Leur bataille des ardennes Série 3/9 Roger a vécu la défaite allemande Bouquins : justice rendue à Rochefort et à Celles Celles, Dinant ou Foy ? « Les réfugiés de Sibret arrivent » TV-Lux

Leur bataille des ardennes

Roger a vécu la défaite allemande SÉRIE 3/9

RONALD PIRLOT

Agé de 17 ans lors de la Bataille des Ardennes, Roger Michaux habitait avec ses parents dans la ferme familiale de Bry, entre Celles et Conjoux. Le hasard veut que les Allemands aient décidé d'établir leur État-Major au Trou Mairia, à quelques centaines de mètres de la ferme. Il a vécu en direct l'arrêt de l'avancée allemande. Pour cette dernière, c'était le début de la fin.

En préambule, je dois dire qu'il faut beaucoup de chance dans la vie. Et sur trois mois, j'en ai eu beaucoup, indique celui qui, en septembre 44, avait failli être fusillé par les Allemands qui l'avaient pris pour un terroriste.

C'est dire son appréhension face lors de leur retour. Leur arrivée à la ferme, pendant la nuit du 23 au 24 décembre 44, nous a complètement démoralisés. Fort heureusement, il se trouvait un ambulancier alsacien parmi eux. Francophone et francophile, il nous a rapidement dressés un aperçu de la situation... défavorable pour eux.

La ferme de Bry est aussitôt transformée en infirmerie dirigée par deux médecins. Très vite, ils vont avoir du travail. Les combats débutent en effet le lendemain matin, soit le 24. La ferme n'est pas épargnée par le pilonnage allié. Le premier obus, qui a tué un soldat allemand et en a mutilé un autre, est tombé sur la porte d'une étable que je venais de franchir quelques secondes plus tôt.

La journée s'est poursuivie sous une pluie d'obus. Roger Michaux et sa famille se trouvaient dans la cuisine. Les Allemands occupaient pour leur part le salon, où ils avaient dressé l'infirmerie. La cohabitation ne posait pas de problème. L'occupant était correct.

La nuit, l'ambulance de l'Alsacien sillonnait la région pour ramener les blessés. Mais dès le 26 décembre, cette mission a dû être stoppée, faute de... carburant.

L'Alsacien nous a annoncé le lendemain : « Maintenant, c'est terminé ! Nous sommes encerclés, le ravitaillement d'essence est bloqué à Buissonville (Rochefort) ».

Une autre donne essentielle survient au même moment : le ciel s'ouvre enfin et l'aviation alliée peut entrer en action. Le spectacle était magnifique. J'ai vu des Lightning piquer sur les blindés allemands. Lesquels, sous l'impact des obus, s'ouvraient comme des boîtes à sardines.

Malheureusement, le 26 décembre, une bombe au phosphore s'écrase sur les étables de la ferme, qui prennent aussitôt feu. Malgré le sifflement des balles, nous avons traversé la cour de la ferme pour libérer les chevaux des bâtiments incendiés. On s'habitue à tout, même au danger.

Quelques heures plus tard, des Allemands sont faits prisonniers, dont l'Alsacien. Lors de son départ, j'ai serré la main de l'Alsacien. Un geste très mal perçu par un soldat américain qui m'a demandé si je voulais l'accompagner...·

Jeudi 30/12, le nouvel an de Jean Lambert à Michamps

Bouquins : justice rendue à Rochefort et à Celles

RONALD PIRLOT

ÉRIC BURGRAFF

Un beau-père passionné par ces faits historiques, une collection à compléter... et voilà un virus qui se transmet. Jean-Michel Delvaux, la quarantaine, est devenu « le » spécialiste de la Bataille des Ardennes en province de Namur.

Il vient de consacrer deux livres à ces événements : l'un aux combats de Rochefort, l'autre aux événements de Celles. Ils recueillent essentiellement des témoignages de personnes ayant vécu les événements. Témoignages que l'auteur confronte à ses propres connaissances. Intéressant également : une comparaison photographique des quartiers et localités à 60 ans d'intervalle. Le même auteur a également produit un site internet et un DVD.·

« La bataille des Ardennes autour de Celles » et « La bataille des Ardennes autour de Rochefort » par Jean-Michel Delvaux. En vente au prix respectif de 30 et 35 euros. Voir site de l'auteur http://ardennes44.free.fr. Contact au 082/66.77.78. Exposition à Celles (Ermitage Saint-Adelin, jusqu'à ce 28/12, de 14 à 18h)

Celles, Dinant ou Foy ?

ÉRIC BURGRAFF

Celles ou Dinant ? Dinant ou Celles ? À moins que ce ne soit Foy-Notre-Dame ? Une gentille polémique divise les historiens locaux soucieux de déterminer la pointe extrême de l'avancée allemande en décembre 1944. Pour rappel, l'objectif principal de l'ennemi était de passer la Meuse. Pour rappel aussi, il n'y est jamais parvenu.

Incontestablement c'est à Dinant que sont venus mourir les Allemands les plus intrépides : trois occupants d'une jeep, déguisés en Américains, ont voulu forcer un barrage à proximité du Rocher Bayard. Ils ont sauté sur un cordon de mines. Par contre, c'est bien à Celles qu'ont eu lieu les combats les plus violents entre Alliés et Allemands. Mais c'est compter sans quelques unités teutonnes qui avaient réussi à atteindre, un bon kilomètre plus à l'ouest, Foy-Notre-Dame. Là aussi, des combats les en ont délogés.

Des plaques commémoratives rappellent les faits à chacun de ces endroits.·

« Les réfugiés de Sibret arrivent »

Le journal d'Elisabeth M.

Bastogne le 28 décembre 44

Le temps s'est dégradé, il fait brumeux et la visibilité s'est fameusement réduite. Je suis un peu perdue, et je profite d'une accalmie relative pour chercher où je pourrais me rendre utile. En passant devant le séminaire, des soldats me demandent de ne pas approcher, une bombe énorme s'est plantée devant la porte et n'a pas explosé (...).

Chez les soeurs, dans le haut de la ville, la Croix-Rouge a établi son bureau et son centre d'accueil dans ce bâtiment qui avait, en grande partie, résisté à tous les cataclysmes qui se sont abattus sur la ville depuis dix jours.

Mon aide est appréciée. Je peux travailler, et dans le centre pour réfugiés, et à l'hôpital américain. Les réfugiés, de Sibret pour la plupart, arrivent en grand nombre, et nous sommes à court de tout. Aussi, des volontaires ont dévalisé de la vaisselle dans une quincaillerie, de l'encre, du papier et des crayons dans une papeterie. À force de persuasion, de la nourriture nous a été donnée par les cuistots américains(...).

Les médecins militaires, nous aident à mettre en place un dispensaire pour les réfugiés qui sont déjà plus de deux cent cinquante. La place manque, les soins sont réduits et nous devons établir des priorités qui ne sont pas toujours appréciées.

Je rentre seule dans le froid qui transperce ma capeline, me pince les oreilles. La journée a été éprouvante, mais les avions allemands nous ont relativement laissés en paix.

Quand tout cela finira-t-il, bon sang ?·

TV-Lux

Suite de la fiction de J.-P. Echterbille sur TV-Lux dans l'émission « Un mois en enfer », à 18 h 15. Ce jour : « Combats à Losange et Villers-la-Bonne-Eau ».