LIEGE RECONNAIT L'OEUVRE EN NOIR DE JEAN DOLS, L'HALLUCINE UN HOMME MALGRE LA FOULE

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Liège reconnaît l'oeuvre en noir de Jean Dols, l'halluciné

Un homme malgré la foule

Jean Dols a aujourd'hui quatre-vingt-trois ans. Vieux monsieur oublié à l'esprit toujours cinglant, le voilà honoré par Liège d'une rétrospective à la salle Saint-Georges (1): plus de cent gravures, une vingtaine d'huiles, quelques dizaines d'aquarelles, des affiches, des objets, des souvenirs et des portraits de lui par Grooteclaes, Scauflaire, Germeau... Vue panoramique sur un témoin de son temps et de l'amère condition humaine. Amère car Jean Dols, s'il fut un gai compagnon, un humoriste, est un pessimiste...

Son oeuvre appartient résolument aux années trente, ces années de désillusions où le monde politique des démocraties se donnait en spectacle dans des scandales financiers, où le retour du bellicisme annonçait que la guerre de 1914-1918 ne serait pas la «der des der», qu'on allait devoir en découdre à nouveau. C'est l'époque du «Voyage au bout de la nuit», de Louis-Ferdinand Céline... En 1934, Jean Dols a vingt-cinq ans, son style est déjà accompli, arrêté. «La Tour de Babel» le prouve: architecture chaotique, multitude des personnages, imagination débordante, analyse Françoise Clercx - Léonard-Étienne dans sa préface. N'ayons pas peur des allusions: dans Jean Dols on trouve du cousinage avec Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, avec James Ensor, avec Jérôme Bosch et Bruegel le Vieux. Même sensibilité écorchée, même causticité, même fantaisie, même agoraphobie que l'artiste «soigne» en dessinant des foules grouillantes jusqu'à l'écoeurement, fascinantes et révulsives (kermesses, manifestations, enterrements, allégories surchargées). Pendant 15 ans, il va dessiner et graver des variations sur un thème hypocondriaque. Pour Dols, l'individu, c'est le «Pêcheur à la ligne», paisible, sur la berge du fleuve, au pied du pont, qu'encercle et menace une foule multiple, bruyante et grimaçante, c'est l'inculpé d'«Impuissance» qui subit un lynchage judiciaire dans un tribunal où semble siéger Belzébuth, c'est le cadavre décharné et le captif terrorisé de «Prison».

Cet homme inquiet est aussi, sinon surtout un moralisateur. Il consacre son énergie à dénoncer et fustiger les travers du monde des arts («Les Arts libéraux»), les horreurs de la guerre («Les Anges de la guerre», 1941), tous les vices («Les Péchés capitaux», 1941).

À côté du travail central, essentiel du graveur Dols, on découvre, avec cette rétrospective, un aquarelliste doué - la «Nature morte à la pipe», 1943, en témoigne - et un peintre.

Depuis 1951, le silence avait recouvert l'oeuvre de Jean Dols, un silence à peine interrompu par moins de trente expositions en quarante ans, expositions la plupart collectives. La production s'affaiblit aussi: à peine quelques taches d'aquarelle et dessins de 1970 et 1980.

Dans ce silence à bien des égards hypocrite, la rétrospective retentit comme un coup de canon.

M. H.

(1) Jusqu'au 10 janvier 1993, au rez-de-chaussée du musée de l'Art wallon, en Feronstrée, du mardi au samedi, de 13 à 18 heures; les dimanches, de 11 à 16 h 30; fermeture les lundis et jours fériés.

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