LES VIEILLES RANCUNES DE JAN CEULEMANS

Alost a créé une énorme surprise, dimanche, en s'imposant devant le FC Brugeois

Les vieilles rancunes de Jan Ceulemans

L'ancien international a été très déçu de devoir quitter le Club lorsqu'il mit un terme à sa carrière de joueur. Aujourd'hui, il tient sa revanche!

Deux ans et demi après avoir quitté le FC Brugeois sur la pointe des pieds, Jan Ceulemans a marqué son retour à l'Olympiastadion, dimanche après-midi, d'un coup d'éclat qui s'inscrira assurément en lettres d'or sur son prestigieux palmarès. Pour l'ancien international, cette victoire constituera assurément un pas important dans sa carrière d'entraîneur. Même s'il fut acquis avec un brin de réussite, ce superbe succès, sur le terrain de ses anciens exploits, aura sans doute convaincu les derniers sceptiques qui doutaient encore de ses qualités de meneur d'hommes. Ceulemans, il est vrai, n'a jamais été un grand bavard, mais, visiblement, il parle à bon escient. Et il prouve aujourd'hui qu'il ne faut pas nécessairement de grands discours pour obtenir des résultats. Le tour final, la montée en division I, la victoire contre Bruges et, dans l'ensemble, un début encourageant au sein de l'élite: les événements se sont enchaînés rapidement pour l'équipe alostoise qui se retrouve, à présent, confortablement installée au milieu du classement avec un actif très honorable de 7 points en 8 rencontres.

Nous aurions pu en avoir facilement trois de plus, intervient Ceulemans. Contre Seraing et Beveren, nous aurions dû gagner. Que d'occasions manquées! Jamais, je n'en ai vu autant dans toute ma carrière...

Celle-ci, on s'en souvient, prit fin officiellement au début de l'année 1992. Opéré des deux genoux quelques mois plus tôt, il ne parvint jamais à revenir au premier plan. Ses rotules étaient trop abîmées. Il joua sa dernière rencontre, le 6 novembre 1991 en Coupe des coupes, contre Katowice. À 34 ans, le recordman des sélections en équipe nationale décida donc de raccrocher. Mais son intention n'était pas, pour autant, de quitter le FC Brugeois...

Il n'y avait, tout simplement, pas de place pour moi, enchaîne-t-il avec amertume. On m'avait toujours dit que l'on me réserverait une fonction intéressante dans le club après ma carrière. Il n'en fut rien. Or, je n'étais pas décidé à remplir un rôle de subalterne. La cassure était donc inévitable.

Après 14 saisons et 407 rencontres sous le maillot «bleu et noir» - 517 en division I -, Ceulemans vida l'armoire qui lui était réservée à l'Olympiastadion. Et personne, dans un premier temps, ne vint frapper à sa porte.

J'ai compris aux alentours du mois de juin que ma place n'était plus à Bruges, poursuit-il. À cette époque de l'année, il est, bien sûr, trop tard pour trouver un job d'entraîneur. Même en quatrième provinciale, les places sont prises. Comme je n'avais aucun diplôme, je me suis retrouvé sans aucune occupation professionnelle. Et j'ai donc été m'inscrire comme demandeur d'emploi.

On imagine la vexation du meilleur footballeur belge de tous les temps contraint de faire la queue au pointage et d'encaisser les railleries que cette situation tragi-comique a pu susciter. L'ancien capitaine des Diables rouges ne traîna, cependant, pas longtemps dans les couloirs de l'Onem. Après avoir touché, durant quelques semaines, au journalisme, dans les colonnes de notre confrère «Het Nieuwsblad», il accepta, en novembre 1992, de reprendre en main l'équipe d'Alost dont les dirigeants venaient de limoger leur ancien entraîneur, Jean-Pierre Van De Velde. Sous la direction de Ceulemans, Alost se qualifia à deux reprises pour le tour final de division II, accédant de justesse à l'élite, en mai dernier, aux dépens de Mouscron.

En quittant Bruges, ma volonté était d'entraîner le plus rapidement possible une équipe de première division, ajoute-t-il. Finalement, je ne me suis pas trop mal débrouillé.

L'ascension de Jan Ceulemans dans la hiérarchie des entraîneurs pourrait d'ailleurs connaître une nouvelle impulsion très prochainement. On raconte, en effet, qu'il pourrait revenir à l'Olympiastadion, la saison prochaine, pour prendre le relais de Hugo Broos, que l'on pressent à Anderlecht. Selon les mêmes rumeurs, les dirigeants du Club auraient même fortement déconseillé à leur ancien capitaine de quitter Bruges pour se réinstaller, comme il le souhaite, dans sa région lierroise natale.

Il ne faut pas croire tout ce que l'on raconte, conclut Ceulemans d'un ton amusé. Et puis, même si certains dirigeants brugeois souhaitent effectivement que je revienne, rien ne dit que l'affaire va se concrétiser. Ils avaient toujours affirmé également que je resterais au club après ma carrière de joueur...

Pas bavard, l'ami Jan... mais rancunier!

PHILIPPE HERENG