LES SIXIEMES VICTOIRES DE LA MUSIQUE QUAND PATRICK BRUEL SE RAMASSE A LA PELLE

Les Sixièmes Victoires de la Musique

Quand Patrick Bruel se ramasse à la pelle

Si la remise annuelle des prix récompensant la production musicale française de l'année écoulée est à l'image de cette dernière, on ne pouvait évidemment pas s'attendre à un miracle. Mais que cette soirée, organisée par la profession samedi soir au Zénith de Paris, soit aussi soporifique et sans intérêt, on se demande encore si les abstentionnistes, de plus en plus nombreux, ne sont pas finalement les seuls vainqueurs d'une cérémonie frisant le grotesque sinon le mauvais goût.

C'est une image bien triste qu'a donnée cette année le show-business parisien qui semble avoir définitivement abandonné l'envie d'être original voire intéressant. Alors que l'an dernier, on pouvait encore se féliciter d'un Cabrel triomphant avec son «Sarbacane» ou se réjouir d'un Gainsbourg prenant dans ses bras une Vanessa pétillante, cette fois rien n'est venu réveiller un ronron de bons sentiments qui masquait mal les règlements de compte que signifiaient certaines récompenses.

Qu'un Alain Chamfort soit totalement oublié (même pas mentionné ni nominé) malgré un album «Trouble» figurant parmi les meilleurs albums de 1990, on ne s'en aperçoit même pas mais qu'un Bruel qui, lui, eut l'amabilité de se déplacer, se voit ainsi insulter par deux défaites (spectacle et album de l'année) malgré la présence massive de fans dans la salle et un succès (qu'on l'aime ou non) assez remarquable, voilà qui sent la méchanceté la plus crasse.

Depuis quand l'industrie du disque se met-elle à punir un succès évident alors que les éternelles Patricia Kaas (chanteuse et exportatrice de 1990) et Vanessa Paradis (clip) auront toujours un petit quelque chose sous la dent ? Michel Sardou a-t-il fait quelque chose de particulier et d'inhabituel pour mériter la Victoire du chanteur de l'année ?

Souchon, déjà gâté l'an dernier, n'a-t-il pas un peu honte de rafler la Victoire du meilleur album pour un disque «live» ? Pourquoi pas une compilation «best of» pendant qu'on y est ? Elmer Food Beat promu meilleur groupe au nez et à la barbe de Mano Negra pour la deuxième fois recalé, ça frise la bêtise et l'aveuglement.

On peut toujours se consoler avec les Inconnus (section humour) mais leur absence n'a rendu que plus cruelle la présence de Muriel Robin et Thierry Palmade pédalant dans la médiocrité. Liane Foly est bien la révélation féminine de l'année alors que chez les hommes c'est Art Mengo qui bénéficie d'une promo qui lui sera utile (à propos, c'est qui ce Blondin qui était nominé ? Il a fait un disque, le petiot ?). On est content pour Françoise Hardy récompensée via la meilleure chanson de 1990: Fais-moi une place de Julien Clerc alors que Roch Voisine est sacré meilleur francophone.

Puisque Sardou était l'homme du soir, il n'y a pas de raison pour que Johnny Hallyday n'ait pas ses deux Victoires (meilleur spectacle et record d'entrées). Yves Montand, enfin, était là pour être honoré et vivre son petit moment d'émotion avec «Les feuilles mortes» repris par la galerie. Mais pourquoi avait-il besoin de faire comme tout le monde qui, tout au long de la soirée, n'a su que prendre cette mine triste du show sur fond de guerre, «que c'est malheureux, madame, mais le spectacle continue, n'est-ce pas... Nos armes sont nos notes de musique... Nous, on n'est pas pour la guerre... etc, etc...» Mais où est le rapport, bon dieu !

Et qu'on enferme Eve Ruggieri une bonne fois pour toute, saperlipopette. Elle fait tout pour vous dégoûter de la musique classique. Et puis pourquoi on rend un hommage à Léo Ferré sans l'inviter ? De peur qu'il ne jette un pavé dans la mare ? On pourrait finalement se demander pourquoi on continue de parler d'une telle cérémonie annuelle alors que la majorité des artistes intéressants ont l'intelligence de s'abstenir même s'ils sont nominés ? C'est leur disque qu'il faut écouter. Au moins Bruel aura-t-il compris la leçon pour l'an prochain...

THIERRY COLJON