Leterme jongle avec les limites des affaires courantes

ENTRETIEN

DE NOTRE ENVOYÉE SPÉCIALE

Après trois jours à l’ONU à New York, le Premier ministre Yves Leterme nous a accordé un entretien à bord de l’Airbus de la Force aérienne en vol vers Bruxelles.

La crise politique belge inquiète-t-elle les dirigeants que vous avez rencontrés à New York ?

Personne ne m’en a parlé. J’ai eu un déjeuner avec un homme d’affaire américain qui s’intéressait beaucoup à la façon dont l’Union européenne s’occupe de supervision financière, pour rétablir la confiance. Mais il était important pour la Belgique de réaffirmer à l’ONU nos spécificités, de faire entendre notre voix. Notre lutte pour des financements innovants est par exemple très appréciée.

C’est difficile de présider l’UE quand on est en affaires courantes ? Et que se passera-t-il si vous devez céder la main à un nouveau gouvernement ?

Pendant la préparation de cette présidence, par le biais des gouvernements régionaux, nous avons impliqué pratiquement tous les partis politiques pour faire les bons choix stratégiques. Jusqu’à présent, tout se déroule très bien : on a déjà accompli de 35 à 40 % du programme. Mon rôle est celui d’un coordinateur, un chef d’équipe. Mais il faut être très efficace. Si un nouveau gouvernement est nommé, il y aura forcément aux postes clés des gens qui connaissent les dossiers, et nous serons prêts à transmettre toute notre expérience.

Le dernier sommet européen a été marqué par les propos de Sarkozy contre le Luxembourg. Une tendance dangereuse ?

Mme Reding s’est excusée de ses débordements, le Premier ministre français François Fillon a fait de même, l’incident est clos. Il faut maintenant s’occuper du fond du problème : veiller à une meilleure intégration des Roms, tout en insistant sur le fait qu’ils doivent respecter les lois en vigueur dans des Etats qui, eux, doivent être en accord avec les traités européens.

Le fait d’être en affaires courantes limite-t-il fortement l’action de votre gouvernement ?

Très peu. Il faudra par exemple peut-être reporter une commission mixte sur la coopération avec le Rwanda pour 2011-2014. Par ailleurs, j’ai pris contact avec les présidents de la Chambre et du Sénat concernant le dépôt d’une dizaine de projets de lois permettant d’accélérer la transposition des directives européennes en droit belge, nonobstant les affaires courantes. Olivier Chastel avait accompli des efforts intenses en ce sens ces derniers mois, ce serait dommage de remettre en cause tout ce travail.

Et pour le budget ?

On reste dans les limites du budget 2010. Si le gouvernement continuait à se faire attendre, il faudrait préparer un projet de loi de finances, mais on peut facilement tenir jusqu’à mi-novembre.

Vous êtes plutôt frustré ou soulagé de ne pas être de ces négociations gouvernementales-ci ?

Je remplis ma tâche : bien diriger le gouvernement dans cette situation spécifique. Il y a trois priorités : la présidence européenne, la situation financière et budgétaire et la gestion normale des autres dossiers dans les limites des affaires courantes.

Dans un dessin récent, Kroll vous imaginait en affaires courantes jusqu’en 2018…

Et samedi dernier à Namur, Laurette Onkelinx et Didier Reynders, en plaisantant, parlaient de 2040 !