. Quand le sulfure de fer entre en contact avec l'eau ou avec l'air, des réactions exothermiques (productrices de chaleur) se produisent. Cela signifie qu'un dégagement très important de chaleur se produit. Sous l'effet de la chaleur, le charbon se distille. De la vapeur se forme. Du grisou apparaît et s'enflamme... L'intérieur du terril ressemble à une sorte de grande chaudière.

*Quelle est la température dans ces foyers?

*Plusieurs centaines de degrés en moyenne, mais certains points peuvent atteindre 1.000 o C...

*Outre la pression exercée par la vapeur, d'autres signes d'activité ont-ils été identifiés?

*Par rapport à la zone qui a glissé, nos analyses mettent en évidence plusieurs fissures sur les côtés des remblais effondrés. Une des fissures mesure quatre à cinq mètres de largeur et s'étend sur environ 50 mètres pour atteindre le sommet du terril. Là, une fissure est visible sur la ligne de crête.

*Les schistes et les terres envahissent la chaussée. N'y a-t-il pas moyen de les enlever?

*Non, ce serait catastrophique! Il ne faut absolument pas toucher aux terres qui ont bougé. Les examens effectués tendent à démontrer que toute la terre n'a pas accompagné le premier mouvement. Il est probable que d'autres éboulements se produiront.

*Que va-t-il se passer maintenant?

*Nous allons poursuivre les analyses. Outre le survol du terril par l'hélicoptère de la gendarmerie pour des prises de vue en infrarouge, des prospections géophysiques seront réalisées. Du courant et des ondes sismiques seront envoyés à l'intérieur du terril. Ces différentes analyses devraient permettre de voir jusqu'où s'étend la zone de combustion.

*Le cas de la Petite Bacnure est-il exceptionnel?

*Non, il y a moins de deux ans, le terril de l'Héribus, dans la région montoise, a connu semblable affaissement. Ce phénomène survient régulièrement quand les infiltrations d'eau sont trop importantes. Mais à Herstal, des habitations entourent le terril...

*Les riverains ne peuvent donc pas regagner leurs maisons?

*Non. Le secteur le moins défavorable est celui qui surplombe l'école et l'église. Nous espérons apporter des conclusions rassurantes très bientôt en ce qui concerne ces deux endroits.

Ch. D.

Jusqu'à nouvel ordre, maisons et école resteront vides

Dès l'affaissement du terril, le service de géologie de l'Université de Liège a été sollicité. Deux experts ont procédé à des analyses et leur rapport était attendu ce vendredi. En début d'après-midi s'est donc tenue une réunion à laquelle participaient le bourgmestre et plusieurs mandataires de la commune de Herstal, les représentants du service régional d'incendie, de la police et l'équipe du professeur Monjoie (voir interview ci-contre).

Pour les autorités communales, il s'agissait de mieux comprendre les raisons de l'affaissement et de savoir si des éboulements pourraient encore avoir lieu. Selon les géologues, plusieurs foyers sont actifs à l'intérieur du terril qui brûle plus que la semaine dernière , précise-t-on à l'administration.

Un hélicoptère de la gendarmerie survolera le terril mardi ou mercredi afin de prendre des clichés infrarouges du terril et de déterminer avec exactitude les emplacements de ces foyers.

Le rapport des experts mentionne également la présence de fissures, le danger potentiel des pluies qui transforment les foyers en véritables marmites à pression... Conséquences directes? Nous n'avons pas de garanties suffisantes pour modifier les décisions prises le jeudi 1er avril: les habitants évacués ne peuvent donc pas regagner leurs maisons, la route reste fermée, l'école et l'église interdites de fréquentation. Enfin, il n'est pas question de dégager les tonnes de terre qui se sont détachées du terril.

Dans le doute, les autorités communales s'abstiennent donc de faire courir le moindre risque à la population du quartier. La zone boisée, située de l'autre côté de l'affaissement, ne présente pas le même niveau de dangerosité. Nous avons tout lieu de croire qu'elle ne bougera pas. C'est au-dessous de cette face du terril que sont situées l'école et l'église. Mais tant que nous ne serons pas en possession d'un rapport rassurant, nous ne pouvons pas autoriser la fréquentation de ces lieux publics.

L'école communale Jacques Brel est de toute façon fermée suite aux congés scolaires. Le problème se posera pourtant dès le 19 avril, jour de rentrée des classes...

Ch. D.